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top news photography Promettre la chasteté, et après?

«C’était facile au séminaire: on se lançait des vannes, on plaisantait sur le sujet. Mais on était portés par une ambiance de camaraderie. Ensuite, on se retrouve seul dans le ministère! La sexualité, c’est toute une vie. On ne peut pas dire à 22 ans: ‘Ça y est, je suis chaste’. Il faut un processus d’accompagnement», estime Maxime Morand, qui a quitté le sacerdoce après cinq ans pour se marier, en 1986. Il a travaillé par la suite dans les ressources humaines et regrette que l’Eglise n’ait pas, comme toute grande entreprise, une instance de régulation externe. Pour en savoir plus...
Articles 2019 - A la deux
Mercredi, 09 Octobre 2019 00:00

Suisse romande

Etre croyant fait-il gagner des voix?

 

 

 

Alors que la religion perd du terrain dans la société, les candidats croyants osent-ils parler de leur foi? Et la voient-ils comme un argument électoral? Tour d’horizon.

 

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Faut-il conserver le C de PDC (parti démocrate-chrétien)? La question donne lieu à un perpétuel débat parmi les membres du parti centriste. De leur côté, les évangéliques réformés ont connu la même interrogation. «Lors de la création de la première section romande, on s’est posé la question du nom du parti en français», relate François Bachmann, candidat vaudois du Parti évangélique suisse (PEV) aux élections nationales. «On a finalement décidé de conserver l’adjectif ‘évangélique’, parce qu’il indique de quelle école de pensée proviennent nos valeurs, tout comme l’adjectif ‘socialiste’ ou ‘libéral’ dans les noms d’autres partis. En revanche, on a décidé de faire un effort supplémentaire pour expliquer qu’on ne cherche nullement à imposer notre foi, mais qu’on est là pour faire des propositions politiques.»
Alors que plus de 24% des Suisses ne déclaraient aucune appartenance religieuse en 2017 et que beaucoup d’autres se désintéressent de la religion, on pourrait imaginer qu’être politicien et croyant n’est pas toujours chose facile. Pour le conseiller national neuchâtelois sortant Jacques-André Maire (Parti socialiste), qui fréquente une paroisse réformée, cela est pourtant plus aisé aujourd’hui qu’il y a quelques décennies: «Pour avoir vécu, dans les années 1970-80, dans un climat de profonde remise en question de la place traditionnelle des Eglises dans la société, j’ai rencontré alors plus d’opposition frontale par rapport à l’engagement chrétien qu’aujourd’hui. Il me semble qu’une majorité de nos concitoyens et concitoyennes est désormais attachée à la liberté de conscience et de religion», explique ce partisan d’une claire séparation des Eglises et de l’Etat. A l’aise pour parler publiquement de sa foi, moteur de son engagement politique, il veille toutefois à préciser qu’il s’agit d’une démarche et d’un choix personnels.

 

Parler de sa foi

Si les politiciens l’abordent de façon personnelle, «parler de sa foi n’est pas toujours intéressant pour les partis», remarque Francis Python, historien spécialiste des religions qui enseignait jusqu’il y a peu à l’Université de Fribourg.
«Au PDC, c’est par exemple très feutré. Le parti ne se sent plus organiquement lié au magistère et à l’institution ecclésiale en vertu de l’autonomie du politique, affirmée à Vatican II. On parle plus ou moins haut des valeurs chrétiennes selon les membres. Depuis les années 1960, le parti se cherche. Longtemps conservateur, il a perdu son aile droite au profit de l’Union démocratique du centre (UDC) et son aile gauche en faveur du parti chrétien-social. Il a essayé de se définir comme le parti de la famille – sans réaliser tout de suite qu’il s’agit d’un sujet délicat qui divise l’électorat – et comme centriste. Toutefois, s’il supprimait son C, il perdrait son identité.»
Delphine Bachmann, jeune PDC genevoise candidate au Conseil national (elle n’a pas de lien de parenté avec le PEV François Bachmann), confirme: «Pour moi, le C indique l’origine, le cœur des valeurs du parti, qui sont celles de l’ouverture, de l’humanisme et du respect de l’être humain. Supprimer le C, c’est nier d’où vient le PDC».
Dans le programme du PDC, qui décline ses valeurs selon quatre piliers (liberté et solidarité, prospérité et justice, souveraineté et ouverture, dignité humaine et progrès), il faut bien chercher pour trouver une référence au christianisme. Au contraire du PEV, qui exprime très clairement dans son programme les principes chrétiens qui guident ses positions. Cette différence peut s’expliquer par le poids respectif des deux partis: le PDC, parti gouvernemental, rejoint un public beaucoup plus large (29 sièges au Conseil national actuellement) que le PEV (2 sièges).

