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top news photography Les portraits de Dame Helvetia

Homo Helveticus. L’homme helvétique. Un titre qui sonne comme le nom d’une espèce disparue au paléolithique. Ou qui évoque la quête d’un individu plus complexe qu’il n’y paraît derrière son air statufié. C’est cette piste qu’a suivie Didier Ruef sans trop savoir où elle le mènerait. Elle ressemble à un labyrinthe identitaire entre Alpes, Plateau et Jura, de Chiasso à Bâle en passant par Euseigne, Engelberg et l’inévitable prairie du Grütli. Un parcours de trente ans, de 1987 à 2017, pas si fléché que cela. Pour en savoir plus...
Articles 2018 - Edito
Mercredi, 05 Décembre 2018 00:00
 

Edito: La cage aux vieux

Bastien«Ne sortez pas seul!», lui a-t-on ordonné. Il est dans une petite pièce avec un lit, porte fermée. La meilleure des distractions reste la télévision, constamment allumée dans le couloir. En dehors du bâtiment blanc, les caméras de surveillance scrutent la cour pour débusquer la moindre tentative d’évasion. Le bracelet qu’il porte au poignet déclenche une sonnerie dans la salle du personnel s’il ne se trouve pas là où il devrait. Mais il n’est pas en prison. Le seul crime qu’il a commis par inadvertance: être vieux.

Qu’il est terrible de vieillir! La peur de la mort a poussé la société à isoler ceux qui déclinent, comme les pestiférés que l’on mettait en quarantaine pour protéger la population. Au point de créer des mouroirs au cœur des villes, destination finale de toute personne dont les capacités physiques ou mentales diminuent. Et la peur de la mort englobe alors ces infrastructures.
Combien de fois ai-je entendu cette phrase: «En tout cas, moi, je n’irai jamais dans un home»? Et quel déchirement est-ce dans certaines familles de placer la grand-mère en établissement médico-social: «On ne peut pas lui faire ça».
A l’intérieur de ces structures clivantes, on isole encore ceux qui présentent des troubles plus importants que la vieillesse, comme des maladies apparentées à Alzheimer. Les unités psycho-gériatriques: un mouroir dans le mouroir. Et le schéma continue.


"En tout cas, moi, je n'irai jamais dans un home."


Bien sûr, c’est pour leur bien. Sinon, ils chutent et se blessent, ils représentent un danger pour eux-mêmes ou pour autrui. Bien sûr, cela coûterait cher de faire autrement, de se passer des bracelets, des médicaments ou de la contention.
Mais il est temps de changer de regard, comme le montrent deux établissements, à Genève et en Valais (en page 10). C’est uniquement de cette manière que la mort cessera de faire peur. Comme le martèle le sociologue français Michel Billé, «la personne âgée doit être vue non pas comme mourante, voire comme déjà partie, mais pleinement vivante jusqu’à son dernier souffle».
Vivante, et partie prenante de la société. Philippe Genoud, directeur du home Saint-Sylve en Valais, explique qu’enfermer les personnes âgées «renforce le message subliminal disant qu’elles sont inutiles». La perte des capacités physiques et mentales représente déjà une barrière entre la personne et son environnement. Ne rajoutons pas des barreaux à sa prison!
C’est le duel de notre siècle: la liberté contre la sécurité. Si on ne change pas de mentalité, c’est bientôt toute la population qui aura un traceur GPS ou une puce d’identification. Pour notre sécurité, évidemment. Avant que cela n’arrive, ouvrons! Ouvrons la cage aux vieux!

 

 

 

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