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top news photography Promettre la chasteté, et après?

«C’était facile au séminaire: on se lançait des vannes, on plaisantait sur le sujet. Mais on était portés par une ambiance de camaraderie. Ensuite, on se retrouve seul dans le ministère! La sexualité, c’est toute une vie. On ne peut pas dire à 22 ans: ‘Ça y est, je suis chaste’. Il faut un processus d’accompagnement», estime Maxime Morand, qui a quitté le sacerdoce après cinq ans pour se marier, en 1986. Il a travaillé par la suite dans les ressources humaines et regrette que l’Eglise n’ait pas, comme toute grande entreprise, une instance de régulation externe. Pour en savoir plus...
Articles 2019 - A la deux
Mercredi, 16 Octobre 2019 00:00

Elections

La Suisse n'est pas le pays des grandes idées

 

 

 

A quelques jours des élections fédérales, où est la fièvre électorale? Si la campagne est terne, c’est la faute à la démocratie directe, explique le politologue Sean Müller.

 

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Malgré les manifestations et les grèves pour le climat ou pour l’égalité, les grands thèmes du moment ne parviennent pas à s’imposer dans le débat politique en Suisse. Alors que la migration et l’asile ont souvent dominé les campagnes électorales, rien cette année ne déclenche des passes d’armes entre les partis politiques. Cette monotonie ne surprend pas le chercheur de l’Institut de sciences politiques de l’Université de Berne Sean Müller.

 

Alors qu’on aurait pu imaginer que les partis s’écharpent sur le climat ou la question de l’égalité entre hommes et femmes, aucun thème ne parvient à animer la campagne électorale. Pourquoi?

Sean Müller: – Cette année, il n’y pas d’événement choc sur lequel les partis sont obligés de prendre position, comme la «crise des réfugiés» en 2015 ou l’accident nucléaire de Fukushima en 2011. Les thèmes d’actualité – le climat, l’égalité ou le système de santé – ne sont pas des problématiques totalement nouvelles liées à une crise soudaine. Les partis peuvent éviter d’évoquer ces sujets même si, paradoxalement, ils touchent davantage de personnes que la «crise des réfugiés». Les deux dernières campagnes électorales, animées, étaient plutôt l’exception; la campagne terne de cette année est la règle.

Le pays se porte-t-il trop bien?

– Ce n’est pas seulement cela. Il se portait déjà bien il y a quatre ou huit ans: il n’y avait pas de grande crise économique, de grèves ou de blocages politiques comme dans d’autres pays. Peut-être que ce sont les mentalités qui vont trop bien. Nous sommes habitués au cours normal des choses et tout le monde travaille ensemble. Les partis eux-mêmes ont des ambitions modestes. L’UDC veut maintenir ses 29% de parts électorales. Les plus audacieux sont les Verts, qui s’attendent à un gain de quatre ou cinq sièges, mais ce n’est rien sur les 200 sièges du Conseil national. Si les partis n’ont pas d’objectifs ambitieux, comment le public peut-il se passionner pour la campagne?

Pourquoi les campagnes électorales à l’étranger sont-elles plus flamboyantes?

– Parce qu’en Suisse, nous avons la démocratie directe. Quatre fois par an, les partis peuvent débattre de sujets concrets, lors des votations fédérales. Ils ont de nombreuses occasions d’expliquer leurs positions et les citoyens les connaissent. Les élections sont un peu ennuyeuses, car nous entendons toujours les mêmes arguments sauf s’il y a une nouveauté. Dans les pays voisins, ce sont principalement les élections qui permettent aux partis de prendre position sur différents sujets.

Les campagnes ternes sont donc inhérentes au système politique suisse?

– Oui. Chez nous, les partis sont moins importants que dans les pays qui nous entourent. Comme nous votons sur presque tout, ils n’ont pas le monopole de l’agenda politique ni le dernier mot, qui revient au peuple ou aux cantons. De plus, le fédéralisme et le multilinguisme constituent un obstacle. Idéalement, un parti devrait avoir un message unique et être représenté par une ou deux personnes connues dans tout le pays. Ici, il n’y a pas de personnalité politique connue dans toutes les régions linguistiques hormis Christoph Blocher, de l’Union démocratique du centre (UDC).

La politique du consensus à la Suisse tue le débat politique, en quelque sorte...

 – D’un côté oui; de l’autre, elle permet aux partis suisses d’être davantage idéologiques que dans les pays voisins. Le Parti socialiste est plus à gauche que celui de l’Allemagne alors que l’UDC est beaucoup plus proche de l’Alternative pour l’Allemagne que des conservateurs allemands. En Suisse, les partis peuvent adopter des positions extrêmes, car ils ne pourront jamais réaliser tout ce qu’ils disent, obligés à des compromis avec beaucoup d’autres acteurs. Il y a moins d’unité au sein des partis suisses, donc moins de personnalités fortes susceptibles d’animer une campagne. L’avantage est que notre système donne l’opportunité à différentes personnes de faire carrière en politique et de parler des thèmes qui leur tiennent à cœur.

Une campagne calme annonce-t-elle une législature sans grandes avancées?

– La Suisse reste un pays conservateur. Ce n’est pas le pays des révolutions ou des grandes idées. Cela dépend de qui va l’emporter. Il est possible que les Verts gagnent plus de trois ou quatre sièges. Les partis de droite ne restent pas non plus figés sur leurs positions; ils ont montré une ouverture sur des thèmes sociaux comme le mariage pour tous. Les élections vont aussi déboucher sur un changement de génération et de représentants des régions linguistiques. Ce ne sont toutefois que des détails. La prochaine législature ne laisse pas présager de grands changements. En Suisse, le changement est très lent. Mais, lorsqu’une décision est prise, elle est acceptée par presque tout le monde.

Recueilli par Katy Romy/Swissinfo

 

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