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Articles 2019 - A la Une
Écrit par Administrator   
Mercredi, 22 Mai 2019 00:00

 

Fribourg

"Marguerite a sauvé ma petite fille"

 

Norbert Baudois n’oubliera jamais ce jour de mars 1998 où sa petite-fille Virginie est passée sous la roue de son tracteur. Elle a survécu et tous deux attribuent ce miracle à l’intercession de Marguerite Bays, la future sainte fribourgeoise.

 

2019-21-32AC’est une grande ferme de 1900 sur trois niveaux comme il en existe tant dans le canton de Fribourg. Comme jadis, trois générations y vivent et y grandissent côte à côte en contact avec la terre, avec l’impermanence de toute chose et inévitablement avec le ciel aussi… L’imposante bâtisse est posée au bord de la route à l’entrée de Siviriez (FR). A quelques dizaines de mètres, la Glâne coule doucement dans un champ en apparence anodin.
C’est là pourtant que, vingt-et-un ans auparavant, la vie de Norbert Baudois a basculé, lorsque sa petite-fille Virginie, 22 mois, a failli y perdre la sienne sous les roues de son tracteur pesant deux tonnes et demie. Mais
la bienheureuse Marguerite Bays (1815-1879) est intervenue… Et c’est grâce à ce miracle, après une interminable enquête canonique, que la couturière de la Pierraz, un hameau situé à un kilomètre seulement de la ferme des Baudois, sera canonisée en octobre prochain à Rome, vingt-quatre ans après sa béatification par le pape Jean Paul II.

Les planches à neige

«Cet accident, c’est l’histoire la plus douloureuse de ma vie», commence l’agriculteur de 88 ans. Quand il aura fini de la raconter, on comprendra que c’était aussi la plus belle.
L’homme est attablé dans sa cuisine. Au-dessus de la porte trône modestement une croix surmontée de l’inscription: «Bénissez cette maison». Son regard azur trahit une bonté simple et joyeuse. Tout le reste de sa personne évoque la droiture de quel­qu’un qui a toujours cherché à faire triompher le bien sur le mal, l’être sur l’avoir ou le paraître. L’homme a la foi. Il est issu d’une époque où la chose était normale. «Dans ma jeunesse, ceux qui n’allaient pas à l’église étaient montrés du doigt. Aujour­d’hui, c’est plutôt ceux qui y vont», constate-t-il en souriant tristement.
Ce vendredi 6 mars 1998, le grand-père paysan a la garde de plusieurs enfants. Il y a Virginie, la petite dernière, sa grande sœur et des cousins. Les parents de Virginie sont à Paris, au salon de l’agriculture. A Siviriez, l’hiver touche à sa fin et il est temps d’enlever les «planches à neige» posées le long de la route contre les congères. Norbert Baudois enfourche son tracteur Hürlimann vert et se met au travail avec ses petits-enfants.

La grande sœur conduit

Il faut couper les ficelles pour libérer les pare-neige et arracher les piquets. Le grand-père conduit et Virginie gazouille entre ses jambes, les mains posées sur le volant. Les grands ramassent les piquets et les posent sur le pont du tracteur. La petite reste perchée sur la grande roue lorsque sa grande sœur, 8 ans, prend les commandes pour les derniers mètres. «La chose peut sembler un peu folle, mais il était courant dans les fermes à l’époque qu’un enfant conduise un tracteur pour de petits travaux en famille», rappelle Eliane Baudois, la belle-fille de Norbert.

«C’est un miracle»

