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top news photography Les autres touristes: quelle plaie!

«Le drame, dans le tourisme, ce sont les autres touristes», sourit Yann Laville, codirecteur du Musée d’ethnographie de Neuchâtel (MEN). Et effectivement, on est toujours le touriste d’un autre, en témoigne la nouvelle exposition temporaire du musée. Intitulé Le mal du voyage, cet intrigant parcours surfe sur les ambiguïtés pour mieux prendre de la distance par rapport à nos rêves, itinéraires et pratiques touristiques. Un véritable voyage dans nos voyages. «Nous avons voulu réfléchir autour des imaginaires liés au tourisme et aux vacances, explique son collègue Grégoire Mayor. Comment on se confronte à ces imaginaires, comment on les reproduits et comment on souhaite, en même temps, s’en libérer.» Pour en savoir plus...
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Articles 2019 - Edito
Mercredi, 25 Septembre 2019 00:00
 

Edito: D'un mur à l'autre

Cedric Reichenbach

Qu’est-ce qui ne tourne pas rond? Qu’est-ce qui peut faire croire à un Africain fuyant son pays qu’il lui sera plus facile de rejoindre les Etats-Unis plutôt que l’Europe? Voler de Yaoundé, Kinshasa ou Luanda à Quito, en Equateur, qui ne demande pas de visa, c’est cher. Mais le voyage est sûr, donc on paie quitte à s’endetter. Jusque-là, ça se tient. Mais ensuite?
Remonter la Colombie, dont les autorités ont bafoué les accords de paix avec les FARC, poussant des milliers de guérilleros à reprendre les armes; passer ensuite au Panama en franchissant la jungle hostile du Darien, «route de la mort» où pullulent les crocodiles, les paramilitaires et les contrebandiers; traverser l’Amérique centrale déchirée pas les soldats et les maras, ces gangs de jeunes marginalisés baignant dans l’ultra-violence pour se retrouver, finalement, devant le «mur mexicain», un territoire presque aussi grand que l’Europe dont la police corrompue, l’armée toute-puissante et les milices participent d’une manière ou d’une autre à maintenir les migrants le plus loin possible des frontières américaines: tout ce périple n’est-il pas terriblement risqué?
Les milliers de fosses communes découvertes dans un Mexique traversé par des caravanes de migrants, remplies de réfugiés exécutés après avoir été rançonnés et réduits en esclavage, pourraient nous le faire croire. Mais non.


Le désert du Sahara, comme celui du Sonora, au Mexique,
fait office de frontière.


A lire les témoignages des Camerounais, des Angolais et des Congolais recueillis à la frontière entre le Mexique et le Guatemala, tout vaut mieux que l’Europe! Pourquoi? «Parce que, pour y arriver, il faut traverser la Libye.» Esclavage, enlèvements, tortures, extorsions: l’ancien fief de Kadhafi est le Tartare des réfugiés; une prison à ciel ouvert dans les Enfers de la guerre et de la corruption qu’il ne faut traverser sous aucun prétexte. Les candidats à l’exil ont si bien reçu le message qu’ils préfèrent s’envoler pour Quito!
Comme les Etats-Unis avec le Mexique, les Etats européens sous-traitent le contrôle de leurs frontières à la Libye. Ils externalisent la gestion des futurs requérants d’asile en payant les gardes-côtes libyens et des milices dont les pratiques seraient inacceptables sur le sol du Vieux Continent. Le désert du Sahara, comme celui du Sonora, au Mexique, fait office de frontière. On y creuse, dans les deux cas, des fosses communes.
Vu sous cet angle, difficile d’ergoter sur le mur de Donald Trump. Il a beaucoup en commun avec les multiples barrières séparant l’Europe de l’Afrique. A une différence près: si les eaux du Rio Grande peuvent se révéler meurtrières, la Méditerranée est, elle, implacable. En cas d’avarie sur la grande bleue, devenue la route migratoire la plus mortelle au monde, il n’y a pas d’échappatoire.

Mise à jour le Mercredi, 25 Septembre 2019 14:02
 

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