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top news photography Les autres touristes: quelle plaie!

«Le drame, dans le tourisme, ce sont les autres touristes», sourit Yann Laville, codirecteur du Musée d’ethnographie de Neuchâtel (MEN). Et effectivement, on est toujours le touriste d’un autre, en témoigne la nouvelle exposition temporaire du musée. Intitulé Le mal du voyage, cet intrigant parcours surfe sur les ambiguïtés pour mieux prendre de la distance par rapport à nos rêves, itinéraires et pratiques touristiques. Un véritable voyage dans nos voyages. «Nous avons voulu réfléchir autour des imaginaires liés au tourisme et aux vacances, explique son collègue Grégoire Mayor. Comment on se confronte à ces imaginaires, comment on les reproduits et comment on souhaite, en même temps, s’en libérer.» Pour en savoir plus...
Articles 2019 - A la Une
Mercredi, 20 Novembre 2019 00:00

Environnement

"Transformons le Sahara en zone agricole"

 

 

Et si le Sahara devenait vert? Le plus grand désert du monde pourrait se transformer en zone agricole et résoudre diverses crises sociales, économiques et environnementales, professe l’ingénieur suisse Jean-Edouard Buchter.
 

2019-47-10ALa solution à bien des problèmes actuels et futurs est à trouver dans le Sahara, estime Jean-Edouard Buchter. Cet ingénieur EPFZ dissèque la chose dans un ouvrage très bien vulgarisé et publié récemment aux Editions Favre. Pour ce Fribourgeois de 76 ans domicilié non loin d’Estavayer-le-Lac, reverdir le Sahara résoudrait une bonne partie des problèmes écologiques, climatiques, alimentaires et migratoires auxquels l’humanité commence à être confrontée.

Bien que basé sur des constats collapsologiques alarmants, son livre Reverdir le Sahara est si convaincant et porteur d’optimisme qu’il a donné envie à l’éditeur Pierre-Marcel Favre de lancer une fondation éponyme. Laquelle compte dans son conseil des personnalités connues loin à la ronde pour voir loin telles que l’ancien conseiller fédéral Pascal Couchepin ou l’ancien ambassadeur suisse Raymond Loretan. Leur objectif? Faire connaitre le projet et lever des fonds. Afin de discerner si l’idée qu’ils défendent est géniale ou utopique, nous avons dégusté ce livre et soumis son auteur à la question.

Vous écrivez «le Sahara fut vert et peut le redevenir». Rafraichissez-nous la mémoire...

Jean-Edouard Buchter: – Voici 5000 ans, ce désert était encore couvert de végétation. Des hommes, des animaux et insectes de toutes sortes y vivaient nombreux. Des peintures rupestres retrouvées dans le Tassili n’Ajjer, en Algérie, en témoignent. D’après le climatologue Martin Claussen, de l’Institut Max Planck à Hambourg, l’assèchement du Sahara est dû notamment à un lent refroidissement du climat saharien. Ce phénomène a arrêté la mousson africaine qui apportait les pluies jusque loin dans le désert. L’homme a accéléré ce mouvement en déforestant et en surpâturant. Des guerres et des exodes se sont ensuivis. C’est probablement la première fois dans l’histoire que l’être humain a tant contribué à détruire son écosystème...

Vous arguez que les terres européennes sont, elles aussi, en cours de désertification. Pourquoi?

– Nos sols ont été gravement appauvris par l’agriculture intensive. L’agrochimie et la mécanisation leur ont fait beaucoup de mal. On ne s’en rend pas encore pleinement compte car ils restent sous perfusion de cette chimie qui les stérilise. Il nous faut revenir à une agriculture saine de proximité. Une prise de conscience est en cours sur ces questions. Certaines écoles d’agriculture se mettent à enseigner l’agrobiologie. Mais malgré cela, on semble parfois encore très loin du compte. Pour mémoire, en 2018, les initiatives populaires «Pour des denrées alimentaires saines et produites dans des conditions équitables et écologiques» et «Pour la souveraineté alimentaire. L’agriculture nous concerne toutes et tous», pourtant capitales, ont été très largement refusées par le peuple.

