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top news photography Les autres touristes: quelle plaie!

«Le drame, dans le tourisme, ce sont les autres touristes», sourit Yann Laville, codirecteur du Musée d’ethnographie de Neuchâtel (MEN). Et effectivement, on est toujours le touriste d’un autre, en témoigne la nouvelle exposition temporaire du musée. Intitulé Le mal du voyage, cet intrigant parcours surfe sur les ambiguïtés pour mieux prendre de la distance par rapport à nos rêves, itinéraires et pratiques touristiques. Un véritable voyage dans nos voyages. «Nous avons voulu réfléchir autour des imaginaires liés au tourisme et aux vacances, explique son collègue Grégoire Mayor. Comment on se confronte à ces imaginaires, comment on les reproduits et comment on souhaite, en même temps, s’en libérer.» Pour en savoir plus...
Articles 2019 - A la deux
Mercredi, 25 Septembre 2019 00:00

Vietnam

Là où poussent les lotus

 

 

Vélos chargés de fruits, coiffeurs qui officient sur le trottoir, arbres millénaires, rizières quadrillées de canaux, montagnes où vivent un grand nombre de minorités ethniques: le nord du Vietnam, où se situe Hanoï, la capitale du pays, aspire le voyageur dans un tourbillon de vies, de cultures et de paysages.

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La première impression du nord du Vietnam, à la sortie de l’aéroport de Hanoï, est celle d’un vaste jardin: canne à sucre, pousses de bambou, liserons d’eau, courges amères, patates douces, mais aussi de nombreux fruits comme les ramboutans (litchis chevelus), les caramboles, les durians ou les mains de Bouddha qui poussent à l’envi. Les Vietnamiens s’en nourrissent, mais en retirent également un petit revenu en les vendant sur les trottoirs de la capitale. Dès l’aube, ce sont des processions de vélos disparaissant sous les fleurs et les paniers de légumes qui empruntent le pont Long Biên, construit par la société Eiffel.
Les faubourgs de Hanoï ont aujourd’hui un aspect moderne avec leurs larges routes bordées de constructions élevées. Mais le charme opère dès que l’on arrive dans les vieux quartiers à l’architecture caractéristique: maisons étroites et profondes, logements de commerçants qui travaillent au rez-de-chaussée et vivent dans la rue. Entre deux clients, ils y passent la journée, assis sur de minuscules tabourets, cuisinant leurs repas sur un réchaud posé à même le bitume. Il n’est pas rare de voir un coiffeur officier sur le trottoir, le client restant assis sur sa mobylette.
Le quartier ancestral des 36 corporations se présente comme un labyrinthe de ruelles dont chacune est dévolue à une activité ou une marchandise: chaussures, sacs, accessoires pour motos, coutellerie, vannerie... En recul pendant la colonisation et les guerres, la médecine traditionnelle revit grâce aussi à une faculté universitaire où elle est enseignée. Le Dr Hau, 43 ans, a suivi ce cursus tout en complétant sa formation auprès de son père, lui-même fils de médecin traditionnel, explique-t-il autour d’un thé vert vietnamien. Sa petite officine regorge de plantes séchées, de feuilles, de fleurs, de racines et de champignons réputés pour leurs vertus curatives.

Des arbres millénaires

Changement de décor dans l’ancien quartier français où de larges artères séparent les belles demeures coloniales peintes en jaune. Le drapeau rouge à l’étoile unique flotte partout, en particulier aux abords du monument dédié à Hô Chi Minh, l’artisan de l’indépendance du Vietnam.
Un des atouts de la ville millénaire de Hanoï est sans conteste ses vieux arbres. Certaines espèces sont spécifiques à une rue, comme les saforas, ou à une activité: on trouve ainsi des badamiers à grandes feuilles, aux fruits âcres appréciés des enfants, dans les cours d’école. Les banians et leurs racines retombantes qui se balancent au moindre souffle accompagnent les temples et pagodes dédiés aux héros, aux divinités ou à Bouddha. Les berges des trois lacs de la capitale, dont le romantique Hoan Kiem, le lac de l’Epée, sont envahies de lotus.
Les Vietnamiens sont très attachés à des rites et croyances empruntés à divers courants: confucianisme, bouddhisme et taoïsme. La date d’un mariage est validée par un astrologue. Des faux billets multicolores sont brûlés devant des temples pour éviter que des démons emportent l’âme d’un défunt. Et des cérémonies parfois très onéreuses sont organisées pour favoriser ses projets.

