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top news photography Les autres touristes: quelle plaie!

«Le drame, dans le tourisme, ce sont les autres touristes», sourit Yann Laville, codirecteur du Musée d’ethnographie de Neuchâtel (MEN). Et effectivement, on est toujours le touriste d’un autre, en témoigne la nouvelle exposition temporaire du musée. Intitulé Le mal du voyage, cet intrigant parcours surfe sur les ambiguïtés pour mieux prendre de la distance par rapport à nos rêves, itinéraires et pratiques touristiques. Un véritable voyage dans nos voyages. «Nous avons voulu réfléchir autour des imaginaires liés au tourisme et aux vacances, explique son collègue Grégoire Mayor. Comment on se confronte à ces imaginaires, comment on les reproduits et comment on souhaite, en même temps, s’en libérer.» Pour en savoir plus...
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Articles 2019 - Edito
Mercredi, 16 Octobre 2019 00:00
 

Edito: Faire la vaisselle

Aude Pidoux_interieur

Lors de mon premier voyage en Iran, au tout début des années 2000, je me souviens avoir été surprise par la double attitude de jeunes Iraniens. Ils se plaignaient du régime des mollahs, du manque de liberté, de l’inégalité entre les sexes et souhaitaient ardemment le changement. Ils étaient prêts à braver les interdits et à prendre des risques pour l’obtenir. Pourtant, quand ils m’invitaient dans leurs familles, je constatais qu’à la maison, ils ne levaient pas le petit doigt. La cuisine, le ménage, la lessive, c’était leur mère, voire leurs sœurs. Quant à la vaisselle, même leur père s’y mettait parfois. Eux jamais.
Petit à petit, j’ai réalisé que leur désir de changement était réel mais que, bercés dès leur naissance dans la République islamique, ils ne possédaient pas les clés pour imaginer une autre manière de faire.
Aujourd’hui en Suisse, alors que la jeunesse manifeste pour le climat, on ne peut s’empêcher de noter ces mêmes incohérences. Quoi, ces jeunes qui veulent changer le système, diminuer drastiquement les émissions de dioxyde de carbone pour limiter le réchauffement climatique s’arrêtent, en pleine manif, au McDo pour acheter à boire? Ils abandonnent leurs déchets dans la rue? Ils passent leur vie le nez rivé sur l’écran de leur smartphone plutôt que de se mettre à cultiver un jardin potager, comme la logique l’exigerait ? Et ils veulent changer le monde?


Ces jeunes qui veulent changer le système s’arrêtent
au McDo pour acheter à boire?


 Il n’est pas évident de se libérer d’un système quand on n’a jamais rien connu d’autre. L’expérience des jeunes qui ont moins de vingt ans aujourd’hui se résume à la vie après l’an 2000: des objets technologiques de moins en moins chers, une connexion constante, des relations sociales sur internet, tout cela couplé à l’énorme emprise du marketing sur
nos vies. Dans ces conditions aveuglantes, on peut déjà saluer le fait qu’ils trouvent la force de réclamer le changement!
Pour lutter efficacement contre un système qui enferme, il faut le connaître intimement. C’est ce que jeunes et moins jeunes sont en train de réaliser: tous les jours, on découvre que des activités qui semblent inoffensives et ordinaires sont en réalité néfastes pour l’environnement : prendre l’avion, regarder une vidéo sur Youtube, jouer en ligne... Nous sommes en train d’acquérir l’expérience qui permet de décortiquer nos incohérences et d’imaginer un autre possible.
De leur côté, mes amis iraniens d’autrefois sont devenus adultes. Ils ont vécu, réfléchi et développé une certaine distance par rapport à ce que l’Etat leur a inculqué. La République islamique tient toujours debout, mais tous se sont mis à faire la vaisselle.

Mise à jour le Mercredi, 16 Octobre 2019 13:53
 

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