Le caté à l’école

Cependant, à droite, le plus gros parti de suisse, l’UDC, affirme haut et fort ses «valeurs culturelles chrétiennes et occidentales» dans son programme. Pour ce parti, revendiquer ouvertement ces valeurs-là ne semble pas être un handicap, au contraire.
Cyrille Fauchère, candidat UDC valaisan au Conseil des Etats, explique ainsi que la religion et la foi influencent certains thèmes abordés au sein de la section cantonale de son parti. «Mais cela tient au contexte. L’UDC valaisanne est principalement constituée d’anciens PDC conservateurs. Les sections UDC des autres cantons abordent beaucoup moins ce sujet-là. En Valais, où 70% de la population se déclare catholique (selon l’Office fédéral de la statistique), la foi est vécue au quotidien: quand il est question, par exemple, de supprimer les fenêtres catéchétiques à l’école, ça concerne directement notre famille et nos enfants. Il est donc normal, pour notre parti, de prendre position et de défendre la religion: on en parle en politique et on assume notre héritage chrétien.» Pour celui qui «parle de sa foi sans aucune retenue» et affirme défendre les positions de l’Eglise catholique, en particulier sur les questions familiales, il est évident que sa religion est un argument politique: «Je suis convaincu que c’est important pour les personnes qui me soutiennent. Et si j’affirmais tout à coup être pour le suicide assisté, par exemple, je perdrais quelques milliers de voix».
L’UDC valaisanne affiche d’ailleurs assez ouvertement ses liens avec le Mouvement chrétien-conservateur valaisan, dont une partie des membres fréquente ou a fréquenté la Fraternité d’Ecône.
Ailleurs en Suisse romande on observe, tant à l’UDC que dans d’autres partis, une évolution de la religion comme «un patrimoine à défendre», remarque Francis Python: «La question des cloches, des fêtes religieuses chrétiennes, des croix dans les salles de classe... l’UDC est très forte là-dessus».

Pas un argument

Si la PDC Delphine Bachmann se définit elle aussi comme catholique pratiquante, sa vision de la relation entre religion et politique diffère grandement de celle de Cyrille Fauchère. «L’UDC instrumentalise la religion pour faire passer ses valeurs conservatrices en l’interprétant à son avantage; elle l’utilise notamment pour rejeter l’étranger non-chrétien», dit celle qui ne fait de sa foi ni un argument politique ni un argument électoral. «La foi, ce n’est pas un argument de vente. C’est quelque chose de personnel. Il existe d’ailleurs, au sein de l’Eglise catholique, différentes manières de penser et de pratiquer», explique-t-elle en relevant qu’elle aborde rarement le sujet dans sa vie publique. Sa foi nourrit en revanche son engagement politique: «Je dois être là pour le bien commun du plus grand nombre. La foi me transmet une forme d’espérance: même dans les moments difficiles, j’ai confiance. Je pense qu’un des éléments importants de la foi chrétienne est le service à l’autre et à la communauté. Ce sont des valeurs qui malheureusement ont tendance à se raréfier dans la politique actuelle».
Cette dimension du service à l’autre apparaît aussi clairement dans les propos de François Bachmann (PEV), qui se définit comme «protestant ascendant évangélique»: pour lui, la foi encourage la conscience politique. Mais, bien que membre d’un parti qui met clairement en avant ses valeurs religieuses, il s’efforce de demeurer sur un plan politique: «J’essaie de ne pas faire de ma foi le sujet numéro un avec les personnes que je rencontre. Je vis ma foi, mais je n’en parle pas forcément». La perception que les gens ont de l’Eglise peut perturber le message, souligne-t-il. «Mais dès qu’on met en avant l’humain et le message politique, alors on arrive à des valeurs qui peuvent parler même à des personnes peu intéressées par le sujet au premier abord.»
La jeune section romande du PEV, fondée il y a quinze ans, a dû travailler dur pour trouver sa place dans la vie politique. «Au début, les journalistes nous étiquetaient ‘évangélistes’. Aujourd’hui, ils voient que ce qui nous fait bouger, c’est plus notre souci pour l’humain que la mise en avant d’une religion. Le monde politique a appris à nous prendre au sérieux.»

Rendre à l’état...

