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top news photography Le jour où les médecins voteront l'aide au suicide en Suisse

Dans l’aide au suicide, les frontières bougent et les barrières tombent. La pratique reste marginale, avec 286 personnes accompagnées en Suisse romande l’an dernier, selon les chiffres de l’association Exit. Mais la tendance est à la hausse. Le 25 octobre, le parlement de la FMH se prononcera sur de nouvelles directives: même des personnes en bonne santé mais «fatiguées de vivre» pourraient demander le suicide assisté. Ce vote fait débat. Pour en savoir plus...
Articles 2018 - Edito
Jeudi, 18 Octobre 2018 00:00
 

Edito: Une main sur le pont

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Etrange rapport à la mort et à la liberté que le nôtre. Au moment où les médecins suisses parlent d’accorder l’aide au suicide à tout patient qui le demande, et pas seulement aux malades en fin de vie des citoyens crient leur colère devant les barrières anti-suicide.

Le cas s’est produit à Fribourg avec le pont de Zaehrigen qui offre la plus belle vue sur la vieille ville, mais attire les pas des désespérés. «On a choisi la solution la plus laide: des poteaux tous les deux mètres, des trous pour les fixer dans le trottoir et un grillage bien épais», se désole une lectrice de La Liberté, suivie par d’autres.
A Genève, ce sont les ponts Buttin et de la Jonction qui fâchent. La palissade est faite de «poteaux hauts de 2,60 mètres, épais comme une canette de Coca, séparés d’une dizaine de centimètres», explique la Tribune de Genève, qui parle d’un «code-barres géant». Et cite la mauvaise humeur d’une habituée des lieux: «Nous n’avons pas à être les otages de la mort des gens quand ceux-ci choisissent d’en finir!». En clair: tuez-vous si vous voulez, mais ne nous privez pas du paysage.


 

Le suicide est acceptable dans la discrétion d’une chambre d’hôtel.

 


 Le suicide est acceptable dans la discrétion d’une chambre d’hôtel sous l’œil complaisant des bénévoles envoyés par Exit et Dignitas. Mais il est malvenu lorsqu’il bloque les trains – les CFF projettent de sécuriser la ligne Genève-Lausanne – et pénalise les promeneurs. Pour dire les choses crûment, il y a des suicides «propre en ordre» et d’autres qui nous emm...
Ces manifestations, et d’autres du même genre, disent le paradoxe de notre conception de la liberté. Notre époque a fait du principe d’autonomie un absolu. On veut décider de tout, y compris de l’heure de sa mort. Mais le suicide doit être une affaire privée, aseptisée, qui ne dérange pas. On ne le combat pas en l’interdisant, comme autrefois, ni en travaillant sur ses causes – pourquoi se tue-t-on? –, mais par la bande, en dressant des filets de sécurité. Jusqu’à l’absurde: va-t-on encager tous les ponts de Suisse, les tours et les balcons dès le 3e étage?
Quelque chose sonne faux dans cette approche, on le voit bien. Et si on admettait que notre rêve d’autonomie – d’autres parlent d’individualisme – nous conduit à une impasse? Car loin d’être autonomes, nous sommes dès la naissance des êtres de relation. Nous avons besoin d’amour et de reconnaissance, nous avons besoin des autres.
La fraternité humaine, «voilà ce qui peut rendre sens à la vie d’un patient», disent les médecins cités dans notre dossier. Une main tendue vaut mieux que toutes les barrières.

 

 

 

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