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top news photography Les autres touristes: quelle plaie!

«Le drame, dans le tourisme, ce sont les autres touristes», sourit Yann Laville, codirecteur du Musée d’ethnographie de Neuchâtel (MEN). Et effectivement, on est toujours le touriste d’un autre, en témoigne la nouvelle exposition temporaire du musée. Intitulé Le mal du voyage, cet intrigant parcours surfe sur les ambiguïtés pour mieux prendre de la distance par rapport à nos rêves, itinéraires et pratiques touristiques. Un véritable voyage dans nos voyages. «Nous avons voulu réfléchir autour des imaginaires liés au tourisme et aux vacances, explique son collègue Grégoire Mayor. Comment on se confronte à ces imaginaires, comment on les reproduits et comment on souhaite, en même temps, s’en libérer.» Pour en savoir plus...
Articles 2019 - A la Une
Mercredi, 27 Novembre 2019 00:00

Lausanne 2020

Des Jeux olympiques moins polluants: premier essai

 

 

Les Jeux olympiques de la jeunesse (JOJ) prendront leurs quartiers à Lausanne pour deux semaines en janvier. Contrairement à leurs grands frères – on pense notamment à Sotchi 2014 ou à Rio 2016 –, ils se veulent exemplaires en termes d’environnement et d’égalité.
 

2019-48-23A«JOJ». Cette abréviation vous dit quelque chose? Si ce n’est pas le cas, cela ne va pas tarder! Elle signifie Jeux olympiques de la jeunesse. Leur 3e édition hivernale se déroulera à Lausanne du 9 au 22 janvier prochain. Les initiés lui ont donné le nom de code «Lausanne vingt vingt». Budgété à 40 millions de francs, c’est le second évènement multisport hivernal le plus gros au monde. Pour l’occasion, près de 2000 athlètes de 15 à 18 ans issus de 80 pays débouleront dans la capitale vaudoise. Ils s’affronteront dans seize disciplines sur huit sites répartis sur trois cantons et deux pays.
A l’heure où les grands rassemblements olympiques font de plus en plus souvent tiquer la fibre écologique grandissante de certains, il est permis de se montrer dubitatif quant au bilan carbone de l’événement. Sauf que ces JOJ-là se piquent d’être durables. A y regarder de plus près, ce n’est pas sans fondement. Prenons le village olympique pour commencer: il sera situé dans l’impressionnant Vortex. Cette curiosité architecturale cylindrique de 137 mètres de diamètre sur 27 mètres de haut est sortie de terre en à peine deux ans du côté de l’Amphimax de l’UNIL. Elle réalise l’exploit de faire d’une pierre deux coups: d’abord village olympique, le Vortex servira par la suite à combler la pénurie récurrente en logements étudiants sur Lausanne. Avec la nouvelle patinoire de Malley, c’est le grand chantier de ces JOJ.
Ensuite, les compétitions se dérouleront sur trois cantons et deux pays par souci de rentabilité, mais aussi d’écologie.
Les épreuves de patinage de vitesse auront lieu sur un lac naturel à Saint Moritz (GR), ce qui a évité la construction d’une piste. Idem pour le bobsleigh, la luge et le skeleton qui se tiendront sur une piste naturelle. Une partie des épreuves – ski nordique, biathlon et saut à ski – auront lieu en France voisine, sur le site de référence des Tuffes (Jura). C’est bizarrement une première même si la logique financière et écologique l’impose. Quant aux épreuves de curling, elles se dérouleront au Palladium de Champéry (VS) pour les mêmes raisons. Autre exemple: les athlètes se déplaceront d’un site à l’autre en transports publics.

Un laboratoire pour les JO

Pour le Comité international olympique (CIO), ces JOJ disputés à la maison sont plus que jamais «un laboratoire pour les véritables Jeux olympiques». En quoi? «On peut y tester des épreuves ou des formats novateurs. Ainsi le slopestyle avait été essayé aux JOJ d’Innsbruck avant d’être programmé aux JO de Sotchi», explique Christophe Dubi, directeur des Jeux olympiques au CIO.
A Lausanne, ou plutôt à Villars-sur-Ollon (VD), ce sera au tour du skialpinisme de rejoindre la grande famille olympique – même si les puristes estiment, en grande partie à juste titre, que les formats courts retenus pour cela n’ont plus rien de l’esprit aventureux et alpin de leur discipline. En revanche, ces formats rendront ce sport plus spectaculaire et donc plus facilement accessible aux téléspectateurs. Car ces JOJ bénéficieront d’une couverture médiatique d’une ampleur unique. Notamment grâce à des directs à la télévision ainsi que sur internet.
Soucieux de respecter les sensibilités de l’époque et même de les devancer, ces Jeux seront aussi ceux des femmes. Elles y seront correctement représentées quantitativement et qualitativement. «Ces Jeux constitueront même le premier événement olympique d’hiver présentant une parité à 100%», se félicite Christophe Dubi. En outre, dans divers sports, comme le ski, se dérouleront d’intéressants relais par équipes mixtes hommes-femmes.
«Une belle idée en prise avec notre époque et qui contribue à séduire la jeune génération, relève encore Christophe Dubi. Les jeunes athlètes et leurs coaches sont plus ouverts à ces innovations que les athlètes adultes, qui ont atteint un pic dans une démarche d’ultra performance; tout changement est par conséquent difficile pour eux.» Enfin, ces jeux seront également plus égalitaires, car c’est une femme qui a été nommée à la tête du comité d’organisation des JOJ en décembre dernier. L’ex-championne du monde de ski freestyle Virginie Faivre avait en effet été appelée à la rescousse suite au décès soudain de son prédécesseur. Pour mémoire, le regretté Patrick Baumann avait succombé à une crise cardiaque à l’âge de 51 ans lors des JOJ d’été à Buenos Aires, à la stupeur de la délégation suisse présente sur place.