2019-39-24BUn joyeux tohu-bohu

Départ en train pour le nord, le long du fleuve Rouge, pour Lao Cai, à la frontière chinoise. Lao Cai est un lieu d’échanges commerciaux. Le matin, à l’ouverture du pont qui marque la frontière, des cohortes de gens poussent des vélos chargés de légumes et de fruits pour écouler leurs produits dans la ville chinoise; ils reviennent le soir chargés de marchandises diverses.
De Lao Cai, on se rend dans les montagnes du nord où vivent des populations de plusieurs dizaines d’ethnies minoritaires. Les routes d’accès sont parfois difficiles, voire crevassées par temps de pluie. On parle même de «nids d’éléphants»!
Différenciées par les vêtements colorés qu’elles fabriquent, les femmes des diverses ethnies rivalisent en tissages et broderies et vendent leurs produits sur les marchés. Comme celui de Can Cau, point de rencontre des ethnies Hmong et Dao Do: dans un joyeux tohu-bohu, les autochtones s’y retrouvent pour faire leurs emplettes et partager toutes sortes de victuailles cuisinées sur place. Ils repartent avec buffles, cochons, chiots et couvées. Hormis les premiers, tous ces animaux seront transportés à bord de deux-roues jusqu’aux villages dans les bras des passagers ou dans des sacs d’où dépassent tantôt une crête, tantôt un groin.
Une randonnée dans les rizières en terrasses et les villages reculés est synonyme de partage de sourires avec des femmes qui nous escortent spontanément. Leur vocabulaire français est réduit, mais ciblé: «Tu viens d’où?», «Acheter sacs?». Les enfants, autonomes dès leur plus jeune âge, s’occupent des animaux. Dans les villages de montagne, le contrôle des naissances – deux enfants par famille – est plus souple en raison de la précarité.
Autre spécificité des minorités: certaines tribus sont matrilinéaires. La jeune femme pratique le rite du bat chông (capture du mari) et l’amène chez elle au cœur d’une procession qui réunit les membres des deux familles. Le mari habite alors chez sa femme et, dans les décisions familiales, l’opinion de l’épouse est prépondérante.
Vues d’une jonque, la mythique baie d’Halong classée au patrimoine mondial de l’UNESCO, et sa voisine Tu Long, moins touristique, tiennent de l’irréel: une brume légère gomme les contours des pitons karstiques creusés de grottes et de fissures. Sur les ponts des bateaux de style Belle Epoque, les passagers ne se lassent pas du paysage offert par les centaines d’îles, vierges ou habitées par des pêcheurs. Ces derniers y vivent toute l’année dans des maisons sur pilotis, voire sur des bateaux.

Etonnantes femmes

Baptisée baie d’Halong terrestre en raison des mêmes formations karstiques qui ponctuent ses rizières, la vaste région de Ninh Binh et Tam Coc est un paradis qui parvient à garder son authenticité malgré un tourisme grandissant. On s’en rend compte lors une excursion dans les canaux à bord d’un sampan – bateau chinois à fond plat – guidé par d’étonnantes femmes qui rament avec leurs pieds. Ou lors de visites de temples et de pagodes comme celle de Bich Dong.
Dans cette même province se trouve la cathédrale de Phat Diem, le centre des chrétiens vietnamiens. Situé dans le village de Luu Phuong, cet édifice à l’architecture exceptionnelle a été construit à la fin du 19e siècle par le père vietnamien Tran Luc, appelé aussi Père Six. Le bâtiment principal se présente comme une pagode alors que l’intérieur est bâti comme une cathédrale. Derrière ses porches sculptés, on découvre un édifice d’environ 80 mètres de long, 24 mètres de large et 16 mètres de haut porté par des dizaines de colonnes en bois de fer. Devant la façade, un clocher à trois étages est orné de motifs chrétiens et bouddhistes. Quatre chapelles et trois grottes artificielles voisinent avec le temple. Classé monument historique, l’ensemble est toujours en activité et on y célèbre beaucoup de mariages. Le Vietnam compte 8 millions de catholiques – c’est la deuxième religion du pays après le bouddhisme.

Claudine Dubois

 

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