news menu left
top news photography Les autres touristes: quelle plaie!

«Le drame, dans le tourisme, ce sont les autres touristes», sourit Yann Laville, codirecteur du Musée d’ethnographie de Neuchâtel (MEN). Et effectivement, on est toujours le touriste d’un autre, en témoigne la nouvelle exposition temporaire du musée. Intitulé Le mal du voyage, cet intrigant parcours surfe sur les ambiguïtés pour mieux prendre de la distance par rapport à nos rêves, itinéraires et pratiques touristiques. Un véritable voyage dans nos voyages. «Nous avons voulu réfléchir autour des imaginaires liés au tourisme et aux vacances, explique son collègue Grégoire Mayor. Comment on se confronte à ces imaginaires, comment on les reproduits et comment on souhaite, en même temps, s’en libérer.» Pour en savoir plus...
Articles 2018 - A la deux
Mercredi, 02 Janvier 2019 00:00

Mots d'enfants

Les grandes questions des tout petits

 

 

Ils n’ont que quelques années et posent déjà des questions qui les occuperont toute une vie. Les parents sont parfois démunis pour répondre, mais il importe qu’ils écoutent leurs enfants.

 

 2019-01-net2

Pourquoi les enfants posent-ils tant de questions, de questions si profondes ? Cette interrogation apparaît presque aussi vertigineuse que celles que partagent régulièrement avec nous les tout-petits. « Où est-ce que j’étais avant de naître ? », « Pourquoi je suis moi ? », « C’est quoi le temps ? » : autant d’interrogations qui nous laissent souvent sans voix. Surtout quand elles fusent au mauvais moment, alors qu’on court à moitié sur le chemin de l’école ou qu’on jongle entre la préparation du repas et le travail urgent ramené à la maison.

A vrai dire, l’ère des questions n’attend pas la parole, avance Sylvain Missonnier, professeur de psychologie clinique à l’Université Paris Descartes. « Dès la naissance, le bébé est un observateur qui se pose la question, vitale, de la présence de l’autre. Il suffit de se cacher derrière un gros fauteuil et de réapparaître à plusieurs reprises pour que ce jeu de cache-cache l’entraîne dans une démarche d’hypothèses et de déductions. Son questionnement connaît bien sûr un saut qualitatif avec l’acquisition du langage », poursuit-il.

Pourquoi on mange

L’enfant prend conscience qu’il sait bien peu de choses. Il idéalise le parent, l’adulte, qu’il imagine détenteur de toutes les connaissances et qu’il interroge sans cesse. Pour son plus grand plaisir ou sa frustration suivant l’accueil réservé à ses interrogations, relève Sylvain Missonnier.
Cette soif de savoir rejoint en tout cas la sagesse des penseurs, considère Roger-Pol Droit. « Les enfants sont tout simplement les premiers philosophes. On sait depuis Platon et Aristote que la philosophie est fille de l’étonnement, aux antipodes de la routine. Un étonnement qui est le propre de l’enfance », soutient ce philosophe. « Les questions, c’est ce qui nous ancre dans la condition humaine, ce qui place une distance entre nous et le monde, ce qui fait qu’on peut à la fois manger et se demander pourquoi on mange pour survivre », analyse Roger-Pol Droit. Et cet auteur de qualifier ni plus ni moins d’« âge métaphysique » la période de la maternelle.
« Entre 3 et 6 ans, l’enfant est un petit philosophe à l’état brut qui peu à peu entre dans le monde des concepts et commence à développer son esprit critique », abonde Anne Ricou, rédactrice en chef de Pomme d’Api. Ce mensuel édité par Bayard reçoit régulièrement des parents les questions de leurs tout-petits. Ces courriers viennent alimenter les rubriques « Dis, Pomme d’Api… » et « Les P’tits Philosophes ». Les questions soulevées nourrissent aussi indirectement les histoires qui jalonnent le magazine.

Qui part en premier ?

