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top news photography Promettre la chasteté, et après?

«C’était facile au séminaire: on se lançait des vannes, on plaisantait sur le sujet. Mais on était portés par une ambiance de camaraderie. Ensuite, on se retrouve seul dans le ministère! La sexualité, c’est toute une vie. On ne peut pas dire à 22 ans: ‘Ça y est, je suis chaste’. Il faut un processus d’accompagnement», estime Maxime Morand, qui a quitté le sacerdoce après cinq ans pour se marier, en 1986. Il a travaillé par la suite dans les ressources humaines et regrette que l’Eglise n’ait pas, comme toute grande entreprise, une instance de régulation externe. Pour en savoir plus...
Articles 2019 - A la Une
Lundi, 23 Septembre 2019 00:00

Lausanne

Mamie et papi défendent le climat

 

Depuis cinq ans, l’association Grands-parents pour le climat se mobilise en Suisse romande. Son but? «Agir ici et aujourd’hui pour léguer une planète vivable à nos petits-enfants.» L’Echo a rencontré quelques membres à Lausanne.

2019-38-13ACes deux cyclistes roulent vite, mais on tente le coup. «Hep! Excusez-moi, l’Espace Dickens, vous savez où ça se trouve?» Un léger coup de frein, une manœuvre agile et les vélos électriques s’immobilisent au bord de la chaussée. Une voiture les dépasse dans un rugissement de moteur. «Oui, c’est  juste là. A droite.» Le journaliste observe le couple de retraités casqués: «Vous vous rendez à la réunion des Grands-parents pour le climat?». Rires: «Ça se voit donc tant que ça?».

On retrouve Marianne et Olivier devant l’Espace Dickens, à cinq minutes à pied de la gare de Lausanne. «Ça fait trois ou quatre ans qu’on s’y est mis», explique Olivier en retirant son casque. L’ancien enseignant à la Haute école de travail social et de la santé précise: «Nous habitons Béthusy, sur les hauts de Lausanne. Comme ça monte pas mal dans ce coin-là, il nous fallait un vélo électrique».
Et la voiture? «Vendue», répond son épouse qui précise que le couple utilise le bus et le train pour les trajets plus longs. «Au début, le poids de ces engins impressionne un peu, prévient Marianne en pointant l’imposante paire de deux roues électriques, mais on s’y fait.» Cette assistante sociale à la retraite reconnaît qu’il est plus facile de faire ce genre d’efforts maintenant qu’elle et son mari n’ont plus d’enfants à charge et que les contraintes professionnelles ont disparu.
N’empêche, certains – beaucoup – ne le font pas. «Quand on tente de convaincre d’autres personnes de s’impliquer dans le mouvement, explique une participante à la réunion qui se prépare, on nous répond souvent: ‘Oui, mais qu’est-ce que ça va changer? C’est trop tard pour nous. C’est aux jeunes d’agir pour sauver l’environnement, pas aux vieux’.»
Olivier, Marianne et les autres papis et mamies présents ce soir sont justement persuadés du contraire. «Notre mission est d’agir ici et aujourd’hui afin de léguer à nos petits-enfants et aux générations futures une planète vivable», résume un dépliant. Au lieu de se morfondre sur l’état de décomposition avancé de notre mère la Terre, les Grands-parents pour le climat proposent de profiter des années qui leur «reste» (dixit) pour manifester dans la rue, faire pression sur le monde politique et sensibiliser les jeunes générations à l’importance de limiter la vitesse et l’ampleur du changement climatique... tout en essayant eux-mêmes d’adopter un mode de vie écoresponsable (comme troquer son auto contre un vélo électrique).

 

Convaincre les parents

Les récentes grèves du climat qui ont secoué la Suisse, avec la venue début août à Lausanne de la jeune militante suédoise Greta Thunberg, ont montré qu’une partie de la jeunesse n’est pas aussi dépolitisée qu’on pouvait le croire. Confrontés très tôt aux problèmes engendrés par le gaspillage, la consommation à outrance, la pollution, le réchauffement climatique et la fonte des glaces, les jeunes semblent, selon Marianne, assez conscients du danger qui plane au-dessus d’eux. «En revanche, observe la retraitée, la génération de nos enfants, les 40-50 ans, ont été peu sensibilisés à la question écologique. Et pour sauver nos petits-enfants, c’est d’abord eux, leurs parents, qu’il faut convaincre.»
La réunion débute dans une demi-heure, mais une dizaine de personnes s’activent déjà. Tables, chaises, projecteur, buffet bien garni: tout est prêt avant que le gros des troupes ne débarque pour la fondation officielle du groupe «Lausanne et environs» de l’association suisse des Grands-parents pour le climat (voir encadré).
Plusieurs dames et messieurs semblent très familiers de l’engagement politique et social. «Il y a différents profils, commente un homme aux cheveux blancs. Pas mal d’entre nous ont vécu mai 68 en tant qu’étudiants et sont depuis longtemps politisés d’une manière ou d’une autre.» «Il y a beaucoup de ‘sociaux’, ajoute Marianne, des enseignants, des pasteurs... mais ça reste ouvert. Et tout le monde est le bienvenu.»

L’huile dans l’évier

Dernier échange avant le début de la réunion à laquelle une quarantaine de personnes assisteront. Karin, une habitante d’Echandens, s’est engagée depuis deux ans pour se «rattraper» vis-à-vis de ses petits-enfants. «Notre génération a beaucoup travaillé... et consommé! Il faut dire qu’on nous y a poussés.»
Le recyclage, raconte cette ancienne imprimeuse, n’existait pas à son époque. «L’huile usagée des machines, on la jetait dans l’évier. Comme j’étais sensible à l’environnement, je me suis rendue au centre de traitement des déchets de la région avec mes bombonnes d’huile. On m’a ri au nez! La quantité était trop mince pour qu’ils daignent la traiter...» Aujourd’hui, tout a changé. «Si vous ne recyclez pas votre huile, on vous amende. Comme quoi, certaines choses s’améliorent, non?»

Cédric Reichenbach

Bientôt un millier de membres

«Comment est né notre association? Tout a commencé en 2012 avec La Revue Durable, répond la Vaudoise Laurence Martin, co-présidente de Grands-parents pour le climat. Ce magazine environnemental avait publié une lettre fictive des ‘petits-enfants du monde aux plus de 60 ans’ qui dénonçait la menace que le changement climatique fait peser sur les générations futures.»
S’appuyant sur l’exemple de la Norvège – premier groupe de Grands-parents pour le climat fondé en 2007 –, mais également de la Suède, du Canada et des Etats-Unis où le troisième âge s’est mobilisé en faveur de l’environnement, la revue lance en 2013 un appel aux papis et mamies de Suisse. En réponse, plusieurs personnes – dont le Nobel de chimie 2017 Jacques Dubochet encore inconnu à ce moment – fondent fin 2014 à Lausanne la branche suisse de Grands-parents pour le climat. «Nous sommes allés à la COP21 de Paris, raconte Laurence Martin, où nous avons rencontré les formations françaises et belges.» En 2016, les aînés rejoignent l’Alliance climatique suisse qui regroupe 71 associations et ONG pour le climat et l’environnement.
Laurence Martin se réjouit: «Nous sommes passés d’une quarantaine de membres au départ à 850 aujourd’hui». Et côté alémanique? «La sauce commence à prendre. Un groupe Klima-Grosseltern s’est formé en début d’année à Zurich. Des médecins ont lu un entretien dans la NZZ avec le Nobel de chimie Jacques Dubochet et ils ont décidé de s’engager.»

CeR

 

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