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top news photography Promettre la chasteté, et après?

«C’était facile au séminaire: on se lançait des vannes, on plaisantait sur le sujet. Mais on était portés par une ambiance de camaraderie. Ensuite, on se retrouve seul dans le ministère! La sexualité, c’est toute une vie. On ne peut pas dire à 22 ans: ‘Ça y est, je suis chaste’. Il faut un processus d’accompagnement», estime Maxime Morand, qui a quitté le sacerdoce après cinq ans pour se marier, en 1986. Il a travaillé par la suite dans les ressources humaines et regrette que l’Eglise n’ait pas, comme toute grande entreprise, une instance de régulation externe. Pour en savoir plus...
Articles 2012 - A la Une
Jeudi, 01 Novembre 2012 00:00

 

 

Présidentielles américaines

Pourquoi Obama peut échouer

Le 6 novembre, les Etats-Unis éliront leur nouveau président. Quel bilan tirer de l’ère Obama? Eclairage avec l’historienne genevoise Aline Helg.

2012-44-14BVous avez vécu 18 ans aux Etats-Unis. Selon vous, Barack Obama a-t-il vraiment déçu ses électeurs ?

Aline Helg: – Oui, en partie. Je me souviens qu’en 2008 la mobilisation autour de la candidature d’Obama avait été fascinante. Les amis de ma fille, qui avaient 16 ans à l’époque, se démenaient pour encourager les gens à se déplacer pour s’inscrire et voter. Cet engouement faisait penser à celui qui animait les militants du Civil Right Movement (mouvement en faveur de l’égalité civile des Noirs américains dans les années 1950-1960).

N’incarne-t-il plus le changement et la nouveauté?

– On a beaucoup parlé de Twitter et Facebook pour expliquer le succès d’Obama, mais ce ne sont que des supports. S’il a gagné, c’est grâce à ceux qui sont allés voter pour la première fois de leur vie: les working poor, ces travailleurs qui ont deux ou trois emplois et qui peinent à joindre les deux bouts, les jeunes et les marginaux. C’est cette «sous-classe» du Sud, mais aussi des grandes villes du Nord comme Detroit où la crise a fait des ravages, qui a tant effrayé les républicains. Ce n’est pas un hasard si ceux-ci essaient de limiter l’accès au vote en demandant des pièces d’identité munies d’une photo (la carte d’identité n’est pas obligatoire aux Etats-Unis) ou en réduisant les horaires d’ouverture des bureaux de vote: ils font tout pour décourager les pauvres d’aller voter.
Mais cette fois, il se peut que les laissés-pour-compte ne se déplacent pas en masse. Si Obama perd les élections, ce ne sera pas à cause des indécis, mais bien parce qu’il a négligé les électeurs qui ont permis sa victoire en 2008.

Que lui reproche-t-on?

– Mes amis issus du milieu universitaire – beaucoup plus progressiste qu’en Europe – ont été très déçus par sa politique extérieure: aucune véritable tentative pour relancer les négociations de paix en Palestine, usage massif de drones au Moyen-Orient en suivant l’exemple israélien, aucune prise en considération de l’Amérique latine si ce n’est pour passer des accords de libre-échange avec des pays comme la Colombie qui bafoue les droits humains.
Cela-dit, chez les plus pauvres, l’espoir est encore vif. Malgré ses échecs, Obama est tout de même parvenu à faire passer sa loi sur la santé garantissant une couverture santé à des millions de citoyens, ce qui reste une avancée très importante. En revanche, la situation ne s’est pas améliorée pour les working poor, toujours exploités.

Qu’aurait-il pu faire de plus?

– Beaucoup ont placé en lui des espoirs démesurés, oubliant que le président des Etats-Unis n’a pas un pouvoir illimité. Il n’a eu les mains libres que durant les dix-huit premiers mois de son mandat, quand il disposait de la majorité au Congrès.
En effet, ce dernier est renouvelé en partie tous les deux ans. Les députés sont sans cesse en campagne électorale et ce court terme permanent ne laisse qu’une petite marge de manœuvre au président. Les minorités (Noirs, Latinos, Asiatiques), qui en fait représentent une majorité, continuent de croire en lui, mais sans réel espoir. Il faut dire qu’Obama n’a pas su organiser ses priorités et a voulu tout contrôler.

Le fait qu’Obama soit Noir est-il toujours l’objet de polémiques?

– Ça l’était, au début en tout cas. On ne l’accusait pas d’être Noir, mais de ne pas être un authentique Américain. L’origine arabe de son nom (Barack Hussein Obama) a aussi créé la polémique. Mais tout cela est devenu secondaire.
Maintenant, ses détracteurs l’accusent de vouloir imposer le socialisme aux Etats-Unis. La loi sur l’assurance-maladie ne serait que la pointe de l’iceberg, le début d’un plan secret. Des amis de New-York ont vu des chrétiens intégristes organiser des prières publiques dans les rues contre la «terreur socialiste» censée s’abattre sur le pays. C’est une véritable obsession. En Floride, j’ai vu un spot publicitaire réalisé par un milliardaire américain d’origine hongroise avec des images tournées peu après la Deuxième Guerre mondiale – au début de l’époque de la Hongrie communiste – dans lequel il met en garde contre le socialisme.

Que pensez-vous de la campagne actuelle, à près d’une semaine des élections?