2019-01-net1« Ces interrogations en disent long sur la curiosité et l’émerveillement tous azimuts, sans autocensure, des jeunes enfants. » Des questions comme : « Pourquoi le ciel est-il bleu ? », « Pourquoi la Terre tourne-t-elle ? », « Pourquoi l’eau coule-t-elle ? » appellent des réponses scientifiques « simplifiées mais pas simplificatrices ». D’autres rejoignent la notion d’intériorité : « Pourquoi on est triste ? » ; ou prennent un tour existentiel : « Quand on meurt, c’est pour toujours ? » susceptible d’ouvrir sur la foi.
Laure se souvient du jour où son fils de 5 ans lui a demandé s’il allait mourir avant elle. Cette jeune femme lui a répondu, troublée, que les parents meurent généralement avant les enfants, que c’est dans l’ordre des choses. Mais la question est revenue avec insistance. « Au fond, ce qui l’angoissait, c’est qu’il puisse être abandonné. Alors je lui ai assuré qu’une mère, même morte, n’abandonne pas son enfant, qu’elle est toujours dans son cœur, qu’elle l’accompagne toujours, comme ma grand-mère aujourd’hui décédée m’accompagne », confie-t-elle.
Ces quelques mots ont suffi à le rasséréner. Ils n’ont cependant pas empêché le garçon, bien plus tard, d’interpeller Laure : « Mais toi, tu n’as pas peur de la mort ? ». Sur le moment, cette mère s’est sentie démunie. Depuis, elle a réfléchi à la question, mais n’en a pas reparlé à son fils. « J’aurais trouvé ça un peu violent de revenir sur ce sujet alors que lui était passé à autre chose », témoigne-t-elle.

Un sujet tabou

De telles questions nous déstabilisent parce qu’elles nous renvoient souvent, nous adultes, à nos propres doutes, à nos propres angoisses, au point parfois de provoquer un véritable blocage. « J’ai reçu un jour en consultation un garçon de 6 ans avec ses parents », raconte Sylvain Missonnier. Après avoir aperçu un corbeau inerte lors d’une promenade, le petit s’était mis à poser d’innombrables questions sur la mort. Un sujet totalement tabou dans la famille, qui vivait un double deuil : le frère du père s’était tué à moto ; la grand-mère maternelle avait été victime d’une erreur médicale. Les parents voyaient dans ces questions les signes possibles d’une dépression ils projetaient sur l’enfant leur propre effroi alors que celui-ci, pressentant que vivre c’est apprendre à mourir, formulait une demande philosophique. »
Avant que s’installe, en élémentaire, une période de latence au cours de laquelle ils deviennent moins spontanés, plus pudiques, davantage portés sur les questions morales, les jeunes enfants ont souvent le don de poser des questions embarrassantes, observe le chercheur en sciences de l’éducation Gilbert Longhi. « Ils sentent bien que certains sujets, comme la sexualité ou des événements du passé familial, nous mettent mal à l’aise… Quelques-uns prennent aussi plaisir à clouer le bec à l’adulte », s’amuse-t-il.

Ce qu’il en pense

« Même si l’on ne répond pas, l’enfant perçoit, avec ses radars émotionnels extrêmement puissants, que nous sommes gênés », prévient Sylvain Missonnier. Ce qui peut l’amener à imaginer des choses bien pires que la réalité… « L’une des réponses possibles, quand on ne sait pas, consiste à demander à l’enfant ce qu’il en pense », suggère Anne Ricou. « Le petit n’attend pas forcément une réponse précise et exhaustive. L’essentiel, estime-t-elle, c’est de l’écouter, de montrer que ses questions sont dignes d’intérêt. »

Denis Peiron/La Croix

 

 90ans

Cette semaine

2020-08-sommaire 

 

articles-2020

 

 unpluspourtous




Echo Magazine © Tous droits réservés. Route de Meyrin 12. CH-1202 Genève. Tél +41 22 593 03 03. Fax +41 22 593 03 19 redaction@echomagazine.ch