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top news photography Quand l'envie de vivre est la plus forte

«Le 23 mars, je suis allée voir "Intouchables" au cinéma. Ça m’a beaucoup remuée.» Le lendemain, Saranda prend le volant pour se rendre à sa formation en Valais. Au retour, sur l’autoroute en direction de Lausanne, elle percute le panneau de la sortie Fully-Saxon. Héliportée au CHUV, elle est opérée, mais reste dans le coma. Sa famille est appelée. Les médecins ne croient pas qu’elle reprendra conscience et veulent la débrancher... Pour en savoir plus...
Articles 2017 - Edito
Mercredi, 22 Mars 2017 00:00
 

Edito: dans la cage

patrice5Qu’aurais-je fait, qu’aurions-nous fait à la place de Fabiano Antoniani, surnommé DJ Fabo à cause de sa passion pour la musique? Après un accident en 2014, ce disc-jockey italien se réveille tétraplégique et aveugle, totalement dépendant des autres. Il est soigné, mais ne voit aucun progrès: «Mes journées sont pleines de souffrances et de désespoir parce que je vois plus aucun sens à ma vie. Je suis dans une cage, dans une nuit sans fin».
Puisqu’il ne peut guérir, il veut mourir, mais ne peut pas le faire en Italie. Fin février, à 39 ans, il décède à Zurich après avoir avalé le poison préparé par Dignitas, l’association qui, comme Exit, permet le suicide assisté.
Qu’aurions-nous fait? D’autres se retrouvent paralysés et lourdement handicapés après un accident, mais ils ne perdent pas espoir. C’est ce que raconte, avec justesse et sensibilité, le film Patients, actuellement sur les écrans. C’est ce dont témoignent les grands blessés que nous avons rencontrés (voir en page 10): leur vie est différente, pas facile, mais ils ont trouvé une autre manière d’être heureux. Ils ont retrouvé le goût de vivre.
Disant cela, je ne veux pas condamner le geste de DJ Fabo comme si lui n’avait pas su ou pas osé affronter sa situation. Personne ne peut juger celui qui ne voit d’autre issue que la mort. Mais sa décision nous pousse à aller au-delà du débat sur la mort assistée, sur l’euthanasie, comme si c’était la seule solution. Qu’avons-nous à proposer à celui qui, suite à un accident ou une maladie, perd tout de ce qui fait la beauté de la vie – la santé, le succès, la liberté de bouger et d’agir?


Une voix, un regard, qui nous rassure sur notre valeur.


Il n’y a pas de réponse simple à ces questions, du moins pas de réponse abstraite. Ce que chacun découvre quand il est au fond du trou, c’est à quel point nous avons besoin des autres. D’une voix, d’un regard qui nous rassure sur notre valeur, sur notre dignité. On n’est pas un «déchet», comme dit le pape François, quand on se sent aimé. Et cela doit nous interroger sur l’accompagnement offert à ceux qui se retrouvent seuls dans les hôpitaux et les asiles, ceux que nous n’aimons pas assez.
Mais Fabiano était aimé. Il avait une mère, une fiancée et des amis qui l’ont accompagné jusqu’à son dernier voyage en Suisse. Par contre, il ne croyait pas à l’existence d’un Autre vers qui tourner son désespoir et son cri. Le seul peut-être qui aurait pu, non pas lui rendre sa vie d’avant – même si les miracles existent –, mais être à ses côtés dans sa cage. Le seul qui aurait pu – et certains en font l’expérience – l’aider à découvrir une autre vie.
Riche de sens même quand tout semble perdu.

 

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