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top news photography Promettre la chasteté, et après?

«C’était facile au séminaire: on se lançait des vannes, on plaisantait sur le sujet. Mais on était portés par une ambiance de camaraderie. Ensuite, on se retrouve seul dans le ministère! La sexualité, c’est toute une vie. On ne peut pas dire à 22 ans: ‘Ça y est, je suis chaste’. Il faut un processus d’accompagnement», estime Maxime Morand, qui a quitté le sacerdoce après cinq ans pour se marier, en 1986. Il a travaillé par la suite dans les ressources humaines et regrette que l’Eglise n’ait pas, comme toute grande entreprise, une instance de régulation externe. Pour en savoir plus...
Articles 2019 - A la deux
Mercredi, 20 Novembre 2019 00:00

Jeux de société

L'inventeuse du Monopoly était anticapitaliste

 

 

Inventé en 1904 par une féministe pour dénoncer les rouages d’un système économique prédateur, le Monopoly a fini par être détourné... par le capitalisme! Jeu de société le plus vendu au monde, il se décline désormais à toutes les sauces.

 

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Non, Charles Darrow n’est pas l’inventeur du Monopoly. Cet ingénieur américain mis au chômage par le krach boursier de 1930 et connu pour avoir vendu le jeu de société le plus célèbre de la planète à l’éditeur Parker Brothers – qui l’a lui-même revendu en 2011 à la multinationale Hasbro – a en réalité volé son idée à une femme! Et pas n’importe quelle femme.

 

Contre les propriétaires terriens

Elizabeth Magie (1866-1948) était féministe. Fille d’un éditeur de presse abolitionniste qui accueillait Lincoln lors de ses voyages dans l’Illinois, Elizabeth découvre très tôt, grâce à son père, les théories de l’économiste politique Henry George (1839-1897). Ce dernier analyse le paradoxe de l’accroissement des inégalités et de la pauvreté dans un contexte de progrès économique et technologique. Pour remédier au problème, il propose une série de réformes visant à casser les monopoles.
Profondément marquée par les écrits de l’économiste américain, qui n’était ni capitaliste ni marxiste, la jeune sténographe – elle deviendra nouvelliste, poétesse, actrice de théâtre et journaliste – invente un «outil pédagogique» dont le but est de révéler au public les rouages du système économique dominant. Et, in fine, de le changer.
Pensé pour illustrer les défaillances des monopoles fonciers grâce auxquels les riches propriétaires s’enrichissent aux dépens de leurs locataires, le jeu de plateau d’Elizabeth Magie se nomme, en 1904, The Landlord’s Game: le «Jeu du propriétaire». On y trouve un circuit – une vraie nouveauté pour l’époque – composé de rues et d’immeubles à vendre ou acheter. Mais surtout deux règlements distincts entre lesquels les joueurs, s’ils se mettent d’accord, peuvent choisir durant la partie.
«Avec le premier, nommé ‘Prospérité’, explique l’économiste d’Ofxord Kate Raworth, chaque fois que quelqu’un achète une nouvelle propriété, tous les joueurs gagnent de l’argent.» Un fonctionnement reflétant la pensée d’Henry George qui rêvait de voir l’Etat se charger d’imposer la valeur de la terre pour éviter la spéculation et les opérations foncières abusives. «La partie se termine lorsque le joueur ayant commencé avec le moins d’argent parvient à doubler sa fortune», précise Kate Raworth, connue pour son ouvrage La théorie du donut traduit l’an dernier en français. Il n’y a donc dans ce cas pas un vainqueur, mais autant de gagnants que de joueurs!
Le second règlement, dit «Monopoliste» et qui a fini par s’imposer, prévoit que le joueur ayant accumulé le plus de richesses en menant les autres à la ruine remporte la partie.