2019-47-12BLa solution serait donc de reverdir le Sahara. Pourquoi?

– Avec ses 9 millions de km2, c’est de loin le plus grand désert du monde. Sa superficie est équivalente à seize fois celle de la France! Il est constitué de plateaux peu élevés et bordé de possibilités d’adduction d’eau, l’or du 21e siècle, comme le fleuve Niger. La terre y est fertilisable dans de très vastes zones. Cela en fait un enjeu géostratégique majeur. Reverdir le Sahara permettra en effet de produire de la nourriture saine en quantité, de fédérer les populations locales autour de projets agroécologiques, d’inverser l’exode rural, de faire reculer la pauvreté et d’offrir des terres d’accueil aux migrants. Tout cela avec un fort effet sur le changement climatique, puisque la végétation «digère» le CO2. Ce succès essaimera partout.
Pour parvenir à cet objectif ambitieux, il faut former localement des animateurs en permaculture, biodynamie ou encore agroforesterie. Ils propageront leur savoir de maître à élèves de manière exponentielle. Une agriculture artisanale nécessitant dix personnes par hectare fournit de quoi nourrir localement 500 fois plus de personnes qu’un seul homme cultivant cent hectares avec des machines, des engrais et des pesticides chimiques.
Mais il ne faudra pas s’enfermer dans un dogmatisme manichéen non plus. Utiliser dans un premier temps certains OGM particulièrement résistants aux conditions extrêmes ou employer judicieusement la chimie pour équilibrer les sols peut être par exemple un atout, à condition de passer à autre chose ensuite.

Pourquoi dès lors ne pense-t-on pas à cette solution de reverdissement?

– C’est un peu un mystère pour moi. La déconnexion de la nature est telle qu’on se laisse convaincre par des délires technoscientifiques puérils, comme aller s’installer sur mars – une solution envisagée très sérieusement du côté de la Silicon Valley – ou répandre de la poudre de cuivre dans l’espace pour réduire le rayonnement solaire et donc le réchauffement. Sans parler des velléités prométhéennes du transhumanisme! Ces pseudo solutions sont bizarrement très médiatisées. C’est vrai que reverdir le Sahara est peut-être moins spectaculaire, mais diablement plus réaliste et efficace.

Comment y parvenir concrètement?

– Il est important de souligner que plusieurs expériences montrent déjà que cela fonctionne à grande échelle. Citons le cas du Sénégal où la «Grande muraille verte» compte déjà plus de 40’000 ha de surface reboisée. L’une des solutions est d’utiliser le tracteur-charrue «delfino». Cette machine permet de creuser à la chaine dans le sol des cuvettes qui retiendront l’eau à la saison des pluies et dans lesquelles les paysans locaux, correctement formés, feront des semis... puis des émules. Cette technique toute simple a permis de reverdir 5700 ha en cinq ans au Burkina Faso sous l’égide du forestier tessinois Lindo Grandi et du Burkinabé Amadou Boureima.

2019-47-12AQuand ce miracle vert deviendra-t-il réalité?

 

– J’en verrai, je l’espère, le début de mon vivant. Et ce, même si reverdir le Sahara exigera peut-être un «effort de guerre» annuel équivalent au budget de l’armée américaine (ndlr. plus de 600 milliards de dollars)... C’est beaucoup, mais les problèmes qui arrivent droit sur nous ne nous laisseront pas le choix. Et puis le reverdissement peut aller très vite. L’expérience montre que l’humus, qui est avec l’eau le nerf de cette guerre, se propage de manière exponentielle. C’est de l’Afrique, détentrice de graines de sagesse trop souvent oubliées en Occident, que viendra notre salut. Pour cela, il faudra consolider un axe eurafricain capable de résister aux forces de l’Est, de l’Ouest et du fanatisme. Cela demande de cultiver la paix, le respect et le partenariat.

Recueilli par Laurent Grabet
www.reverdirlesahara.org

 

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