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top news photography Promettre la chasteté, et après?

«C’était facile au séminaire: on se lançait des vannes, on plaisantait sur le sujet. Mais on était portés par une ambiance de camaraderie. Ensuite, on se retrouve seul dans le ministère! La sexualité, c’est toute une vie. On ne peut pas dire à 22 ans: ‘Ça y est, je suis chaste’. Il faut un processus d’accompagnement», estime Maxime Morand, qui a quitté le sacerdoce après cinq ans pour se marier, en 1986. Il a travaillé par la suite dans les ressources humaines et regrette que l’Eglise n’ait pas, comme toute grande entreprise, une instance de régulation externe. Pour en savoir plus...
Articles 2019 - A la deux
Mercredi, 30 Octobre 2019 00:00

Portrait

Yvan Attal, cinéaste en quête de perfection

 

Cinéaste et acteur français aussi discret sur sa vie privée que constant dans sa recherche de projets artistiques, Yvan Attal est aussi le compagnon de Charlotte Gainsbourg. Les voici tous deux à l’affiche de Mon chien stupide, adaptation d’un roman de John Fante.

 

2019-44-26AYvan Attal n’a pas connu de traversée du désert. Au contraire, il a même rencontré un succès immédiat tant comme acteur que comme réalisateur. En 1990, alors qu’il a 25 ans, il se voit décerner le César du meilleur espoir masculin pour son interprétation dans ce qui n’est que son deuxième film, Un monde sans pitié d’Eric Rochant, un grand succès critique et populaire. Puis, quand il se lance dans la réalisation, au début des années 2000, sa tentative est directement couronnée: son long-métrage Ma femme est une actrice est nommé pour le César de la meilleure première œuvre.

L’idée de ce film s’inspire du couple qu’il forme avec Charlotte Gainsbourg depuis 1991. Ils tiennent les rôles principaux dans cette œuvre dont le personnage masculin devient jaloux lorsque quelqu’un lui fait remarquer que sa femme, comédienne célèbre, est embrassée par des acteurs et déshabillée du regard par les spectateurs.
L’opinion d’Yvan Attal sur les actrices est assez tranchée. Il y a quelques années, il n’hésitait pas à déclarer que la plupart d’entre elles étaient «givrées». «Elles veulent être belles et y pensent davantage qu’à la scène qu’elles doivent tourner, disait-il. Toutes, ou presque, ont un rapport difficile avec leur image, la séduction, la crainte de vieillir.»

Eternel insatisfait

Mais lui-même? Il avoue ne pas se sentir en harmonie avec son corps. Aussi s’habille-t-il en noir pour cacher des kilos superflus et se verrait-il volontiers plus grand, avec d’autres oreilles et un autre nez. «Il y a plein de trucs que j’aimerais changer, mais je n’ai jamais envisagé de recourir à la chirurgie esthétique», confie-t-il.
Bien que sa carrière artistique soit jalonnée de succès et que son couple semble d’une solidité à toute épreuve, son insatisfaction ne se limite pas à son physique. Elle est chez lui comme une seconde nature. «Je ne suis jamais content de moi, je cours toujours après quelque chose», affirme-t-il.
En 2013, il déclarait même au magazine Psychologies qu’il avait longtemps nourri trop d’illusions sur lui-même. Et d’ajouter: «Je pense toujours que je suis un très grand acteur, mais quand je regarde ce que j’ai fait jusqu’à présent dans ce métier, j’en déduis que je ne dois pas être si grand...». Dans une autre interview, il disait se trouver «génial» dans Ma femme est une actrice, mais ne pas s’aimer dans les autres films. Second degré? Autoflagellation? Modestie calculée?
Actuellement en salle, Mon chien stupide, le septième long-métrage réalisé par Yvan Attal, a en commun avec le premier de l’associer à l’écran avec sa compagne, Charlotte Gainsbourg, mais aussi de graviter autour du thème du couple et de la famille. Ce film est adapté du roman éponyme de l’écrivain américain John Fante.
En pleine crise de la cinquantaine, Henri, un écrivain en perte d’inspiration, attribue à sa famille la responsabilité de ses échecs et de tous les maux qui l’accablent. Sa femme voit se fissurer un peu plus chaque jour l’amour qu’elle lui porte. Débarque alors dans la famille un gigantesque molosse mal élevé dont la présence ravit Henri, mais indispose le reste de la famille...

Le bon moment

«J’ai été très touché par cette histoire. Le personnage que j’incarne n’en peut plus de sa famille, mais quand elle s’en va, il est détruit, comme je le serais à sa place», estime Yvan Attal. Il y a une vingtaine d’années, des producteurs lui avaient déjà proposé d’adapter le roman de John Fante au cinéma. Trop tôt! «Je n’avais pas le vécu nécessaire. Quand ils se sont à nouveau manifestés, je partageais la vie de ma femme depuis vingt ans et nous avions des enfants. C’était très différent.» Né en 1997, Ben, l’aîné des trois enfants du couple, a d’ailleurs un rôle important dans Mon chien stupide.

Plutôt immortel

Pour tourner une telle histoire, pourquoi ne pas faire appel à sa propre famille? C’est ce qu’a choisi Yvan Attal. A ses yeux, cela ne pouvait que renforcer la crédibilité des personnages et de leurs échanges. En outre, il reconnaît aimer travailler avec des personnes qui lui sont chères.
Cela ne simplifie pas toujours les relations sur les tournages. Charlotte Gainsbourg se fait l’écho des frictions qui y naissent parfois. «Yvan est plus exigeant et plus direct à mon égard qu’envers des acteurs sans liens particuliers avec lui, rapporte-t-elle. Il ne s’adresse pas à moi comme à une actrice, mais comme à sa compagne. Quand il estime que je ne joue pas juste, il ne prend pas de pincettes pour me le signifier. Or, je suis très susceptible...»
En 2018, Yvan Attal était la vedette d’Ad Vitam, minisérie de science-fiction diffusée sur Arte où le personnage de flic qu’il campait avait 119 ans, la mort ayant été rayée de la carte au profit d’une éternelle jeunesse. Lors des interviews données à l’époque, il confessa son angoisse de la mort. «Mais une angoisse qui ne me hante pas au point de me conduire sur le divan d’un psychanalyste. Toutefois, si je pouvais être immortel plutôt qu’acteur, c’est ce que je serais», précisait avec humour cet homme qui aime se vêtir de noir.

Philippe Lambert

Qui est-il?

Né en 1965 à Tel-Aviv dans une famille de pieds-noirs d’Algérie, Yvan Attal possède la double nationalité israélienne et française. Il n’a que six mois quand sa famille émigre en banlieue parisienne. A 19 ans, il s’inscrit au cours Florent et débute au théâtre en 1988 avant d’entamer une carrière cinématographique. Juif, il est particulièrement sensible et les actes antisémites le révulsent, mais il se dit non religieux. Il ne va jamais à la synagogue, ne mange pas casher, ne fait pas le shabbat. Il se demande même en quoi il est vraiment juif.

PhL

 

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