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top news photography Les autres touristes: quelle plaie!

«Le drame, dans le tourisme, ce sont les autres touristes», sourit Yann Laville, codirecteur du Musée d’ethnographie de Neuchâtel (MEN). Et effectivement, on est toujours le touriste d’un autre, en témoigne la nouvelle exposition temporaire du musée. Intitulé Le mal du voyage, cet intrigant parcours surfe sur les ambiguïtés pour mieux prendre de la distance par rapport à nos rêves, itinéraires et pratiques touristiques. Un véritable voyage dans nos voyages. «Nous avons voulu réfléchir autour des imaginaires liés au tourisme et aux vacances, explique son collègue Grégoire Mayor. Comment on se confronte à ces imaginaires, comment on les reproduits et comment on souhaite, en même temps, s’en libérer.» Pour en savoir plus...
Articles 2019 - A la deux
Mercredi, 27 Novembre 2019 00:00

Xinjiang

Preuves d'un "nettoyage etnique" visant les Ouïgours

 

 

Des documents confidentiels prouvent la planification, depuis 2014, de la répression et de l’éradication sans pitié des Ouïgours et autres minorités musulmanes du Xinjiang, en Chine. Plus d’un million d’entre eux sont enfermés dans des camps de travail forcé.

 

2019-48-18APour ceux qui avaient encore des doutes sur le processus de nettoyage ethnique en marche au Xinjiang depuis plusieurs années, les preuves officielles sont là.

En réussissant à se procurer plus de 400 pages de documents officiels chinois classés «confidentiels», les journalistes Austin Ramzy et Chris Buckley, du quotidien américain The New York Times, ont révélé, dimanche 17 novembre, la planification méticuleuse et systématique depuis 2014 de la répression et de ce que beaucoup qualifient de «nettoyage ethnique» des Ouïgours et autres minorités musulmanes au Xinjiang.
«L’existence de ces documents nous a été révélée par un membre très haut placé du Parti communiste chinois qui nous a demandé de préserver son anonymat. Il espère qu’avec ces révélations, le président Xi Jinping et d’autres leaders du parti n’échapperont pas à leurs responsabilités», a expliqué Austin Ramzy.

Tortures et stérilisations

Face aux Ouïgours en exil et à de nombreux universitaires et chercheurs qui dénoncent des centaines de camps de travail, des arrestations, des tortures, des enlèvements, des séparations d’enfants de leurs familles ou des stérilisations de femmes, les autorités chinoises n’ont cessé de nier et de s’offusquer. Pourtant, parmi les 400 pages de documents confidentiels figurent plus de 200 pages de discours de Xi Jinping qui montrent clairement qu’il en est l’idéologue.
De retour d’un voyage au Xinjiang en 2014 après des violences provoquées par des contestataires ouïgours qui ont fait 31 morts, il lance, à la manière de son prédécesseur Mao, la «lutte contre le terrorisme, l’infiltration et le séparatisme», appelant à utiliser tous les «organes de la dictature» et à ne montrer «absolument aucune pitié».
Une fois cette campagne de répression annoncée, l’architecte du programme est désigné: Chen Quanguo, déjà tristement connu pour son programme de répression au Tibet. Nommé en 2016 secrétaire général du parti au Xinjiang, il met en place la construction de centaines de camps de travail (plus de 500 camps et prisons répertoriés par des dissidents ouïgours), appelés par les Chinois «centres de formation», où plus d’un million d’Ouïgours et de Kazakhs (hommes et femmes) au moins sont aujourd’hui enfermés.

Résistance de Chinois

Chen Quanguo distribue les discours de Xi Jinping aux officiels locaux et appelle à «emprisonner tous ceux qui doivent être emprisonnés». Plusieurs documents montrent une pression implacable sur tous les officiels, les appelant à «une offensive d’écrasement et de disparition» des Ouïgours, le moindre doute étant considéré comme une trahison et un crime.
«Ces révélations ne me surprennent pas vraiment, confie un Ouïgour réfugié à Paris, mais ces documents officiels sont incontestables et apportent de nouvelles preuves de ce que nous dénonçons depuis des années. Pourtant, les documents révélant la résistance de nombreux officiels chinois sur le terrain m’ont beaucoup surpris.»
En effet, un des éléments frappants des documents dévoilés par le New York Times est que de nombreux officiels chinois au Xinjiang ont refusé d’appliquer les consignes et qu’ils ont été emprisonnés. Cette résistance, tout comme la fuite de ces documents officiels – «Je n’ai pas souvenir d’une telle fuite depuis que je couvre la Chine (2003)», a reconnu Austin Ramzy –, mettent clairement en évidence que le régime de Xi Jinping est loin d’être aussi puissant et incontesté qu’il veut le laisser croire.

Dorian Malovic/La Croix

Une région stratégique

Autrefois appelée Turkestan oriental, le Xinjiang («nouvelle frontière») est la plus vaste province de Chine. Elle constitue à elle seule un sixième du territoire chinois. Depuis le 1er octobre 1955, son nom officiel est «région autonome ouïgoure du Xinjiang».
La province compte officiellement un peu plus de 22 millions d’habitants dont 41% d’Ouïgours, 6,75% de Kazakhs, 4,5% de Hui, 0,8% de Mongols, 0,2% de Tadjiks et 42 autres minorités. Toutefois, les Han (Chinois) pourraient déjà avoir dépassé 50% de la population totale, les statistiques officielles n’étant pas fiables.
Le Xinjiang occupe une position stratégique à l’extrême ouest de la Chine du fait de ses huit frontières: avec la Mongolie, la Russie, le Kazakhstan, le Kirghizistan, le Tadjikistan, l’Afghanistan, le Pakistan et l’Inde. C’est l’une des cinq régions autonomes de Chine avec la Mongolie intérieure, le Ningxia, le Guangxi et le Tibet.

La Croix

 

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