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«Vous ne distribuez pas les rameaux? Zut alors!»

Cette année, pas de messe des Rameaux publique. Et pas de rameaux à accrocher aux croix de nos maisons. Cette année, pas de messe des Rameaux publique. Et pas de rameaux à accrocher aux croix de nos maisons.

Une semaine sainte comme on n’en a jamais connue: des églises fermées, pas de messes ni de célébrations. Des initiatives fleurissent pourtant ça et là en Suisse romande.


Les chrétiens des premiers siècles se réfugiaient dans les catacombes. Ceux d’aujourd’hui trouveront-ils leur salut sur internet? Le coronavirus les frappe en effet dans quelque chose d’essentiel: la semaine sainte, qui a commencé aux Rameaux et culminera au matin de Pâques par l’annonce de la Résurrection du Christ.
Jusqu’il y a peu, «faire ses Pâques» allait de soi: tout bon catholique devait se confesser et communier. Longtemps les paroisses ont tenu la comptabilité de ces communions pascales, pour la plus grande joie des historiens. Rien de tel cette année. Même la distribution des rameaux de buis ou d’olivier a été interdite. Les messes en public ont cessé le 13 mars déjà, tout comme les cultes protestants.

L’église est fermée

Certes, les fidèles peuvent se tourner vers la télévision ou internet. Mais il y parfois loin de la coupe aux lèvres. «Dimanche dernier, je voulais suivre la messe du pape sur KTO à 7h du matin, mais j’ai été piégée par l’heure d’été», confesse une fidèle vaudoise. «La paroisse proposait une célébration sur YouTube, mais j’ai eu de la peine à m’y associer, triste de voir notre église si vide. Finalement, j’ai suivi la messe de l’archevêque de Paris, le soir.» Tout le monde n’a pas son assiduité, mais l’offre est abondante (à découvrir sur le site www.cath.ch).
Pour les confessions, c’est une autre affaire. Il faut déjà trouver un prêtre. Chose étonnante, la basilique Notre-Dame, proche de la gare de Genève, est fermée. Elle est un peu la «cathédrale» des catholiques genevois et beaucoup la fréquentent. «Il aurait fallu mettre en permanence des surveillants à l’intérieur pour imposer des distances», explique la paroisse, qui a jugé la chose trop difficile. A Lausanne, Notre-Dame du Valentin a été bouclée sur ordre de la police, mais la paroisse a obtenu sa réouverture après quelques jours. Pas de confessions dans l’église, mais à la cure sur rendez-vous ou en plein air devant l’église.
A Fribourg, un prêtre est à disposition chaque jour à l’église du Christ-Roi. D’abord dans un confessionnal, mais ces boîtes fermées sont dangereuses. Aujourd’hui, le prêtre attend les pénitents dans le chœur, à bonne distance, et un fond musical assure la discrétion souhaitée. Des bancs ont été couchés pour espacer les fidèles.

L'improvisation domine

A l’évidence, les paroisses ont été prises au dépourvu et l’improvisation domine. Dans les annonces, la liste des activités supprimées est interminable, à croire que l’Apocalypse sévit avant la Pâque. «En simplifiant, je vois deux attitudes, dit Mgr Alain de Raemy, évêque auxiliaire de Fribourg: dans les équipes pastorales, certains attendent que la tempête s’apaise, d’autres cherchent des solutions. Mais nous n’avons pas pris la mesure de ce que l’épidémie demande à l’Eglise. Or, il y a peut-être là des pistes pour le futur.» Il pense à la célébration du pape François à Rome le 27 mars, à l’image du vieux pontife marchant sous la pluie qui tombait sur Saint-Pierre avant de bénir le monde. «Un geste magnifique, unique», dit-il. Une impression partagée par beaucoup.
Pendant la semaine sainte, Mgr de Raemy a rendez-vous au Châble, près de Verbier. Il célébrera la messe du Jeudi-Saint pour les jeunes de Suisse romande. Leur site internet, www.paqueschezmoi.ch, est un exemple de créativité: musique, dessins, enseignements donnés par de jeunes théologiens dont des femmes et des protestants. Un programme alléchant même s’il n’était pas opérationnel au moment de rédiger cet article. On devine la patte de professionnels, et surtout d’habitués du Net.
Des propositions fleurissent chaque jour. Sur www.prierenfamille.ch, par exemple, les familles trouveront de nombreuses idées de célébrations pour la semaine sainte avec prières, «repas pascal christianisé» et bricolages pour les enfants.
Curé de la cathédrale de Sion, l’abbé Philippe Aymon est confiné à domicile: un pied blessé lui évite de désobéir aux consignes de sécurité. Il ne s’en plaint pas.
«La semaine passée, nous avons téléphoné aux 70 collaborateurs de la paroisse en signe de solidarité. Par contre, nous ne sommes pas équipés pour une présence active sur internet et beaucoup de paroissiens n’ont que la télévision. Mais faut-il toujours s’agiter et ‘faire des choses’? Des fidèles regrettent que l’on ne distribue pas les rameaux; des confrères recommencent les réunions par vidéoconférence. Très bien, mais ce temps d’arrêt nous renvoie à l’essentiel de la foi, et c’est bien.»

Patrice Favre

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