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top news photography Les autres touristes: quelle plaie!

«Le drame, dans le tourisme, ce sont les autres touristes», sourit Yann Laville, codirecteur du Musée d’ethnographie de Neuchâtel (MEN). Et effectivement, on est toujours le touriste d’un autre, en témoigne la nouvelle exposition temporaire du musée. Intitulé Le mal du voyage, cet intrigant parcours surfe sur les ambiguïtés pour mieux prendre de la distance par rapport à nos rêves, itinéraires et pratiques touristiques. Un véritable voyage dans nos voyages. «Nous avons voulu réfléchir autour des imaginaires liés au tourisme et aux vacances, explique son collègue Grégoire Mayor. Comment on se confronte à ces imaginaires, comment on les reproduits et comment on souhaite, en même temps, s’en libérer.» Pour en savoir plus...
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Articles 2019 - Edito
Lundi, 26 Août 2019 00:00
 

Edito: Le labo italien

thibaut

On dit parfois que l’Italie est un laboratoire politique. Ce n’est pas faux. Rome a forgé le socle antique de l’Europe. La péninsule transalpine a été le cœur incroyablement fertile de la Renaissance. En mettant fin à l’indépendance de Venise, Napoléon a clos un long Moyen Âge dont la Sérénissime est à jamais le chef-d’œuvre.

Au 19e siècle, les convulsions du Risorgimento ont reflété les difficultés à cimenter une unité nationale, le pays de Cavour et Garibaldi semblant n’avoir jamais trouvé un régime adapté à sa physionomie morcelée. Puis le fascisme a préfiguré les dangers totalitaires que le monde allait endurer.

Après-guerre, la rivalité entre démocrates-chrétiens et communistes, incarnée par les chamailleries entre Don Camillo et Peppone, a symbolisé les enjeux de la guerre froide. Quant aux années de plomb, avec les traumas du terrorisme noir et rouge, elles ont laissé le souvenir amer d’un pays en proie à des forces néfastes le dépassant alors que la mondialisation montrait bientôt le bout de son nez.

Pur produit des années 1980, le phénomène Silvio Berlusconi a signé l’américanisation et la spectacularisation de la politique continentale: la gestion médiatique de l’Etat comme une entreprise, le basculement dans un autre monde... Suite à l’écroulement du mur de Berlin, l’Italie, bien plus que ses voisins, s’est réveillée avec une monumentale gueule de bois. La corruption systémique mafieuse révélée lors du Tangentopoli de la terrible année 1992 a laminé les partis pour laisser place à un champ de ruines politiques. Avant tout le monde, une fois de plus.

 


Peu ou prou, les maux de l’Italie finissent par être les nôtres.


Depuis? En détruisant la Libye de Kadhafi, l’OTAN et ses serviteurs européens ont placé l’Italie, désormais plus eurosceptique que jamais, à l’avant-poste d’une Méditerranée ensanglantée. Il y a peu, Matteo Renzi annonçait la modernité à tout crin d’Emmanuel Macron. Aujourd’hui, Matteo Salvini surpasse tous les apprentis sorciers de ce que l’on nomme avec fainéantise le populisme. Grâce à un dosage unique d’hyperactivité sur le terrain et de suroccupation des réseaux sociaux. Quel politicien fait 1000 selfies après chaque meeting?

Faut-il désespérer de l’Italie? Il est en tout cas vivement déconseillé de la moquer. Peu ou prou, ses maux finissent par être les nôtres. A nouveau, les exemples ne manquent pas. Sa dénatalité inquiétante. Son Sud qui se décroche. L’emprise de la Chine qui a mis un pied dans le port de Trieste. La fuite de sa jeunesse. In fine, sa déchristianisation. Matteo Salvini a beau afficher un crucifix sur sa poitrine pour «faire peuple» lors de sa tournée des plages adriatiques, il n’a rien d’un chrétien s’agenouillant au pied de la Croix. Le jour où l’Italie n’aura plus rien de catholique marquera la mort clinique de l’Europe.

Mise à jour le Mardi, 27 Août 2019 13:17
 

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