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top news photography Pour quelles causes serions prêts à mourir?

Les djihadistes qui haïssent l’Europe n’hésitent pas à multiplier les attentats suicides. Suffit-il de leur répondre en parlant de paix? Intellectuelle de gauche, l’essayiste française Alexandra Laignel-Lavastine rappelle les sacrifices faits au siècle dernier pour défendre la liberté. Face à la puissance de l’idéologie islamiste, qu’est-ce que l’Europe a encore à offrir comme idéal, comme valeur, comme enthousiasme?, demande-t-elle dans un essai paru ce printemps. Pour en savoir plus...
Articles 2017 - Edito
Mercredi, 11 Octobre 2017 00:00
 

Edito: Les nouveaux égoïstes

patrice5Bon, les Corses sont tranquilles, les Bretons et les Basques aussi. Mais tous les autres?
Que se passe-t-il pour que les Ecossais, les Flamands, les Catalans n’aient qu’une idée: rompre avec un Etat dont ils font partie, parfois, depuis des siècles? Sans oublier la fragmentation récente de la Yougoslavie, de la Tchécoslovaquie et de l’URSS: en trente ans, le continent européen a vu se multiplier les petits Etats au point que la Suisse apparaît désormais comme une puissance moyenne. Plus gran­de et plus peuplée que la Catalogne, par exemple.
Beaucoup a été dit sur cette fièvre séparatiste. Je citerai ici l’économiste français Laurent Davezies, auteur d’un essai intitulé Le nouvel égoïsme territorial*. Davezies ne conteste pas le facteur identitaire: le sentiment national écossais nié par Londres, la langue catalane interdite par Franco, les Flamands méprisés par les Wallons francophones en Belgique, tout cela a joué un rôle. Ces peuples ont subi les violences d’un modèle centralisateur à la française et ils ont raison de réagir.
Mais le combat identitaire, dit Davezies, cache le fait que ce sont les régions les plus riches qui remettent en question leur participation au pot commun. Il y voit «un mécanisme généralisé de repli sur soi» provoqué, entre autre, par la mondialisation. Mises en concurrence avec le reste du monde, les régions riches ne veulent plus traîner le boulet des régions moins favorisées.


Ces peuples ont subi les violences d’un modèle centralisateur à la française.


 C’est le cas en Espagne, mais aussi en Italie où la Ligue du Nord ne cesse de dénoncer les feignants du Mezzogiorno et de la Sicile. «Larguons les pauvres!», tel est le carburant des séparatismes nourris par le discours néo-libéral et le chacun pour soi: restons entre nous, on sera mieux ainsi.

S’y ajoute, note Davezies, une exaltation du local, du petit, du small is beautiful qui plaît aux écologistes, aux partisans de la décroissance et du kilomètre zéro. Mais ces micro-nations sont fragiles face aux ogres que sont la Chine, la Russie et les Etats-Unis, face aux mafias et aux multinationales monstrueuses. La vision locale est trop courte pour affronter les problèmes planétaires.
Il faudrait dire aussi le grave danger que représente le non-respect de la constitution et des lois, mais je ne veux pas allonger. Tous les peuples ont le droit de défendre leur identité et leurs intérêts, mais il y a de nombreux chemins pour y arriver. En particulier par des formes d’autonomie réelle dans un cadre confédéral. A Madrid, a-t-on fait tout le nécessaire dans ce sens?
La négociation est plus exigeante que la rupture, mais elle respecte un principe essentiel: pour être soi, on a besoin des autres.

*Laurent Davezies, Le nouvel égoïsme territorial. Le grand malaise des nations, Editions Seuil 2015.

 

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GUY LUISIER

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