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top news photography Les autres touristes: quelle plaie!

«Le drame, dans le tourisme, ce sont les autres touristes», sourit Yann Laville, codirecteur du Musée d’ethnographie de Neuchâtel (MEN). Et effectivement, on est toujours le touriste d’un autre, en témoigne la nouvelle exposition temporaire du musée. Intitulé Le mal du voyage, cet intrigant parcours surfe sur les ambiguïtés pour mieux prendre de la distance par rapport à nos rêves, itinéraires et pratiques touristiques. Un véritable voyage dans nos voyages. «Nous avons voulu réfléchir autour des imaginaires liés au tourisme et aux vacances, explique son collègue Grégoire Mayor. Comment on se confronte à ces imaginaires, comment on les reproduits et comment on souhaite, en même temps, s’en libérer.» Pour en savoir plus...
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Articles 2019 - A la Une
Écrit par Administrator   
Jeudi, 12 Septembre 2019 00:00

 

Migrations

L'Europe lutte contre le dépeuplement

 

 

La Pologne et le Portugal viennent de lancer des programmes pour faire revenir les expatriés et freiner les candidats au départ. D’autres pays en déclin démographique expérimentent des politiques de «remigration» pour pallier leur pénurie de main-d’œuvre.

2019-37-11ALa période estivale a été choisie avec soin par les autorités portugaises pour lancer le programme Regressar (retour) auprès de la diaspora en vacances. Le portail en ligne de l’agence de l’emploi portugaise propose une offre alléchante depuis le 22 juillet: 6536 euros (7130 francs) par famille réinstallée au pays, à condition d’avoir quitté le Portugal avant 2016 et de signer un contrat de travail.

Avec une enveloppe de près 11 millions de francs, le gouvernement table sur 1500 retours en 2019 et 1500 autres d’ici à 2021. «Ce n’est pas un soutien pour que les gens rentrent au pays, mais pour aider ceux qui souhaitent déjà rentrer», a expliqué Miguel Cabrita, le secrétaire d’Etat à l’emploi. Les heureux rapatriés verront aussi leurs impôts sur le revenu réduits de moitié pendant cinq ans.
Au même moment, la Pologne utilise les grands moyens pour retenir les jeunes attirés par de meilleures conditions de salaire et d’emploi dans d’autres pays européens. Le PiS, parti conservateur et nationaliste au pouvoir, a voté une mesure, en vigueur depuis le 1er août, qui exonère d’impôts les salariés de moins de 26 ans gagnant moins de 22’000 francs par an. Deux millions de personnes seraient concernées. Objectif: « Faire de la Pologne un lieu de plus en plus convivial et agréable pour le travail et la vie des jeunes», selon le premier ministre polonais Mateusz Morawiecki.

 

Cadeau électoral?

A Varsovie, l’opposition dénonce un cadeau électoraliste à 650 millions de francs peu avant les élections législatives du 13 octobre. La mesure, en effet, fait partie des «cinq points de Kaczynski», nom du leader du PiS.
Le paquet législatif au coût colossal de 11 milliards de francs vise par ailleurs les seniors (prime de 270 francs), les ruraux isolés (développement des transports locaux), les salariés (déduction de frais professionnels) et surtout les familles (130 francs d’aide supplémentaire dès le premier enfant).
Le soutien à la natalité est en effet vu comme une autre façon d’enrayer le déclin démographique. Mais une première version de cette allocation, accessible à partir du troisième enfant, a obtenu des résultats mitigés depuis sa mise en place en 2016. Les naissances sont passées de 370’000 en 2015 à 402’000 en 2017 avant de chuter à 388’000 en 2018. D’où le changement d’approche.
La Pologne et le Portugal ne sont pas les seuls pays d’Europe à expérimenter des politiques alternatives de «remigration». Les administrations espagnoles, lituaniennes, lettones et irlandaises, confrontées elles aussi à la fuite des cerveaux et à la pénurie de main-d’œuvre, se sont réunies le 27 mai à Varsovie pour s’inquiéter de la ruée vers l’ouest européen.
La Pologne a connu une perte nette de 268’000 jeunes de 20 à 34 ans entre 2013 et 2017, selon les données d’Eurostat. Sur la même période, l’Espagne en a perdu 135’000 et la Lituanie 85’000 pendant que l’Allemagne, elle, en a gagné 492’000. «Cela devrait être un argument de poids à l’automne, alors que les pays européens doivent se mettre d’accord sur les aides régionales à accorder dans le cadre financier de l’UE pour 2021-2027», estime Jan Mazza, auteur d’une récente étude sur le sujet pour l’institut Bruegel. Figure d’ailleurs dans le cahier des charges de Varsovie de compléter sa politique de retour par des mesures financées par l’Union.

