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Articles 2019 - A la deux
Jeudi, 16 Mai 2019 00:00

Votation

La lutte pour le dimanche à Genève

 

 

Pour ou contre l’ouverture des magasins le dimanche? Les Genevois votent ce week-end, mais le débat ne date pas d’hier. Au 19e siècle, bourgeois protestants et syndicats s’alliaient pour le dimanche chômé.

EM20-19ALécher les vitrines à Balexert le dimanche est pour l’instant un loisir interdit aux Genevois. En 2016, ils avaient pourtant voté en faveur de l’ouverture des commerces trois dimanches par an à condition que la branche s’entende sur des compensations pour les vendeuses – les employés sont bien souvent des femmes. Les syndicats exigeaient notamment des jours de congé fixes et des plannings de travail fournis au moins trois semaines à l’avance.
Aucun compromis n’ayant été trouvé, les magasins sont restés fermés. Mais la majorité de droite au Grand Conseil a trouvé la parade: en septembre 2018, elle a voté une loi permettant la triple ouverture dominicale «à titre expérimental» sans convention collective de travail préalable. «Déni de démocratie!», ont crié la gauche et les syndicats, qui ont lancé un référendum. Le 19 mai, les Genevois voteront donc une seconde fois sur le même objet.

Les tavernes à l’amende

Liberté du commerce versus protection des travailleurs: le débat est vieux comme la révolution industrielle. Traditionnellement, Genève est très attachée à ses dimanches, la Réforme ayant supprimé toutes les autres fêtes chrétiennes. Les autorités d’Ancien Régime dépensaient beaucoup d’énergie à transformer la ville en cité modèle: le culte y était obligatoire et les tavernes ouvertes pendant le service divin recevaient des amendes salées, tout comme leurs clients.
Si la population se montrait parfois rebelle aux préceptes calvinistes, elle supporte très mal que la France révolutionnaire lui sucre ses dimanches. Le Directoire annexe en effet la cité en 1798; il remplace le calendrier chrétien par des semaines de dix jours, punissant quiconque continuerait de faire du dimanche un jour à part.
La République tente de réinstaurer le dimanche chômé après le départ des troupes françaises en 1813. Mais l’industrie naissante et le commerce de détail n’y ont pas grand intérêt: l’oisiveté du dimanche nuit à l’économie comme à la moralité des travailleurs, affirmaient déjà les philosophes des Lumières.

EM20-18AUn banquier s’engage

Usines et magasins genevois fonctionnent donc sept jours sur sept pour la plupart. Paradoxalement, c’est de la haute bourgeoisie libérale que viendront les premières revendications, comme le montre l’historienne Valérie Lathion dans sa thèse de doctorat Un dimanche pour Dieu ou pour l’homme? (Université de Genève, 2007). Soucieux des conséquences du travail continu sur la vie religieuse et familiale des ouvriers, le banquier Alexandre Lombard fonde en 1861 la Société pour la sanctification du dimanche (SPSD). Celle-ci devient nationale cinq ans plus tard, puis internationale.
En fait, ces fervents protestants ont peur que la société se déchristianise, en particulier les classes populaires. Leurs motivations sont d’abord religieuses. Mais les chrétiens de toute l’Europe sont de plus en plus sensibles aux questions sociales en cette seconde moitié du 19e siècle. Et nos banquiers protestants n’hésiteront pas à s’allier aux syndicats naissants pour défendre les droits des travailleurs.
Leurs efforts, couplés à ceux des milieux hygiénistes, alarmés par les conditions de travail déplorables dans les usines,  vont finir par payer. Les employés des chemins de fer obtiennent au moins un dimanche de libre sur trois en 1872; et cinq ans plus tard, la loi fédérale sur les fabriques interdit le travail dominical, avec des exceptions.

La grève des coiffeurs

Le dernier bastion de la résistance est précisément... le commerce. La plupart des magasins restent ouverts le dimanche, surtout dans les quartiers populaires où les ouvriers reçoivent leur paie le samedi soir.
A Genève, la SPSD s’adresse directement aux patrons pour tenter de les convaincre de fermer le dimanche. Elle placarde des affiches sur les murs de la ville pour encourager la clientèle à faire ses achats la semaine en privilégiant les boutiques qui offrent de bonnes conditions à leurs employés, notamment le repos dominical.
Plus surprenant, à la fin du siècle, elle s’allie au mouvement ouvrier: quand des conflits du travail éclatent chez les coiffeurs ou les charbonniers qui demandent un jour de repos hebdomadaire, elle soutient la grève par des moyens financiers et logistiques. «L’Ami du dimanche, le journal de la Société, appelle même au boycott des patrons récalcitrants», souligne Valérie Lathion.

L’adieu au dimanche

Une loi genevoise de 1904 finit par garantir un jour de repos par semaine à tous les employés du commerce, ce jour devant tomber le dimanche une fois sur deux. La protection de ce jour spécial, vu comme celui du repos commun, de la famille et des visites aux amis, se renforcera tout au long du 20e siècle. Avant que les besoins de la concurrence (ce qui n’est pas nouveau), les exigences des consommateurs et l’idée que chacun doit pouvoir choisir librement son jour de repos (ce qui l’est) ne viennent remettre en cause le statut particulier du septième jour. Les résultats de la votation de ce week-end diront dans quelle mesure l’adieu au dimanche est amorcé.

Christine Mo Costabella


Les arguments du 19 mai


Le commerce genevois souffre. Pour la droite et le patronat, il faut le soulager en ouvrant trois dimanches par an (la Confédération autorise quatre ouvertures annuelles). Notamment en décembre, la période des achats de Noël. Sans quoi la concurrence de la France se fera cruellement sentir, les magasins y étant ouverts jusqu’à douze dimanches par an.
Les employés n’aligneront pas plus de 42 heures sur cinq jours et ne travailleront le dimanche que s’ils le veulent bien. Les volontaires seront faciles à trouver, disent les patrons, la loi genevoise leur garantissant un double salaire les jours fériés.
Une réforme «inutile»
C’est précisément parce que les salaires de la branche sont bas que des employés sont prêts à sacrifier leurs dimanches, rétorque Alessandro Pelizzari, secrétaire régional du syndicat Unia. Qui exige davantage de compensations pour les vendeuses.
La réforme, dit-il, est par ailleurs inutile: si les Genevois achètent en ligne ou en France, c’est parce que les prix y sont plus bas, pas parce que les magasins sont fermés le dimanche, comme le montre une récente étude du Conseil d’Etat. CMC

 

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