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Le grand initiateur

Pionnier glorieux du rock and roll, Little Richard est décédé le 9 mai à Memphis, Tennessee, à l’âge de 87 ans. Pionnier glorieux du rock and roll, Little Richard est décédé le 9 mai à Memphis, Tennessee, à l’âge de 87 ans.

A-wop-bop-a-loo-bop-a-wop-bam-boom! Des onomatopées comme ça, il n’y en a qu’une par siècle. Il est tout feu tout flamme, Little Richard, avec son Tutti Frutti qui ébouriffe l’automne 1955. Une énergie décomplexée, de l’électricité sexuelle, une bizarrerie désaxée: un scandale vibrionnant qui piaffe à son piano! Avec Chuck Berry, Bo Didley, Fats Domino, Buddy Holly, Big Joe Turner, Gene Vincent, Jerry Lee Lewis (le seul encore vivant) et Elvis, ce pionnier du rock and roll propulse la jeunesse en haut des charts des années 1950.

De toutes ces gloires, Richard Wayne Penniman est le plus dingo, le plus entier malgré ses ambiguïtés constantes. Gamin, dans une Géorgie ségréguée, sa démarche efféminée fait tache. «Un pédé», l’insulte-t-on. Son père, diacre et maçon, le trouve à moitié homme. A Macon, on le surnomme «le petit» (Little) alors qu’adulte il mesure 1,77 mètre. Etrange? Chez lui, rien ne marche droit. Tout est déhanchement, feulement rauque, trépignement. Une manière personnelle de baroque afro-américain, avec une coiffe pompadour ou une banane stylisée, du maquillage, une élégance oblique, une ferveur héritée de l’Eglise baptiste. Mi-ange mi-démon, cet homme de scène hallucinant allume l’Amérique au-delà des clivages. Little Richard est le premier Noir à pulvériser les frontières. De race. De sexe. Il est «L’Innovateur», «L’Initiateur», «L’Architecte du rock and roll». Long Tall Sally, Lucille, Jenny Jenny, Good Golly Miss Molly, Keep a Knockin’... Des tubes, des cris de deux minutes et quelques, tout est dit. Cette source tempétueuse transcende les chapelles musicales. Sans Little Richard, pas de Prince en pourpre. Aucune extravagance d’Elton John. Nul déhanchement de Mick Jagger. Imagine-t-on les solos de Jimi Hendrix? Ou les roulages de mécanique de Mohamed Ali?

Malgré la gloire, la vie de Little Richard n’a pas été aisée. Problèmes de famille. Drogue. Et son rapport à sa sexualité: un chassé-croisé cyclique. Trois ans après Tutti Frutti, il retourne à la foi évangélique, prêche, condamne l’homosexualité. Par la suite, il la confesse. Pour se rétracter à nouveau. A force d’allers-retours entre profane et sacré, rock et gospel, il s’est parodié. Mais il s’en fichait. Grand seigneur, il savait ce qu’il donnait. Et il a tant donné, Little Richard.

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