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top news photography Les autres touristes: quelle plaie!

«Le drame, dans le tourisme, ce sont les autres touristes», sourit Yann Laville, codirecteur du Musée d’ethnographie de Neuchâtel (MEN). Et effectivement, on est toujours le touriste d’un autre, en témoigne la nouvelle exposition temporaire du musée. Intitulé Le mal du voyage, cet intrigant parcours surfe sur les ambiguïtés pour mieux prendre de la distance par rapport à nos rêves, itinéraires et pratiques touristiques. Un véritable voyage dans nos voyages. «Nous avons voulu réfléchir autour des imaginaires liés au tourisme et aux vacances, explique son collègue Grégoire Mayor. Comment on se confronte à ces imaginaires, comment on les reproduits et comment on souhaite, en même temps, s’en libérer.» Pour en savoir plus...
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Articles 2019 - Edito
Mercredi, 09 Octobre 2019 00:00
 

Edito: Un franc le litre

Aude Pidoux_interieur

«En vingt ans, la Suisse a perdu plus de la moitié de ses banquiers»: ce n’est bien sûr pas vrai. Mais imaginez le choc que provoquerait une telle annonce. La Confédération et des spécialistes du monde entier accourraient au chevet de nos pauvres banques. On injecterait de l’argent, on réorganiserait la profession, on offrirait peut-être un soutien psychologique aux banquiers survivants...
Ce qui n’est pas vrai pour les banquiers l’est pour un autre secteur traditionnel de l’économie suisse: l’industrie laitière. En vingt ans, le nombre de producteurs de lait est passé de plus de 44’000 à moins de 20’000. Or, tout le monde s’en fiche, ou presque. Parmi les disparus, on compte un certain nombre de suicidés, et beaucoup d’autres qui ont changé de profession avant d’en arriver à cette extrémité. Peut-on imaginer plus désespérant que de s’échiner du matin au soir pour ne rien gagner à la fin du mois, en portant en plus la responsabilité d’animaux dont le bien-être dépend de vous?
Cela fait des années que les producteurs de lait demandent à être payés 1 franc par litre, soit 40 centimes de plus qu’actuellement. Ironie de l’histoire, il semble que les consommateurs sont prêts à payer plus. Mais les deux plus gros distributeurs, Coop et Migros, font barrage. Ils n’ont aucun intérêt à augmenter le prix d’achat. Et en Suisse, où ils dominent la vente au détail, leur position fait force de loi. La Confédération s’achète donc une conscience en subventionnant les agriculteurs. «De quoi se plaignent-ils, entend-on souvent, ils reçoivent des milliards en paiements directs.» On relève rarement qu’une partie des paiements directs subventionne en réalité Coop et Migros en leur permettant d’acheter leur lait à un prix inférieur au coût de production.


 

On relève rarement qu’une partie des paiements
directs subventionne Coop et Migros.


Mais ce statu quo, qui dure depuis des années, est en train de se fissurer. Deux jeunes femmes ont réussi à s’entourer d’une quinzaine de paysans pour mettre sur le marché un lait équitable payé 1 franc le litre au producteur. Il permet aux producteurs de lait de vivre de leur travail et rencontre, depuis son lancement il y a deux semaines, un large succès auprès du public. Et il ne coûte pas si cher.
Le secret de cette nouvelle génération de paysan(ne)s? Le courage d’emprunter une voie nouvelle: sans passer par les institutions politiques, mais en s’efforçant de changer le système de l’intérieur. Pour commercialiser ce lait, il a fallu s’engager, convaincre, contourner les obstacles et développer des alliances parfois inattendues. Une belle leçon de politique pratique à l’approche des élections.

Mise à jour le Mercredi, 09 Octobre 2019 14:02
 

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