news menu left
top news photography Promettre la chasteté, et après?

«C’était facile au séminaire: on se lançait des vannes, on plaisantait sur le sujet. Mais on était portés par une ambiance de camaraderie. Ensuite, on se retrouve seul dans le ministère! La sexualité, c’est toute une vie. On ne peut pas dire à 22 ans: ‘Ça y est, je suis chaste’. Il faut un processus d’accompagnement», estime Maxime Morand, qui a quitté le sacerdoce après cinq ans pour se marier, en 1986. Il a travaillé par la suite dans les ressources humaines et regrette que l’Eglise n’ait pas, comme toute grande entreprise, une instance de régulation externe. Pour en savoir plus...
Articles 2019 - A la Une
Mercredi, 06 Novembre 2019 00:00

Berlin

La chute du mur a volé leur histoire

 

 

Le 9 novembre 1989 tombait le mur qui séparait les deux Allemagnes. Exit le parti unique et la Stasi; mais à force de voir détruit tout ce qui faisait leur quotidien, les Allemands de l’Est ont l’impression de ne jamais avoir existé.

2019-45-14BUn buste géant de Lénine flottant dans les airs, bras levé comme pour adresser un ultime salut aux Berlinois... Qui a vu Good bye, Lenin!, le film de Wolfgang Becker sorti en 2003, se souvient de la scène burlesque où la statue déboulonnée du dictateur bolchévique se promène en hélicoptère.

Cette comédie raconte comment la chute du mur de Berlin, tout en apportant la liberté aux citoyens de l’ex-République démocratique allemande (RDA), a profondément chamboulé leur manière de vivre et les repères de leur quotidien. C’est le visage même de leur ville qui a changé. Un effacement du passé parfois difficile à avaler, note Aude le Gallou, doctorante en géographie à l’Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne, qui a travaillé sur la mémoire des Berlinois de l’Est.

L’Allemagne de l’Est, on imagine ça gris, plutôt laid et bourré d’agents de la Stasi. Les Berlinois que vous avez interrogés regrettent-ils vraiment cette époque?

Aude le Gallou: – Non, la plupart sont globalement satisfaits de la réunification. Mais cela ne les empêche pas de regretter certains aspects de la RDA: la sécurité de l’emploi, l’absence de chômage et de criminalité, la solidarité... Ce qui les blesse, c’est que ces points positifs ont disparu non seulement de leurs vies, mais aussi de la mémoire officielle.
Les lieux qu’on a conservés soulignent presque exclusivement le caractère autoritaire de la RDA, comme les tronçons du mur ou le siège de la Stasi – la police politique –, transformé en musée. Sans parler du Checkpoint Charlie: pour beaucoup, ce n’est qu’une mise en scène caricaturale de l’histoire conçue pour les touristes américains. Tout cela n’a pas grand-chose à voir avec l’expérience réelle des habitants de l’Est...

Quels endroits importants pour eux ont disparu après la chute du mur?

– Il y a bien sûr la statue géante de Lénine, inaugurée en 1970 et déboulonnée en 1991 (à laquelle fait référence le film Good bye, Lenin!, ndlr). Ceci dit, les Berlinois n’avaient pas forcément un rapport très affectif avec elle. Par contre, tous ceux que j’ai interrogés évoquent le palais de la République. Ce bâtiment abritait le Parlement de la RDA. Il comprenait aussi des restaurants, des salles de théâtres, des bowlings... Les Berlinois de l’Est y ont presque tous de bons souvenirs.
Or le palais a été détruit en 2009, officiellement parce qu’il contenait de l’amiante et que sa rénovation était trop coûteuse. Mais d’autres bâtiments remplis d’amiante à l’Ouest n’ont pas connu le même sort! Difficile de ne pas voir là une décision politique, voire le rapport de force entre l’Ouest vainqueur et l’Est vaincu. A la place, on est en train de rebâtir le château des rois de Prusse, détruit en 1950 après avoir été endommagé par les bombardements. C’est le choix de ce qu’on veut valoriser au sein de l’histoire allemande.

Que ressentent les Berlinois de l’Est?

– J’ai souvent entendu: «Tout a changé». C’est très déstabilisant de voir disparaître des éléments du quotidien qui vous ont accompagné dix, vingt, trente ans! Beaucoup d’écoles ont été détruites à cause de la chute brutale de la natalité; les usines ont été rasées, laissées à l’abandon ou transformées en logements de luxe. Une ingénieure me disait que ne subsiste aucun bâtiment qu’elle a contribué à construire. Elle était triste de penser que si elle avait des petits-enfants, elle n’aurait rien à leur montrer.
Ces gens ont le sentiment que leur histoire a été effacée. Que le pays dans lequel 17 millions d’Allemands ont vécu pendant 40 ans n’est qu’une parenthèse à oublier, réduite à un régime autoritaire ou à un échec économique. Cela engendre un sentiment de dévalorisation personnel et collectif.

C’est ce qu’on appelle l’Ostalgie, la nostalgie de l’Est?

– C’est un mot délicat, car il désigne des choses très différentes: la mode un peu superficielle qui consiste à acheter des répliques en plastique de produits typiques de la RDA; les initiatives individuelles de musées ultra-locaux; la vraie nostalgie d’une minorité d’anciens soutiens du régime; voire un ressentiment collectif des Allemands de l’Est qui expliquerait la montée de l’extrême droite. Le parti AfD, Alternative für Deutschland, capitalise par exemple sur le fait que trente ans après la réunification, de nombreuses inégalités économiques persistent. Le terme Ostalgie est trop simpliste pour exprimer la complexité des rapports au passé en ex-RDA.

Les vestiges du mur attirent des millions de visiteurs. Prendre des selfies devant la statue géante de Lénine, n’aurait-ce pas été un attrait touristique majeur pour Berlin?

– Sans doute qu’aujourd’hui, ça ferait fureur ! Mais au moment de la réunification, la priorité n’était pas de faire de Berlin une métropole touristique. L’Allemagne voulait affirmer son unité et prouver au monde qu’elle était une démocratie, ce que n’incarnait pas vraiment la statue géante de Lénine...

Contrairement à la RDA, le passé nazi n’a pas été effacé de Berlin. Pourquoi ?

– La mémoire du nazisme est beaucoup moins ambivalente! A l’exception de quelques partisans de l’extrême droite, personne ne défend cet héritage. La condamnation des crimes nazis fait partie de l’identité allemande contemporaine. Alors que le passé socialiste est beaucoup moins univoque! D’abord parce qu’il est plus récent; ensuite parce qu’il renvoie à des divisions encore présentes dans les mentalités et les inégalités économiques. L’Allemagne réunifiée cherche au contraire à prouver que son unité est bien réelle, surtout à Berlin, sa capitale.

Recueilli par Christine Mo Costabella


2019-45-15ALe pays disparu

En se promenant dans l’ancienne République démocratique allemande (RDA), on est marqué par les sites à l’abandon, les friches, les statues ou les socles orphelins de leurs statues, souligne Nicolas Offenstatd, historien et spécialiste francophone de la mémoire de la RDA. Le lecteur qui souhaite aller plus loin peut se plonger dans Le pays disparu (Stock, 2018): l’auteur y part à la recherche d’objets, d’usines désaffectées ou de bâtiments rasés qui racontent un passé et son oubli volontaire.

CMC

 

 90ans

Cette semaine

2020-09-sommaire 

 

articles-2020

 

 unpluspourtous




Echo Magazine © Tous droits réservés. Route de Meyrin 12. CH-1202 Genève. Tél +41 22 593 03 03. Fax +41 22 593 03 19 redaction@echomagazine.ch