Susciter des vocations

La Vaudoise de 37 ans de relever: «Pour ces jeunes athlètes, participer à nos Jeux constituera une expérience unique sur le chemin d’une éventuelle carrière professionnelle. Et ce à un âge crucial où abandonner les rigueurs d’une carrière sportive n’est pas rare. Concourir avec les anneaux olympiques sur le dossard, ce n’est pas rien. C’est motivant et formateur. J’aurais rêvé de participer à une telle compétition internationale à cet âge!» Elle est convaincue que quantité de graines de vocations seront semées parmi les jeunes spectateurs et qu’elles fleuriront dans les années qui viennent.
De son côté, Ian Logan, directeur de Lausanne 2020, souligne que son «bébé» a su enthousiasmer les habitants des sites concernés. Il a d’ailleurs réussi à convaincre quelque 3000 bénévoles d’apporter leur aide le moment venu. « Partout le savoir-faire local a été mis à profit. Tous y ont gagné. Au passage, grâce aux compétitions préparatoires organisées en hiver 2018-2019, Leysin a par exemple pu renforcer son positionnement freestyle et Villars devenir incontournable sur la carte mondiale du ski-alpinisme. Pour ces stations, le pari est déjà gagné ! » Les Jeux misent à fond sur le tissu local. Ainsi, les étudiants de l’Ecole hôtelière de Lausanne participeront à l’évènement dont la mascotte et l’identité visuelle ont été imaginées de A à Z par les jeunes de l’Ecole romande d’arts et communication (Eracom). «Travailler sur un tel projet avec une visibilité mondiale est une opportunité unique, un défi et une fierté», s’enthousiasme par exemple Elsa Bersier, l’une des 150 apprenties de l’institution lausannoise à avoir participé à ce travail.

Respect des autres

Christophe Dubi estime que jamais des JOJ n’ont été aussi importants. Pourquoi? «Car nous vivons des temps troublés dans bien des domaines. Et dans ce contexte, les valeurs de respect de soi et des autres, qui sont au centre de l’olympisme, sont primordiales. Le sport va bien au-delà de l’excellence et de l’exigence qu’il porte en lui. Il rapproche et fédère les hommes, tant les sportifs que les spectateurs et les téléspectateurs. Tous s’en trouvent élevés», estime-t-il non sans un lyrisme un brin grandiloquent.
Le professionnel de l’olympisme rêve que ces jeux soient une telle réussite qu’ils restent un incontournable jalon dans la mémoire collective et qu’en se retournant chacun se dise avec fierté: «J’y étais!». Ce faisant, ils augmenteront considérablement les chances de voir à moyen terme des Jeux olympiques d’hiver avoir lieu en Suisse.

Laurent Grabet

 


Deux fondeurs mongols participeront à ces JOJ

Ce sera très probablement la belle histoire de ces Jeux olympiques de la jeunesse. Nous vous en avions raconté le début dans l’Echo Magazine n°6 du 7 février dernier. Un à deux jeunes fondeurs mongols s’aligneront sur les épreuves de ski de fond de ces JOJ à la Vallée de Joux.
A l’heure où nous écrivons ces lignes, leurs noms ne sont pas encore connus, mais l’heureux lauréat chez les garçons sera selon toute vraisemblance Zolbayar. Celui-ci a survolé le processus de sélection de deux ans auquel ont pris part 47 jeunes fondeurs mongols. En temps normal, ce jeune homme de 17 ans habite une yourte plantée dans la steppe. Sa famille y élève des chevaux selon un mode de vie nomade ancestral. Voici quatre ans, il savait à peine ce qu’était le ski de fond. L’hiver passé, il devenait pourtant champion national devant les meilleurs athlètes adultes de son pays.
Quant à la représentante mongole, ce sera probablement Urangoo. Cette longiligne et joviale adolescente de 15 ans est de loin la meilleure des filles. Une bonne partie de l’été, ces deux athlètes et quatre autres encore en lice à ce moment-là se sont entraînés dur à ski à roulettes en Suisse sous l’égide de Pascal Gertsch. Ce médecin vaudois à la retraite passionné de ski de fond et amoureux de la Mongolie a remué ciel et terre pour les mener vers le plus haut niveau. Ces jeunes se sont aussi exercés au centre nordique de Prémanon (F) avant de mettre le cap sur des courses en Italie où ils ont engrangé les points FIS indispensables pour être sélectionnés pour les JOJ. A leur retour, Pascal Gertsch leur a offert une petite surprise: un arrêt d’une journée à Venise. «Aucun ne connaissait cette ville, mais tous ont été émerveillés», raconte le septuagénaire ravi.
Ian Logan, directeur de Lausanne 2020, a eu un coup de cœur pour ces gamins attachants. Il est vrai que leur histoire faite de candeur, de sueur, de rires et de larmes illustre à merveille ce que devrait être l’olympisme. Il a eu raison car Pascal Gertsch, de son côté, se dit persuadé que les meilleurs d’entre eux auront le niveau pour se qualifier pour les JO de Milan-Cortina en 2026. «S’ils continuent à s’entraîner judicieusement», précise-t-il tout de même...

LG

 

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