Aujourd’hui, la plupart des partis et des candidats préfèrent donc parler de valeurs que de religion. «On peut adhérer à des valeurs sans être croyant, fait remarquer Delphine Bachmann, de même qu’on peut être croyant et pratiquant sans forcément suivre la ligne de son Eglise.»
Si affirmer sa foi peut constituer un avantage électoral face à certains électeurs – le contraire est aussi vrai! –, c’est surtout la force de proposition qui compte. La séparation entre religion et politique est aujourd’hui acquise. Comme le résume le conseiller national libéral-radical vaudois Laurent Wehrli (protestant-évangélique): «Parler de ma foi ne me gêne pas, bien au contraire! Mais comme je le dis souvent en reprenant la parabole de la pièce de monnaie, nous avons à rendre à Dieu ce qui est à Dieu et à l’Etat ce qui est à l’Etat. Dit autrement: si je prononce un discours politique, je ne fais pas un prêche spirituel!»

Aude Pidoux

Neuchâtel


Crèche et Qatar


Ouste Marie, Joseph et le petit Jésus! Un mois après les élections fédérales de 2015, à Neuchâtel, le Conseil communal décide de retirer la crèche qui se trouvait sous le sapin de Noël de l’Hôtel de Ville. Raison invoquée? Le sapin est celui de «tous les citoyens, croyants comme laïcs», et ne doit pas être associé à des symboles religieux.
L’ancien conseiller d’Etat neuchâtelois Yvan Perrin dénonce alors une décision «méprisante pour la foi et l’histoire» tandis que les jeunes UDC du canton lancent une pétition pour le retour du Petit Jésus sous le sapin. Pour le PDC du canton, la mesure «traduit une acception négative de la laïcité, faisant de tout geste religieux public un geste à bannir».
Quatre ans plus tard, dans le même canton, c’est le Musée des civilisations de l’Islam de La Chaux-de-Fonds qui se retrouve au centre d’une polémique touchant aussi Prilly (VD), Bienne (BE) et Lugano (TI). L’organisation Qatar Charity, financée par la famille royale de l’émirat gazier, aurait versé des millions à des organisations musulmanes installées dans ces villes. Yvan Perrin, candidat UDC aux élections fédérales, relaie l’information sur Facebook et déclenche un flot de messages haineux... qu’il ne juge pas bon d’effacer. Il est convoqué par le Ministère public neuchâtelois qui doit déterminer si le politicien a contrevenu à la norme antiraciste.

CeR

Genève

Nouvelle loi sur la laïcité

Le 10 février, par 55% des votants, les Genevois acceptent une nouvelle loi sur la laïcité (LLE). Voulant combler des vides juridiques, soucieuse d’ordre public, elle porte sur les «signes religieux ostentatoires» pour les élus et les fonctionnaires, mais aussi sur la perception des dons pour les Eglises. Soutenue par la droite et une minorité de gauche, la LLE suscite l’opposition d’associations musulmanes, du Parti évangélique et de la majorité des partis de gauche. Avant d’être approuvée par le peuple, elle provoque des recours, notamment pour la question d’élues voilées siégeant dans des parlements municipaux. Mal partie, la LLE?
Quid huit mois plus tard? Les désaccords à gauche entre «républicains» et «multiculturels» n’ont pas viré au psychodrame. Mais les recours en justice (six) se sont accumulés. L’application de cette «lex Maudet» (son inspirateur) se veut souple et tolérante. Mi-septembre, l’Etat autorise l’Eglise apostolique à baptiser ses fidèles dans
le Léman. Une laïcité apaisée pour le bien public? Ou pour une société plus corsetée qui gomme l’expression du religieux? Pas sûr qu’on n’en reparle plus.

TK

Jura

La religion absente à Moutier

On en a tellement parlé au temps des plébiscites et des «années de braises» qu’on peine à croire qu’elle ne joue plus un rôle. Et pourtant, le facteur religieux ne semble plus avoir du tout la même importance qu’il a eu dans le Jura. Souvenons-nous: les indépendantistes d’origine catholique face aux anti-séparatistes professant un protestantisme prudemment bernois...
Bien entendu, c’était un peu plus complexe que cela. Mais le poids de la religion a clairement joué dans les luttes ayant abouti à la création du canton du Jura en 1979.
Or, avec les bisbilles récentes autour du statut de Moutier – qui revotera en juin 2020 –, qu’observe-t-on? Que la religion brille par son absence dans le débat. Il s’agit pourtant de l’ultime point de friction de la Question jurassienne. Aucune allusion à la fracture historique entre catholiques et protestants. Rien. Une omission même pas volontaire. Plutôt une relégation. En quarante ans de sécularisation, le Jura, comme le reste de la Suisse, a perdu une large part de ses repères religieux. Sur ce plan, le Nord et le Sud ne semblent plus se différencier.

TK

 

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