Norbert est en train de ramasser les piquets et de les charger à l’arrière du tracteur qui avance au ralenti quand un cri de l’aînée déchire le calme. «J’ai vu Virginie rebondir devant la roue arrière droite du Hürlimann. Au moment où j’aurais pu la ramasser, les crampons lui passaient dessus. Quand je l’ai récupérée, tout son corps était flasque et son visage était marqué par la compression au sol. Je pensais que Virginie était morte, mais elle s’est mise à gémir. Et là j’ai dit: ‘Merci Marguerite!’. C’est sorti directement du coeur», se souvient Norbert Baudois, les yeux embués de larmes comme s’il revivait la scène.
Ramenée à la maison par son grand-papa, Virginie est prise en charge par son oncle Jean-Luc, rentré du travail. Il emballe la blessée dans une couverture et la conduit à l’hôpital de Billens. Elle y restera en observation jusqu’au dimanche. Les médecins, après de nombreux examens, constatent que la petite ne souffre que de quelques hématomes sur une fesse, le dos et la joue. Ses organes internes sont intacts. Ils sont estomaqués. Certains répètent en boucle qu’à cet âge les os sont souples. D’autres supposent que la petite est passée entre les crampons des pneus ou que son corps s’est enfoncé dans la terre meuble.
Toutes choses que les faits contredisent. La terre était un peu humide mais ferme au moment des faits. Des traces de pneus sont retrouvées sur la combinaison de ski que portait la fillette. Les 80 cm de terrain sur lesquels elle a été écrasée ne comportent mystérieusement aucune trace de pneus. Un médecin verbalise alors mécaniquement ce que Norbert sait déjà être la vérité dans son cœur: «C’est un miracle!».
Le Glânois voue un culte fervent à Marguerite Bays depuis des années. En 1953, il était avec des milliers de personnes quand le corps de celle que beaucoup considéraient comme une sainte de son vivant a été exhumé pour être placé dans une chapelle de l’église de Siviriez. Chaque vendredi, ils sont une vingtaine à se recueillir et à prier le chapelet dans sa chambre de la Pierraz. C’est là qu’un jour une peinture le frappe. On y voit Goton de la Pierraz, surnom affectueux donné à la future sainte, entourée de six enfants près de la chapelle de Notre-Dame du Bois, où la Vierge s’était manifestée à elle en souriant. A l’époque, Norbert Baudois avait déjà six petits-enfants autour de la ferme. «Depuis ce jour, je me suis mis à prier Marguerite matin et soir en lui demandant de protéger ma famille», confie l’octogénaire.

2019-21-34ALes langues se délient

L’homme n’est pas vraiment connu pour se mettre en avant. «Au village, 90% des gens savaient qu’il y avait bien eu intercession de Marguerite Bays et l’évènement a fait remonter dans la bouche de certains d’autres grâces dont ils avaient bénéficié par son entremise», se souvient-il. Ce n’est donc qu’un mois et demi plus tard, le 23 avril 1998, que le quotidien La Liberté s’empare du sujet et le met en Une. Les autres journaux se réveillent. A la ferme de Siviriez, le téléphone chauffe, mais Norbert Baudois et sa famille n’ont pas envie de témoigner. Ils veulent continuer à vivre normalement.
A part quelques flashs, Virginie ne se souvient de rien. «Quand je l’ai retrouvée à l’hôpital, la plupart du temps elle restait collée à moi comme une moule à son rocher. ‘Boum grand-papa!’, disait-elle en réclamant les membres de la famille», se rappelle sa mère Eliane. La jeune fille a aujourd’hui 23 ans. Elle a un petit ami et travaille comme esthéticienne à Bulle.  En apparence, rien ne la distingue des filles de son âge même si on lui dit souvent qu’elle est plus mûre que la moyenne. Rien sauf la foi inflexible qu’elle partage avec son grand-papa et qui la porte.

«Pourquoi moi?»

 «Gamine, j’étais la petite miraculée qui était passée sous le tracteur, mais cela ne me pesait pas. A l’adolescence, j’ai commencé à comprendre et à me dire: ‘Pourquoi moi?’. Est-ce que ce privilège m’obligeait à faire les choses mieux que les autres? En en parlant lors de stages pour jeunes chrétiens, j’ai pu extérioriser tout ça et l’accepter», explique Virginie Baudois. A noter qu’un garçonnet de la région est mort écrasé par un tracteur quelques semaines après le miracle.
Virginie a été enfant de chœur jusqu’à 15 ans, mais n’a jamais ressenti le désir de devenir religieuse. Elle manque rarement une messe d’action de grâce célébrée le 27 de chaque mois dans l’église de Siviriez – jour du décès de Marguerite Bays en 1879 – même si peu de ses amis le comprennent. «Les jugements des autres sur ces sujets me passent un peu au-dessus», commente-t-elle sur le ton de l’évidence.
La Fribourgeoise prie souvent, et elle «passe toujours par Marguerite», à qui elle pense chaque jour. Parfois, elle va se recueillir à Notre-Dame Du Bois: «Là-bas, je me sens entourée. Je ne suis jamais seule. Il y a une chaleur, quelque chose…». Et chaque matin, la jeune femme se réveille «pleine de gratitude». «Etre reconnaissant de qu’on a, c’est déjà une prière», commente-t-elle joliment.

Ils seront à Rome

En octobre, même si la date n’est pas encore connue, les Baudois seront à Rome pour la canonisation. «Nous deux, on est obligés, lâche Virginie en caressant du regard son grand-papa bien aimé. Ce sera un aboutissement pour Marguerite. Et puis, c’est grâce à elle si je suis encore là!»


Laurent Grabet texte
Jean-Guy Python photos

Mise à jour le Mercredi, 22 Mai 2019 14:40
 

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