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top news photography Les autres touristes: quelle plaie!

«Le drame, dans le tourisme, ce sont les autres touristes», sourit Yann Laville, codirecteur du Musée d’ethnographie de Neuchâtel (MEN). Et effectivement, on est toujours le touriste d’un autre, en témoigne la nouvelle exposition temporaire du musée. Intitulé Le mal du voyage, cet intrigant parcours surfe sur les ambiguïtés pour mieux prendre de la distance par rapport à nos rêves, itinéraires et pratiques touristiques. Un véritable voyage dans nos voyages. «Nous avons voulu réfléchir autour des imaginaires liés au tourisme et aux vacances, explique son collègue Grégoire Mayor. Comment on se confronte à ces imaginaires, comment on les reproduits et comment on souhaite, en même temps, s’en libérer.» Pour en savoir plus...
Articles 2019 - A la Une
Mercredi, 18 Décembre 2019 00:00

Casimir Gabioud

Le rire nous rend pleinement humains

 

 

Pour Casimir Gabioud, alias Gabidou, rire et spiritualité ont partie liée. Cet assistant pastoral valaisan et père de famille en témoigne par toute sa vie. Rencontre devant sa crèche en Playmobil qui ravit petits et grands.

 

2019-51-12AClown et assistant pastoral, ce n’est pas fréquent. Casimir Gabioud conjugue les deux avec bonheur. En cette période de Noël, ce père de famille nombreuse originaire d’Orsières (VS) – six enfants qui le secondent dans certains spectacles – m’entraîne aussitôt vers la crèche en Play­mobil qu’il expose dans une salle de la paroisse de Monthey. Sous nos yeux, une véritable catéchèse et un témoignage de sa créativité (encadré ci-contre). Rencontre avec un hom­me qui a fait de la joie le fil rouge de son existence.

Vous avez toujours aimé faire rire?

 

Casimir Gabioud: – Depuis tout petit. On m’a sans cesse renvoyé cette image de clown. J’ai toujours été un boute-en-train, en fait pour attirer l’attention de mes camarades. Mais j’ai vite appris à ne pas faire rire aux dépens de quelqu’un! Adolescent, fasciné par un oncle magicien, je don­nais des spectacles de magie pour ma famille et mes amis. Puis, peu à l’aise avec le côté sérieux du magicien, je me suis tourné vers le clown.

Le rire est dans votre ADN…

 Il a toujours fait partie de ma personnalité. Lorsque je travaillais avec des personnes handicapées mentales, je l’ai beaucoup utilisé pour entrer en relation avec elles et désamorcer des crises. Le rire me permet de prendre du recul. Il m’aide aussi dans mes relations avec mes enfants et ma femme.
Il fait du bien. Quand on rit, une onde positive nous submerge. Le rire s’intensifie grâce à l’autre. Ce petit moment de joie quand on rit nous donne envie d’aller plus loin, de ressentir à nouveau ce sentiment de bien-être. Et au loin se trouve le bonheur, auquel on aspire, au fond. Le rire n’est pas l’unique chemin vers la joie profonde, mais il nous aide à entrevoir ce qu’elle est. Par sa tendresse, sa délicatesse, sa maladresse, son entêtement, sa joie de vivre et son envie de rencontrer l’autre, le clown va chercher cette joie. Le suivre peut m’aider à la trouver.
Qu’est-ce qui vous attire dans le personnage du clown?
 Le clown va vers les autres et vit pour les autres. Il voit ce qui est beau en eux. Et puis, les difficultés l’amènent dans des lieux inconnus qui l’enthousiasment. Pour lui, le «zut!» devient le «chouette!». «Zut, je tombe encore!», se dit-il, mais une fois à ter­re il s’émerveille: «Chouette! Quelle vue magnifique d’ici!». Et puis, il aime tout le monde. Enfin, il est un petit parce qu’il parle et raisonne comme un enfant.

Quels sont vos modèles?

–  Quand j’ai commencé à m’intéresser à la figure du clown, je me suis beaucoup documenté. J’ai tout de suite aimé Grock, le premier clown à faire son propre spectacle. Mais mon modèle est surtout Dimitri, que j’ai rencontré à plusieurs reprises. Il m’a fasciné dès la première minute où je l’ai vu sur scène. Mime, il pouvait me faire rire par une grimace, un regard. J’ai énormément appris en le regardant. Je l’ai rencontré pour la dernière fois en 2014, avec mon fils Dimitri, le jour de ses 8 ans. Un mo­ ment magique…

Vous avez appris votre métier sur le tas…

–  J’ai ouvert mes yeux et mes oreilles. Au début, je m’inspirais de films et de spectacles, imitant des postures, des mimiques. Fasciné par l’univers du cirque, je m’essayais depuis l’adolescence à la jonglerie et au monocycle. Mais je continue de me former à chaque représentation. Toutes les situations de la vie me donnent des idées pour faire grandir mon clown.

