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Une légende s’en va

La pandémie de coronavirus dévore toute forme d’information. Y compris le carnet noir. Et pourtant, plusieurs personnalités culturelles sont récemment décédées du Covid-19.

Sur le front de la catastrophe, l’Italie a à peine pleuré Lucia Bosè, née Borloni dans une modeste famille milanaise. L’actrice est décédée le 23 mars à l’âge de 89 ans à Ségovie, en Espagne. Ayant tourné avec Antonioni, Fellini, Buñuel et Cocteau, elle était une diva des années 1950, du Cinecittà de l’âge d’or. Elle était aussi connue pour avoir épousé Luis Miguel, une star de la corrida, avec lequel elle eut l’acteur et chanteur Miguel Bosé.

Et dans le monde francophone? Le saxophoniste et chanteur Manu Dibango est le premier artiste d’envergure internationale à décéder des suites du coronavirus. C’était le 24 mars dans un hôpital de Melun. Il avait 86 ans. Comme nombre de personnalités, le Franco-Camerounais est enterré au Père Lachaise.

Né de parents protestants pieux à Douala, dans le Cameroun colonial, Emmanuel N'Djoké Dibango débarque en métropole en 1949. Avec trois kilos de café en guise de monnaie. Il y deviendra le pionnier de ce que l’on a appelé la world music dans les années 1980. Sa scolarité est perturbée par sa découverte du rhythm and blues, du jazz surtout. Son père lui coupe les vivres. Il se rend à Bruxelles, se produit dans les boîtes de nuit, rencontre Le Grand Kallé, père de la musique congolaise moderne. Cela l’amène à rentrer en Afrique, avec laquelle il aura un rapport ambigu. Il y connaît un certain succès. Mais le revoici à Paris. A la fin des années 1960, il joue du clavier chez Dick Rivers et Nino Ferrer. Ses premiers vinyles paraissent. Le succès? Mondial avec le tube Soul Makossa en 1972, samplé par Michael Jackson sur l’album Thriller, ce qui entraîne un conflit juridique finalement réglé à l’amiable.

Mélangeant le makossa camerounais, le soukous congolais et l’afrobeat nigérian avec la soul et le jazz américain, Manu Dibango, qui rappelait son amour pour Bach et Haendel, est une figure de référence pour les musiciens africains ambitionnant une carrière mondiale. En érudit bâtisseur de ponts, «PapaManu» a ouvert la voie grâce à son taxi-brousse afro-européen. Avec une bienveillance de vieux sage. Et une humilité chaleureuse de grand Monsieur.

Dernière modification lejeudi, 16 avril 2020 18:40

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A-wop-bop-a-loo-bop-a-wop-bam-boom! Des onomatopées comme ça, il n’y en a qu’une par siècle. Il est tout feu tout flamme, Little Richard, avec son Tutti Frutti qui ébouriffe l’automne 1955. Une énergie décomplexée, de l’électricité sexuelle, une bizarrerie désaxée: un scandale vibrionnant qui piaffe à son piano! Avec Chuck Berry, Bo Didley, Fats Domino, Buddy Holly, Big Joe Turner, Gene Vincent, Jerry Lee Lewis (le seul encore vivant) et Elvis, ce pionnier du rock and roll propulse la jeunesse en haut des charts des années 1950.

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