2012-44-14A– La pression exercée par le Tea Party (mouvement populiste et contestataire, notamment contre Obama) sur le parti républicain a poussé ce dernier vers des extrémités qu’il n’avait jamais atteintes. Si l’on observe le programme de Mitt Romney, candidat des républicains, lorsqu’il est devenu gouverneur du Massachusetts en 2003, on se rend compte qu’il ressemble presque à celui d’Obama aujourd’hui. Romney n’avait rien d’un extrémiste à la Dick Cheney (vice-président de Bush entre 2001 et 2008), or maintenant il dit vouloir adopter une ligne dure avec la Chine et multiplier le budget de l’armée.
Les républicains, grâce à leur majorité au Congrès, ont aussi fait disparaître toute restriction sur le financement des campagnes. Un anonyme peut désormais verser des millions de dollars au candidat présidentiel ou au sénateur de son choix. C’est une grave atteinte à la démocratie. Les lobbys ont toujours existé, mais désormais il n’y a plus aucune limite, on se croirait revenu à la fin du 19e siècle.

Les Etats-Unis, pays de migration, font-ils encore rêver?

– Fait significatif: pour la première fois depuis les années 1930, les Mexicains sont plus nombreux à quitter les Etats-Unis qu’à y entrer. Un phénomène lié à la crise, même s’il faut noter que les expulsions forcées ont grimpé en flèche avec Obama. Les pays latino-américains en souffrent: au Mexique, en Amérique centrale et dans les Caraïbes, l’argent envoyé par les migrants travaillant aux Etats-Unis contribue massivement à l’économie nationale.

Les Etats-Unis ont-ils perdu pied dans leur arrière-cour traditionnelle, l’Amérique latine?

Pour la première fois, les Etats d’Amérique latine se sont réunis sans les Etats-Unis et le Canada lors du sommet, en décembre 2011, de la Communauté des Etats d’Amérique latine et des Caraïbes (CELAC). Tout un symbole. Après avoir défendu leurs intérêts en soutenant des dictatures durant tout le 20e siècle, les Etats-Unis ont pensé que la partie était gagnée. Ils se sont tournés politiquement vers le Moyen-Orient et économiquement vers l’Asie. C’est la politique extérieure choisie par Obama.
Reste à espérer que l’Amérique latine sache profiter de l’absence de son grand frère du Nord. Pour cela, elle doit cesser de dépendre des exportations agricoles et minières et s’efforcer de respecter les minorités: les Amérindiens sont en passe de disparaître face à une nouvelle vague de colonialisme intérieur. De plus, les entrepreneurs de l’agrobusiness brésilien font des ravages chez les paysans du Paraguay. Bref, le problème agraire s’aggrave.

Et Cuba?

– Washington reste obnubilé par Fidel Castro. Les Etats-Unis ne semblent pas dérangés par la présence de Chinois à Cuba qui exploitent du pétrole à quelques kilomètres seulement des côtes de la Floride. Par ailleurs, les instituts Confucius fleurissent en Amérique latine. Comme me l’a dit un ami colombien, on va bientôt regretter l’impérialisme américain!
Aux Etats-Unis, les gros producteurs de riz – nourriture de base des Cubains – et de diverses marchandises trépignent d’impatience. Ils n’attendent que la levée de l’embargo pour inonder la Havane de leurs produits. Sur l’île, l’après-Castro est prêt. L’économie est contrôlée par l’armée. Un régime militaire avec un vernis démocratique verra certainement le jour. Aux Etats-Unis, la deuxième génération d’immigrés cubains n’est plus aussi anticastriste que la première, elle est surtout intéressée à faire des affaires. Reste à savoir ce qu’il adviendra de Guantanamo – prison qu’Obama avait pourtant promis de fermer – et des personnes sans statut emprisonnées là-bas.

Recueilli par Cédric Reichenbach

De Genève aux Amériques
Originaire de Cartigny, dans la campagne genevoise, Aline Helg déménage aux Etats-Unis avec ses parents à l’âge de 6 ans. Elle fait ses études entre Genève et Londres. Spécialiste des Etats-Unis et de l’Amérique latine, elle enseigne l’histoire sociale à l’Université des Andes à Bogotá (Colombie) de 1979 à 1981 avant de faire carrière aux Etats-Unis. Laissant son poste de professeure au Département d’histoire de l’Université du Texas, à Austin, qu’elle occupait depuis 1989, elle revient à l’Université de Genève, où elle enseigne depuis 2003.
Récompensée à plusieurs reprises pour ses ouvrages sur les Amériques et le monde atlantique de l’ère des révolutions à nos jours, Aline Helg s’efforce de «montrer l’existence et l’importance des petites gens, sans qui l’histoire ne se serait pas construite». Auteure de dizaines d’articles dans des revues spécialisées, elle achève un ouvrage sur les esclaves en lutte dans les Amériques entre 1492 et 1830.

 

 

La crise fait grossir
«Ce qui me frappe le plus lorsque je me rends aux Etats-Unis, c’est l’obésité. Il y a toujours plus de personnes obèses. C’est un phénomène lié à l’appauvrissement et à la surexploitation. Lorsque vous avez trois emplois, vous n’avez pas le temps d’acheter des légumes et de cuisiner. Vous commandez à l’emporter en rentrant le soir: c’est moins cher, mais ça ne vous nourrit pas et vous mangez plus. A Chapel Hill (Caroline du Nord), où j’ai passé l’année 2000, je me suis rendu compte qu’une des amies de ma fille, qui avait onze ans à l’époque, ne savait pas utiliser une fourchette et un couteau. Son père était en prison, sa mère, infirmière, travaillait à deux endroits différents et la famille vivait à crédit. Ce genre de situation s’est malheureusement multiplié avec la crise», analyse l’historienne genevoise Aline Helg.

 

 

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