Gabidou, qui a vu le jour en 2004. Pourquoi ce nom?

–  Un soir, avec ma femme Florence, on s’est mis à chercher… et elle m’a dit: «Gabidou». Ce nom faisait partie de moi: déplacer la lettre «d» m’a montré où il était caché! Ce nom est sympathique, il renvoie à la douceur. Je l’aime beaucoup!

Comment Gabidou a-t-il germé dans votre esprit?

–  Après plusieurs années à présenter des spectacles de magie pour mes amis, j’ai fait le pas avec un spectacle organisé par la jeunesse pour les enfants de mon village. Et puis, l’année précédente, Florence, pour m’encourager, m’avait offert une salopette orange qu’elle avait confectionnée pour notre première année de mariage.

2019-51-10BQui est Gabidou pour vous?

–  Un exemple. Pas un double, car je ne me suis pas divisé en deux… Il est une partie de moi-même, mais très différente de moi: Gabidou a sa propre existence, il vit sa propre vie. Depuis mes études à l’Institut romand de formation aux ministères à Fribourg (IFM), je le regarde et m’en inspire. Il y a tellement de choses que j’aimerais savoir faire comme lui! Il n’a pas peur, il ose aller vers les gens, il aime tout le monde sans distinction! Sa manière de vivre me fait envie: il se donne à fond dans tout ce qu’il fait sans perdre espoir, s’il chute il se relève et recommence sans se décourager.

Quelle relation avez-vous avec lui?

–  On s’entend bien. Je lui demande conseil. Mais lui, souvent ne sait pas m’expliquer les choses. Il préfère me dire: «C’est simple! Vas-y!».

Et puis, Gabidou est disciple de Jésus. Une manière d’allier le clown et l’assistant pastoral?

–  J’ai fait mon travail final à l’IFM sur le rire. A travers cela, j’ai compris que Gabidou avait déjà énormément de choses en lui. Je lui ai fait connaître Jésus et lui ai fait comprendre que le suivre allait donner un sens à sa vie. Le 72e disciple est né durant ma dernière année d’études, lorsque j’ai voulu écrire un petit sketch pour les confirmands. Le texte de saint Luc sur l’envoi des disciples en mission m’a parlé et j’ai réalisé que Gabidou lui aussi avait  été appelé à annoncer l’Evangile. Ce spectacle veut nous dire que nous sommes tous appelés à suivre Jésus là où nous sommes. Le message est clair: «Suis Jésus et tu seras heureux». Que ce soit un clown qui le dit le rend plus fort, car il l’annonce avec sa fougue, mais aussi sa maladresse et sa tendresse.
Ce premier spectacle biblique a tourné dans les paroisses et même Prier Témoigner l’a accueilli! Je don­ne environ 70 représentations par an. Cet automne, j’ai joué devant les religieuses et religieux du canton de Fribourg. J’ai la chance de pouvoir me produire en différents lieux et de visiter ainsi nos frères protestants et évangéliques. C’est génial!

Puis vient Le disciple retrouvé, votre second spectacle biblique…

–  Le disciple retrouvé, c’est moi. Gabidou me fascinait au point que j’en oubliais ce qu’il annonçait: le Christ. Ce spectacle évoque les doutes et la perte de la foi après la mort de Jésus à travers le récit des disciples d’Emmaüs. Le tournant du spectacle est le récit de la brebis perdue ou Jésus lui explique comment le bon berger ne le laisse jamais tomber.

Y a-t-il un lien entre le rire et la spiritualité?

–  Le rire nous incarne, il nous rend pleinement humains et en cela il nous aide à nous élever vers Dieu. Nous avons été créés à son image: il a voulu que nous riions, pleurions, tremblions,… Dans l’ancien Testament, lorsque Sarah apprend qu’elle enfantera malgré son âge, elle rit à l’ange. Ce rire l’aide à réaliser à quel point les projets de Dieu pour elle dépassent ce qu’elle peut imaginer.

Une constante anime Gabidou: la joie. Elle est importante pour vous?

–  Pour moi, la joie vient du don. Elle doit rayonner en nous. Face à la douleur de certaines familles nous avons peur, parfois, de la montrer. Au con­traire, il faut la laisser s’exprimer: elle fait du bien. Gabidou l’a souvent constaté avec des enfants malades, des pauvres ou des migrants.

