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top news photography L'hypnotiseuse Stéphanie Krieger en tournée

L’hypnotiseuse fribourgeoise Stéphanie Krieger est en tournée en Suisse romande: en quelques mots, quelques gestes, elle emmène les spectateurs dans un monde de rêve. Mais il faut se laisser guider. Elle précise: «On est conscient de ce qui se passe, on pourrait en sortir, mais on se sent tellement bien qu’on n’en a pas envie; on se laisse guider. A condition, bien entendu, qu’on ait confiance en l’hypnotiseur». Pour en savoir plus...
Articles 2017 - Edito
Mercredi, 26 Avril 2017 00:00
 

Edito: Pasolini l'insoumis

thibaut

Pour le plus grand nombre, Pier Paolo Pasolini (1922-1975) rime encore avec scandale, indécence, obscénité. C’est un faux et mauvais procès. Dans la société du spectacle qui est la nôtre, la mise en demeure intellectuelle rythme les jeux du cirque médiatique. De façon aussi cyclique que cynique, elle réclame ses victimes. Le soupçon précède la mise à l’index avant de couvrir de boue des esprits dérangeants, à tout le moins qui pensent hors des lignes. Ce fut le cas de Pasolini.
Il faut se méfier de ces moments où un homme se retrouve seul, cerné par les singes hurleurs et cloué au pilori par les inquisiteurs modernes. Ce moment a trop longtemps et injustement duré pour Pasolini. Anticonformiste de gauche, marxiste irréductible, athée épris de sacré, il fut impénétrable pour son camp politique tandis que la droite se heurta à sa critique fondamentale du consumérisme marchand.
A l’heure d’Internet et du flicage du débat public, il serait exécuté en prime time par des chroniqueurs aux réflexes de charognards et aux cervelles de hyènes. Hier, Pasolini fut massacré par des couards surgis des ombres morbides de l’Italie. Des mafieux, des néo-fascistes, des prostitués sadiques ou des catholiques d’extrême droite? Il avait énormément d’ennemis qui voulaient le faire taire à jamais. Ils en ont fait un martyr qui continue de questionner les misères de notre modernité.


Si cet intellectuel de haut vol était scandaleux, c'était par exigence de vérité.


L’indépendance de cet artiste complet est toujours sidérante, ses réflexions comme ses chocs esthétiques que nous pouvons revoir au festival «Il est une foi» début mai (pages 26 à 30). Pasolini osa écrire Le roman des massacres le 14 novembre 1974 – le texte de trop, qui lui valut peut-être sa mise à mort – où, à l’inverse de tous les imitateurs de Zola qui ne savent qu’accuser, il répétait «Je sais» avec un aplomb moral inouï pour dire les troubles, les attentats et la corruption défigurant l’Italie, sa patrie.
Morale. Le mot est lâché. Il a longtemps été jugé contraire à Pasolini. Son œuvre exhale pourtant l’encens des paraboles, l’humanité des humbles, la magie de la poésie, un usage paradoxal du blasphème qui convoque le sacré. Car si cet intellectuel de haute tenue était scandaleux, c’était par exigence de vérité. Une vérité qui implique le sens du sacré d’une façon ou d’une autre.
Il y a cinquante ans, son Evangile selon Matthieu scandalisa. Il y a trois ans, ce chef-d’œuvre a été louangé par L’Osservatore romano, le journal du Vatican. Tant de temps pour dessiller les yeux! Il faut toujours écouter les grands scandaleux. Ils ont tant à nous dire. Pasolini appartient à la longue histoire du christianisme, qui prend souvent trop de temps pour reconnaître dans ses hérétiques d’hier des chrétiens de toute éternité, y compris quand ils sont athées.

 

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