«Ce sont des miettes»

Les programmes anti-exode sont encore balbutiants et leur impact difficile à évaluer. Agnieszka Fihel, démographe à l’Université de Varsovie, prépare un rapport sur le sujet à la demande du gouvernement polonais. «Nous avons beaucoup de mal à tracer les départs comme les retours, dont il faudrait mieux cerner les motivations», explique la chercheuse. Les écarts entre les statistiques nationales montrent à quel point les décideurs n’y voient pas clair. 250’000 Italiens sont par exemple enregistrés par leur ambassade au Royaume-Uni, mais ils seraient le double, selon Londres, dont 200’000 dans la seule capitale.
Les plans de retour restent pour l’heure trop modestes pour montrer leur efficacité: «24 millions d’euros (26 millions de francs) pour l’Espagne, 30 millions (33 millions de francs) pour le Portugal, ces politiques lancent un message symbolique mais, à l’échelle du budget national, ce sont des miettes qui ne changent pas le destin d’un pays», estime Jan Mazza. Et les publics visés ne correspondent pas toujours aux réalités.
«Lorsqu’on se penche sur le profil des gens qui reviennent en Pologne, on se rend compte qu’il s’agit moins de jeunes que de personnes âgées de plus de 40 ans avec une éducation moins élevée», ajoute Agnieszka Fihel. Et quand ils reviennent, leur expérience, souvent des emplois peu qualifiés, n’est pas valorisée. «Il y a encore trop d’employeurs qui y voient un trou sans intérêt dans le CV.»

Les attaches avec le pays

D’autres pays visent une stratégie plus qualitative qui consiste à garder le contact avec les expatriés, au cas où. C’est le pari de la Lituanie, qui dispose d’un réseau de conseillers à l’écoute de ses communautés de l’étranger et capables de cerner au mieux les besoins des familles en cas de retour.
«C’est le seul programme qui ait une approche globale, cohérente et inscrite dans la durée, estime Agnieszka Fihel. Il serait naïf de penser que les ménages reviennent pour toucher une allocation. Ce sont les attaches avec le pays qui priment, en plus des conditions de travail et de salaire. Ils veulent surtout être rassurés sur les facilités de réinstallation, la scolarité des enfants, les services publics».
L’écoute semble payer: pour la première fois depuis la chute du rideau de fer, la Lituanie est presque arrivée à un solde nul des départs et des arrivées en 2018. Mais cette réussite tient aussi à l’amélioration du niveau de vie.
En Lettonie, où 275’836 ressortissants ont choisi l’expatriation (l’équivalent de la deuxième région du pays), les autorités ont lancé en 2018 un programme inspiré du voisin lituanien. «L’objectif est de créer une communauté de personnes motivées par le retour et de leur donner une chance de comparer les avantages de la vie en Lettonie avec ceux de l’étranger», explique Raivis Bremsmits, directeur de département de politique régionale.
Les Lettons, quand ils reviennent, évoquent d’abord le rapprochement de la famille et des amis, le mal du pays, puis l’envie de voir leurs enfants élevés en Lettonie. En donnant la priorité à ces motivations, les autorités lettones attendent de meilleurs rendements, avec 400 retours effectifs cette année sur un total de 1500 propositions de rapatriement sur mesure.
L’Irlande elle aussi s’est mise à mieux cibler ses candidats. Partant du postulat qu’une expérience à l’étranger améliore les chances de succès en affaires, le gouvernement a lancé en 2018 le programme Back for business (revenir pour le business).
Les revenants sont pour l’heure peu nombreux mais bien choisis. Dans cette première phase de développement, 45 ménages se sont ainsi réinstallés pour monter leur affaire.

Jean-Baptiste François/La Croix

Ça profite à l’Ouest

Les onze pays de l’UE autrefois derrière le rideau de fer (Bulgarie, Croatie, Estonie, Hongrie, Lettonie, Lituanie, Pologne, République tchèque, Roumanie, Slovaquie, Slovénie) comptaient 111 millions d’habitants en 1989 contre 103 millions en 2019.
La Bulgarie, la Lettonie et la Lituanie ont été les plus lourdement affectés, avec plus de 20% de baisse, devant la Croatie (-11%), et la Hongrie (-8%). La Pologne, le plus peuplé des pays d’Europe centrale avec 38 millions d’habitants, a enregistré une baisse de 3%.
L’exode, qui s’ajoute à une faible natalité, a été massif ces dernières années. Selon Eurostat, 8,2 millions de personnes originaires de ces pays vivaient dans d’autres Etats membres en 2017, soit cinq fois plus qu’en 2014. Parmi cette population expatriée, on trouverait 2,5 millions de Polonais et 3,1 millions de Roumains.

JBF

Mise à jour le Mercredi, 25 Septembre 2019 12:32
 

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