Gabidou nourrit-il votre vie spirituelle?

–  Oh oui! Ma spiritualité est très incarnée. Gabidou va vers tout le monde et il existe grâce aux gens. A son exemple, ma vie spirituelle doit être tournée vers les autres. On doit être chrétien par les pieds, ce qui implique un déplacement. Et puis, Gabidou n’a pas peur de se tromper: s’il se trompe, il persévère jusqu’à ce qu’il réussisse. J’aimerais arriver à cela dans ma vie.
C’est surtout au contact de l’autre que je sais que Dieu existe. C’est dans l’autre que je le rencontre tous les jours. Gabidou, si je lui dis: «Dieu est à l’intérieur de chacun de nous», il courra voir tout le monde pour pouvoir le rencontrer.

Avez-vous des projets avec lui?

–  J’aimerais mettre en scène des paraboles. J’ai expérimenté, à travers le récit de la brebis perdue, combien mettre un peu de vie en elles peut nous éclairer sur l’amour de Dieu. Je m’inspire de cela pour créer un spectacle.

Recueilli par Geneviève de Simone-Cornet


Une crèche en Playmobil

«Pourquoi Marie et Joseph vont dans la direction opposée à la crèche?» La question fuse. Par chance, je viens d’arriver avec Casimir Gabioud, le concepteur de la crèche géante en Playmobil – 25 m2 – que les élèves d’une classe de Monthey admirent depuis un bon moment. «Ils se rendent au recensement ordonné par l’empereur César Auguste», répond Casimir d’un air malicieux. Et ça a l’air sérieux, à voir la mine des soldats romains chargés d’administrer la province de Judée! C’est que la crèche que les enfants ont sous les yeux, et dont ils peuvent faire le tour pour la voir sous différents angles, est évolutive: nous sommes début décembre et jusqu’à Noël, les parents de Jésus auront le temps d’arriver à l’étable où il naîtra. Pour l’heure, elle abrite quelques bergers, un bœuf et un âne.

Artisans et artistes

Il y a déjà tant à regarder: le lac et ses pêcheurs, le désert et ses bédouins, la montagne, les vignes et leurs vendangeurs, les champs, leurs semeurs et leurs moissonneurs, le village de Bethléem et ses artisans – le boulanger, le potier, le forgeron –, les marchands et les aubergistes, le village romain. «Et les artistes, comme moi, me souffle Casimir: le montreur d’ours et le charmeur de serpents.» Pas de clown? «Je n’ai pas osé en mettre, car il n’y en avait pas au temps de Jésus.»
Ici et là, s’intégrant parfaitement au décor, dix paraboles qu’un éclairage approprié permet de souligner. Une authentique catéchèse. Et pour les plus petits, Casimir a prévu un jeu: il a caché dans sa crèche vingt souris à découvrir.

De belles rencontres

Cette fresque de la vie quotidienne au temps de Jésus, Casimir a mis trois jours pour l’installer dans une salle de la paroisse de Monthey: «Il y a quand même 400 personnages et 800 animaux!». Mais pourquoi s’être donné toute cette peine? «Je trouvais sympathique d’utiliser des Playmobil pour créer une crèche qui peut parler à tout le monde.»
C’est la quatrième année qu’il expose sa crèche dans le Bas-Valais, et le succès est au rendez-vous: «A Martigny-Croix, l’an dernier, il y avait 200 à 300 personnes par jour la semaine de Noël!». A la clé, de belles rencontres avec des gens pas forcément pratiquants ou qui ont pris leurs distances avec l’Eglise: «Des épisodes incroyables et beaux! Autant de surprises et de grâces. Je me souviens de cet homme de 60 ans: enfant, il avait confectionné une crèche avec ses jouets et il s’était fait gronder par sa mère qui y avait vu un outrage à Dieu. Devant ma crèche, rempli d’émotion, il a réalisé que cela était possible,  que son intuition était juste. Un vrai bonheur!».
La crèche en Playmobil est visible les après-midi jusqu’au 4 janvier.

GdSC


Un Dieu vulnérable

Quel sens a Noël pour vous?

C’est Dieu qui se fait tout petit pour nous. Il est arrivé nu, vulnérable sur la terre pour nous révéler sa grandeur. Noël est là pour nous le rappeler. Et nous, nous devons juste nous extasier devant l’enfant.

Comment fêterez-vous Noël?

En famille, comme chaque année. Nous n’avons jamais offert de cadeaux de Noël à nos enfants et ils ne nous en ont jamais réclamé. Nous avons toujours voulu leur montrer que le plus beau
cadeau, c’est l’amour de notre famille.

GdSC

 

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