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top news photography Les autres touristes: quelle plaie!

«Le drame, dans le tourisme, ce sont les autres touristes», sourit Yann Laville, codirecteur du Musée d’ethnographie de Neuchâtel (MEN). Et effectivement, on est toujours le touriste d’un autre, en témoigne la nouvelle exposition temporaire du musée. Intitulé Le mal du voyage, cet intrigant parcours surfe sur les ambiguïtés pour mieux prendre de la distance par rapport à nos rêves, itinéraires et pratiques touristiques. Un véritable voyage dans nos voyages. «Nous avons voulu réfléchir autour des imaginaires liés au tourisme et aux vacances, explique son collègue Grégoire Mayor. Comment on se confronte à ces imaginaires, comment on les reproduits et comment on souhaite, en même temps, s’en libérer.» Pour en savoir plus...
Articles 2019 - A la deux
Mercredi, 17 Juillet 2019 00:00

Espace

Des privés veulent décrocher la Lune

 

 

Cinquante ans après le premier homme sur la Lune, les Etats-Unis reparlent de mission habitée sur l’astre sélène. Mais ils ne sont plus seuls. Le secteur privé est aussi dans les starting-blocks.

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La réponse est généralement: «Devant la télé, au milieu de la nuit». Le 21 juillet 1969, c’est un peu comme le 11 septembre 2001: ceux qui étaient nés se souviennent exactement de l’endroit où ils se trouvaient au moment où Neil Armstrong a posé le pied sur la Lune. Cette fabuleuse prouesse technologique signait la victoire des Etats-Unis sur l’URSS dans la course à l’espace.
Cinquante ans plus tard, Donald Trump souhaite à nouveau envoyer des astronautes (dont une femme) sur la Lune, ce qui n’est plus arrivé depuis la mission Apollo 17 en 1972. Mais cette fois-ci, il veut y créer une base arrière en vue d’atteindre Mars. Le président américain vise 2024 pour cette nouvelle expédition nommée Artemis, comme la sœur du dieu Apollon.

Rattraper les Soviétiques

Mais les temps ont changé. Alors que dans les années 1960, les Etats-Unis consacraient 5,5% du budget fédéral au programme lunaire – il fallait rattraper les Soviétiques qui avaient mis le premier satellite en orbite en 1957 et envoyé le premier homme dans l’espace en 1961 –, cette part n’est plus que de 0,8%. Or, se promener dans les étoiles coûte cher: après la rivalité entre les blocs de l’Est et de l’Ouest, après la coopération internationale, voici le temps du partenariat public-privé.
Donald Trump a en effet demandé à la NASA de renforcer sa coopération avec les entreprises non étatiques. Ce qui n’est pas entièrement nouveau: l’agence spatiale américaine sous-traite déjà certaines opérations depuis le début des années 2000.
Mais, à la différence de Boeing, qui développe des technologies particulières comme des lanceurs de fusées, les nouveaux venus sur le marché – en particulier SpaceX, fondé par le multimilliardaire Elon Musk, et Blue Origin, de Jeff Bezos, patron d’Amazon et homme le plus riche du monde – ont dans leur viseur des programmes spatiaux complets allant du tourisme spatial à la colonisation de Mars.

Bombarder Mars

Fanfaronnades de milliardaires mégalos? Oui et non. Difficile de prendre Elon Musk au sérieux quand il déclare – c’était en 2015 – vouloir larguer des bombes atomiques sur les pôles de Mars pour réchauffer la planète rouge et la rendre habitable. En revanche, sa société SpaceX a mis au point le lanceur de fusées le plus puissant au monde, le Falcon Heavy. Elle en a fait la brillante démonstration le 6 février 2018 en envoyant une voiture Tesla en orbite autour du soleil.
Quand à Jeff Bezos, après plusieurs vols d’essai réussis, il devrait proposer cette année le premier vol habité à bord de sa fusée New Shepard: une petite escapade touristique à la frontière de l’espace, à 100 kilomètres au-dessus de nos têtes. Et en mai, le richissime Américain a présenté au public Blue Moon, un véhicule censé transporter du matériel sur la Lune. Cet atterrisseur lunaire devrait opportunément être prêt en... 2024.
Ces nouvelles réjouissent sans doute l’administration Trump: les Etats-Unis cherchent à rester le leader de l’espace – notamment face à la Chine qui a déposé début janvier un robot sur la face cachée de la Lune, une première mondiale – sans trop mettre le contribuable américain sous pression. Quelques jours après que la Tesla d’Elon Musk avait rejoint les étoiles, le Washington Post révélait que le gouvernement américain allait cesser de financer la Station spatiale internationale à l’horizon 2025 et qu’il en déléguerait le fonctionnement au secteur privé...

La faille d’Obama

Cette privatisation de l’espace pose de nombreuses questions. Chacun peut-il y faire ce qu’il veut, comme Elon Musk, qui a décidé d’envoyer 12’000 satellites autour de la Terre pour l’inonder d’internet à haut débit quitte à rendre le ciel nocturne plus lumineux et difficile à observer? Au fond, à qui appartient l’espace?
«A tout le monde», répondait en 1967 le Traité de l’espace, ratifié par la plupart des Etats. Aucun pays n’a le droit de s’approprier l’espace extra-atmosphérique, «y compris la Lune et les autres corps célestes», d’y proclamer sa souveraineté, de l’occuper ou d’en accaparer les ressources. Le drapeau américain planté sur la Lune était ainsi purement symbolique.
Ce beau consensus international a pris fin en 2015 avec le coup de griffe que Barack Obama lui a infligé. En signant le Space Act, il affirmait en gros: certes, aucun Etat ne peut faire main basse sur un astre; mais un citoyen américain privé, lui, a le droit de posséder et de vendre les ressources qu’il en aura extraites. Autrement dit, le Space Act est un permis d’exploitation de l’espace pour les grandes entreprises américaines. Les Emirats arabes unis et le Luxembourg se sont empressés d’adapter leur législation dans le même sens.

Compagnies des Indes

Cette situation est comparable à celle des grandes compagnies maritimes des 17e et 18e siècles qui s’en allaient fonder des comptoirs en Asie pour en capter les richesses, font remarquer plusieurs observateurs. Ces compagnies des Indes orientales néerlandaise, britannique ou française étaient des sociétés marchandes privées, mais elles étaient fortement soutenues par leurs Etats respectifs. Et leur puissance économique et militaire rivalisait avec celle de royaumes européens.
L’avenir dira si c’est sur ce modèle-là que se développera la conquête de l’espace. Où serez-vous quand SpaceX déposera le premier colon sur Mars?

Christine Mo Costabella

 

Une vraie poubelle

128 millions de déchets d’origine humaine gravitent autour de la Terre, selon l’Agence spatiale européenne. Beaucoup ne mesurent qu’un millimètre; mais en se déplaçant à 28’000 km/h, ces débris peuvent faire de gros dégâts, expliquait récemment dans Le Temps Christophe Bonnal, expert au Centre national d’études spatiales français (CNES). Un satellite qui décolle aujourd’hui a une chance sur dix d’être détruit par une de ces miettes interstellaires. Et chaque collision crée de nouveaux débris...
L’enjeu était anecdotique tant que seuls quelques Etats avaient accès à l’espace. Mais la multiplication des acteurs, y compris privés – pensons aux 12’000 satellites d’Elon Musk dont 60 ont déjà décollé –, risque de transformer la périphérie de la Terre en une véritable poubelle.

CMC

 

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