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«Ne coupons pas les fidèles de la communion»

Le confinement a stimulé la créativité pour permettre aux catholiques de continuer à vivre leur foi, encourageant la transmission de messes par les médias et sur les réseaux sociaux. Mais beaucoup souffrent d’être privés de la communion. Le Père François- Marie Léthel esquisse une solution.

 «Il n’y a pas que la messe!» Un refrain souvent entendu pendant le confinement imposé par le coronavirus. La foi catholique, si elle se ressource dans l’eucharistie, ne s’y réduit pas, loin de là: elle se vit aussi «à travers la prière et la méditation personnelle, la lecture de l’Evangile, la prière en famille, la récitation du chapelet, une visite à l’église, l’entraide et la charité», relève dans cath.ch Mgr Felix Gmür, évêque de Bâle et président de la Conférence des évêques suisses. Qui s’interroge néanmoins: «Quelle est la valeur suprême? La sécurité sanitaire est importante, mais qu’en est-il de la santé mentale et spirituelle?».

En dépit de la remise en valeur de la communion spirituelle (voir Echo Magazine no 13), notamment par le pape François lors de sa messe quotidienne à la Maison Sainte-Marthe, bien des catholiques souffrent d’être privés de la communion sacramentelle: ils ne peuvent pas recevoir le Corps du Christ en cette période de pandémie en respect des règles liées au confinement. Les initiatives pour communier dans le respect de ces règles sont rares. Ainsi, le Père François-Marie Léthel, carme déchaux et consulteur à la Congrégation pour les cause des saints, plaide pour plus de créativité et une plus grande implication des laïcs. Il s’est exprimé à ce sujet sur Vatican News le 28 avril et dans une tribune publiée le 17 avril par l’agence Zenit.

UNE INITIATIVE PROPHÉTIQUE

Sa réflexion s’appuie sur l’initiative d’un groupe de médecins catholiques du secteur Covid-19 de l’hôpital de Prato, en Toscane, «qui, spontanément, ont eu ensemble l’inspiration de donner la sainte communion à leurs malades le jour de Pâques». Leur évêque, Mgr Giovanni Nerbini, qui les a approuvés, les a immédiatement institués ministres extraordinaires de l’eucharistie. Une initiative «prophétique pour toute l’Eglise» qui montre «le rôle essentiel que pourraient avoir les laïcs dans une plus large distribution de la communion en cette période de pandémie». Une piste? Pour le Père Léthel, puisque l’eucharistie est «source et sommet de toute la vie chrétienne» (Lumen gentium 11), «recevoir le pain de vie devrait être une possibilité donnée à tous les fidèles en temps d’épreuve» dans le respect des règles en vigueur. Et les laïcs formés et mandatés – les ministres extraordinaires de l’eucharistie, institués par Paul VI – ont un rôle à jouer à cet égard: ce pape «a vraiment mis Jésus eucharistie dans les mains des laïcs en complémentarité avec les prêtres». «Le grand souci, c’est que les laïcs, les fidèles, ne soient pas coupés de la communion eucharistique. Il y a une très grande souffrance, que j’ai entendue de beaucoup de côtés. Donc c’est tout à fait possible dans l’Eglise universelle, et je crois qu’il faut beaucoup de créativité. Les prêtres et les évêques doivent écouter les laïcs et les associer à la distribution de l’eucharistie», a souligné le religieux. Dans le respect des normes gouvernementales, car «la foi ne va jamais contre la raison».

«L’une des grâces de cette grande crise va être une meilleure collaboration entre prêtres et laïcs, le dépassement de toute forme de cléricalisme – les prêtres ne sont pas propriétaires, ils sont ministres et serviteurs de l’eucharistie », relève le Père Léthel. Qui constate: «Maintenant c’est tout le Peuple de Dieu qui est malade, qui souffre de la faim. Ce sont des conditions exceptionnelles: normalement, on doit communier pendant la messe, mais là ça n’est plus possible à cause des circonstances. J’insiste donc beaucoup sur la créativité du Peuple de Dieu, des laïcs en particulier».

GARE AU FOSSÉ

Le carme met en garde: «Si on ne trouve pas le moyen de donner la communion aux fidèles, il y a le risque de voir se creuser un fossé» dans la perception de l’eucharistie. Car le virtuel ne remplace pas le réel, la communion spirituelle n’est pas le sacrement. Dès le moment où les évêques ont suspendu les célébrations publiques, les premiers touchés ont été les laïcs, «totalement privés de la sainte communion. Les prêtres ont continué à célébrer la messe quotidienne (...), suivant en cela l’exemple du pape François, s’efforçant eux aussi d’offrir aux laïcs un minimum de participation ‘virtuelle’ à travers les médias». Pour le religieux il faut aller plus loin, répondre à la faim du Peuple de Dieu, «l’une des plus grandes urgences du moment».

DES PAQUETS DE CIGARETTES

«Dans l’histoire de l’Eglise, ce sont des laïcs, des femmes en particulier, qui ont poussé les pasteurs à faire de nouveaux pas»: sainte Julienne de Cornillon, qui au 13e siècle a incité l’évêque de Liège à instituer la fête du Saint-Sacrement, sainte Catherine de Sienne et sainte Thérèse de Lisieux, qui ont insisté pour communier tous les jours.

Plus près de nous, durant la période la plus dure du communisme au Vietnam, le carme évoque le vénérable cardinal François-Xavier Nguyen Van Thuan, qui célébrait la messe en prison «avec trois gouttes de vin dans la paume d’une main et une petite hostie dans l’autre. Quand c’était possible, il donnait aux prisonniers catholiques une réserve d’hosties consacrées dans des paquets de cigarettes pour qu’ils puissent communier et adorer». «En cette période très difficile pour l’Eglise et le monde, il est urgent de dépasser toute forme de cléricalisme pour accorder aux laïcs la plus grande confiance et leur laisser une grande liberté d’initiative et d’innovation dans le domaine de la pastorale eucharistique vécue en communion avec les pasteurs», affirme le Père Léthel. Il ne s’agit ni d’opposition ni de revendication, mais de complémentarité des vocations. Pour répondre ensemble à une urgence.

 

Spécialiste des saints

François-Marie Léthel naît à Paris en 1948 dans une famille protestante. Il entre au Carmel en 1967 nourri de ses lectures de Jean de la Croix, Thérèse d’Avila et Thérèse de Lisieux. Il fait sa profession religieuse en 1968, est ordonné prêtre en 1975. Docteur en théologie de l’Université de Fribourg et licencié en philosophie, il a enseigné la théologie dogmatique et spirituelle à la Faculté pontificale de théologie Teresianum à Rome. Nommé consulteur de la Congrégation pour les causes des saints par Jean Paul II en 2004, le Père Léthel a prêché les exercices spirituels de carême de la Curie romaine en 2011.

CMC

 

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