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top news photography Promettre la chasteté, et après?

«C’était facile au séminaire: on se lançait des vannes, on plaisantait sur le sujet. Mais on était portés par une ambiance de camaraderie. Ensuite, on se retrouve seul dans le ministère! La sexualité, c’est toute une vie. On ne peut pas dire à 22 ans: ‘Ça y est, je suis chaste’. Il faut un processus d’accompagnement», estime Maxime Morand, qui a quitté le sacerdoce après cinq ans pour se marier, en 1986. Il a travaillé par la suite dans les ressources humaines et regrette que l’Eglise n’ait pas, comme toute grande entreprise, une instance de régulation externe. Pour en savoir plus...
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Articles 2019 - Edito
Mercredi, 27 Novembre 2019 00:00
 

Edito: Le frisson de la vie

Aude Pidoux_interieurParfois ça donne le vertige. Imaginez ce que vit un paysan des montagnes kirghizes. Ou un petit cultivateur ivoirien. Quels sont leurs soucis, leurs craintes, leurs espoirs, leurs joies?
Imaginez maintenant votre propre vie. Vos joies, plus ou moins les mêmes que celles du Kirghize ou de l’Ivoirien mentionnés plus haut: des rencontres, des fêtes, des amitiés, des naissances. Vos craintes et vos soucis, similaires: tomber malade, payer ce qu’on doit, passer le mois ou l’année, subvenir aux besoins de sa famille, se faire du mauvais sang pour ceux qui ne vont pas bien...
Mais là où ces habitants de pays lointains s’inquiètent, nous remplissons des papiers pour conjurer le sort. Il y a la déclaration d’impôts, l’assurance maladie, l’assurance ménage, accident, incendie, vol et responsabilité civile, les hypothèques, les cotisations AVS, les cotisations aux deuxième et troisième piliers, les cartes de crédit, les factures, les demandes de subsides, les inscriptions diverses et variées, les formulaires et j’en passe.
Toute cette construction de paperasse a été édifiée sur la base des mêmes craintes que celles que vivent le paysan kirghize, le cultivateur ivoirien et beaucoup d’autres au quotidien: la peur de manquer, la peur de perdre, la peur d’être malade et la peur de mourir. C’est une chance de se savoir en sécurité et d’avoir un filet social qui assure de ne pas tomber trop bas. Mais les formulaires à remplir repoussent aussi au loin ces peurs inhérentes au fait d’être vivant. Or ce sont aussi elles, et le vertige qu’elles procurent, qui font que la vie est belle; qu’on profite d’un bon repas, d’une rencontre joyeuse, d’une amitié intense.


Tous ces formulaires repoussent au loin les peurs inhérentes au fait d’être vivant.


 Chez nous, certains s’échappent vers la nature pour retrouver ce vertige. L’alpiniste Voytek Kurtyka, qui a arrêté le haut niveau «quand il a eu l’impression que les montagnes lui ont donné la réponse qu’il cherchait», est de ceuxlà (voir page 24). Dans les montagnes, il a grimpé, chuté, eu peur, passé des jours bloqué par la tempête sans rien à manger, ressenti l’intensité du monde. Aujourd’hui, à 72 ans, il profite de son jardin, où il passe la majeure partie de son temps.

Pour parvenir à cet état de contentement, il n’est pas besoin d’escalader les plus hauts sommets de l’Himalaya. Une pensée pour le quotidien de notre Kirghize, de notre Ivoirien et de tous ceux qui évoluent sans filet peut suffire. Le tout étant de ne pas laisser les montagnes de paperasse et les garanties qu’elles procurent éteindre en nous le frisson de la vie, par définition risquée.

Mise à jour le Mercredi, 27 Novembre 2019 15:38
 

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