2019-47-15BJeu volé et détourné

Le jeu d’Elizabeth Magie connaît un vrai succès dans les milieux intellectuels de gauche. On y joue sur les campus universitaires de Wharton, Harvard ou Columbia. Certains, dont le fameux Charles Darrow, n’hésitent pas à modifier les règles et à redessiner le plateau. Il choisit de reproduire les ruelles d’Atlantic City, ville où il a découvert le jeu d’Elizabeth au contact d’un groupe de quakers. Flairant la bonne affaire, l’opportuniste marchand de chauffages de Philadelphie vend alors le jeu à Parker Brothers sous le nom de Monopoly. L’invention d’Elizabeth Magie vient de lui être volée.
Si elle obtient finalement quelques dollars de l’éditeur, l’Américaine se réjouit surtout de voir son jeu voyager. Elle imagine les joueurs débattre partout des inégalités générées par le système économique monopolistique et des réformes à lui imposer. Mais cela ne se produit pas. Darrow est en effet dès le départ présenté comme l’unique inventeur du Monopoly: avec ce chômeur américain devenu millionnaire, un self made man ayant soi-disant triomphé grâce sa seule intelligence et à son travail, Parker Brothers tient l’ambassadeur rêvé pour vendre son jeu et diffuser ses valeurs capitalistes.
Depuis, le Monopoly exporte sa devise – «Achetez. Vendez. Négociez. Gagnez!» – aux quatre coins de la planète. Devenu le jeu de société le plus vendu au monde avec près de 275 millions d’exemplaires écoulés, il a déjà touché un milliard de joueurs. Les déclinaisons nationales (Espagne, France, Brésil, Chine, etc.), disponibles dans une cinquantaine de langues, dont le birman et le thaï, se comptent par centaines. Tandis que les versions régionales, surfant sur l’engouement récent pour le local, cartonnent jusqu’en Suisse (voir encadré).

Panoplie de sous-marques

Le marché est aussi envahi par une panoplie de sous-marques qui s’adaptent à peu près à toutes les modes et à tous les publics. Monopoly Reine des neige (I, II...), Pokemon, Star Wars (I, II...), Transformers, Fortnite, Monopoly Empire («emparez-vous des plus grandes marques du monde»), Millennials, Asterix et même Queen...
Madame Monopoly, «le seul jeu où les femmes gagnent plus que les hommes!», est censé séduire le public féministe. Une autre version permet de jouer sans cash grâce un lecteur de cartes de paiement qui enregistre les opérations financières. Enfin, une version rapide (60-90 minutes) a également émergé pour capter un public jeune moins patient qu’autrefois.
Heureusement, la vérité a fini par éclater en 1973. Cette année-là, un professeur d’économie en conflit avec Parker Brothers au sujet de son propre jeu (Anti-Monopoly) a découvert l’existence des brevets d’Elizabeth Magie. Et pour ce qui est du message de la militante anticapitaliste, il n’a pas totalement été perdu. A Cuba, une version communiste a remplacé le jeu d’origine après la Révolution de 1959. Dans Dette éternelle, ce ne sont pas des négociants, mais des gouvernements qui collaborent pour vaincre le Fonds monétaire international. Avec, à la place de l’habituelle case prison, celle du «Coup d’Etat militaire».

Cédric Reichenbach


Toute la Suisse en réclame

«Ici, les 2000 exemplaires du jeu Monopoly Valais sont partis en une seule journée l’an dernier.» Cette déclaration d’une vendeuse d’un grand magasin de jouets du Vieux-Pays témoigne du succès rencontré par les versions régionales du fameux jeu de société. Plus d’une vingtaine de villes et régions suisses disposent de leur boîte personnalisée, à 70 francs pièce.
En Suisse alémanique, les joueurs peuvent  acheter et vendre des propriétés en Appenzell, dans les Grisons, en Thurgovie, à Zurich – la fameuse Paradeplatz reste l’emplacement le plus coté –, à Berne... Côté romand, Genève, Valais, Fribourg et Lausanne disposent déjà de leur Monopoly. «Bienne sort dans une semaine et Neuchâtel et Jura sont prévus pour l’année prochaine», annonce André Tschumper, chargé de communication chez Unique Gaming Partners AG, l’entreprise de Triesen (Liechtenstein) qui détient les droits pour la Suisse, l’Autriche et le Liechtenstein.
Pour 1000 ou 2000 francs, une ville, un musée, un magasin ou une marque peut acheter une case et y imprimer son logo. Ce qui n’empêche pas quelques erreurs de se glisser sur le plateau. Ainsi, Le Nouvelliste prévenait l’an dernier les Hérensards que leurs dents grinceraient en découvrant la case «Grande Dixanc». D’autres, précisait encore le quotidien valaisan, vivraient un vieux rêve en piochant la carte «votre vache gagne le combat de reines, recevez 100 francs».

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