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top news photography Les autres touristes: quelle plaie!

«Le drame, dans le tourisme, ce sont les autres touristes», sourit Yann Laville, codirecteur du Musée d’ethnographie de Neuchâtel (MEN). Et effectivement, on est toujours le touriste d’un autre, en témoigne la nouvelle exposition temporaire du musée. Intitulé Le mal du voyage, cet intrigant parcours surfe sur les ambiguïtés pour mieux prendre de la distance par rapport à nos rêves, itinéraires et pratiques touristiques. Un véritable voyage dans nos voyages. «Nous avons voulu réfléchir autour des imaginaires liés au tourisme et aux vacances, explique son collègue Grégoire Mayor. Comment on se confronte à ces imaginaires, comment on les reproduits et comment on souhaite, en même temps, s’en libérer.» Pour en savoir plus...
Articles 2018 - A la deux
Mercredi, 19 Décembre 2018 00:00

Lausanne

Des lumières sur la ville

 

 

Les villes réfléchissent à leur environnement nocturne. A Lausanne, le plan lumière vise à mettre en valeur le patrimoine, à apporter du confort visuel et à augmenter la sécurité avec moins d’énergie. Un plan de gestion de l’éclairage public sur une période de dix ans. Balade nocturne.

 

 

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«La lumière, c’est raconter par petites touches l’histoire d’une ville», lançait à Lausanne Isabelle Corten, urbaniste lumière, lors des Journées européennes du patrimoine feu et lumière en 2013. Etablie à Liège (Belgique), cette spécialiste européenne de la conception et de la réalisation de projets dans le domaine de l’éclairage a été mandatée par la ville de Lausanne pour établir son plan lumière.
«C’est une étude pour faire évoluer l’éclairage de la Ville dans les dix prochaines années. Il ne faut pas voir uniquement le patrimoine avec un grand P, mais regarder la ville avec tous ses patrimoines: ses rues, ses arbres, ses parcs et la manière dont on les perçoit le jour et la nuit», avance-t-elle. Les Services industriels de Lausanne (SiL) précisent que le plan lumière 2014-2023 ne définit pas les techniques utilisées, susceptibles d’une évolution rapide, mais les tonalités et les intensités adaptées à chaque lieu.
Isabelle Corten nous invite à vivre une expérience sensorielle dans Lausanne. Se balader en compagnie d’une spécialiste, c’est regarder la nuit autrement. «Dans nos contrées du Nord nous vivons la moitié de l’année dans le noir. En hiver, nous partons travailler et revenons la nuit. D’où la nécessité de réfléchir sur cet environnement nocturne pour le rendre le plus agréable possible.» Plus de la moitié de la population mondiale vit en ville!

Plan des ombres

Alors que de l’esplanade de Montbenon on aperçoit les lumières d’Evian,  Isabelle Corten éclaire notre lanterne: «On a réfléchi au panorama nocturne que l’on veut donner à contempler de la rive d’Evian. Dans le parc, on perçoit un éclairage d’espace vert mais aussi les sons lointains». Pour Stephan Henninger, chef de la division éclairage public des SiL, un plan des ombres doit compléter le plan lumière: des zones à l’intérieur desquelles on renonce à utiliser la lumière. On s’achemine ainsi vers des éclairages publics plus qualitatifs.
Pour Isabelle Corten et Roger Narboni, son confrère mondialement reconnu, les espaces d’ombre sont importants pour préserver et sauvegarder la biodiversité nocturne. Pour le concepteur français, l’éclairage public traduit le développement économique d’une ville ou d’une région. Sur toutes les images satellites, on aperçoit plus de points lumineux au Nord. Tandis que le faible éclairage au Sud souligne aussi le peu d’attention que l’on porte à ses citoyens. En Europe, on compte un point lumineux pour 8 à 12 habitants, à Bamako (capitale du Mali) un point pour 145 habitants.
Pour sa consœur, les repères sont importants: «Ce peut-être un abribus éclairé ou des enseignes. Il faut observer la ville pour repérer les parcours les plus utilisés. C’est une question sécuritaire par rapport à la mobilité». Mais les repères en excès tuent les repères utiles. Ils génèrent une pollution lumineuse, comme celle des tours de bureaux éclairées. Et nous imposent régulièrement une publicité non choisie. «La tendance actuelle est à la surenchère, regrette Stephan Henninger. Ce qui est un obstacle à l’observation de la voûte céleste par les astronomes.»

Eclairage culturel

Devant la gare CFF, Isabelle Corten suggère qu’«elle pourrait être éclairée dans sa totalité. Les enseignes uniformisées, voire diminuées, afin de mettre en évidence la structure du bâtiment qui serait alors perçu comme une gare».
«L’éclairage d’un bâtiment, sauf s’il est patrimonial, n’est pas soumis à une autorisation. Notre défi? Con-vaincre le propriétaire et nous insérer dans une réflexion globale. Il n’y a pas de moyens coercitifs; on fait des recommandations. Les cultures suis-se et belge sont assez semblables: on a une volonté de ne pas mettre trop de lumières, contrairement aux Français. Plus au nord, au Danemark et en Suède, les habitants, habitués à des périodes sombres, réclament moins d’éclairage. En Italie, on préfère les températures de couleur froides et au Nord des couleurs plus chaudes, tendant vers le jaune-orange.»
«Les passages sous voie sont fondamentaux en matière de lumière, dit-elle en empruntant celui de la gare. Il faut donner envie de passer d’un côté à l’autre.»
Au sud de la gare, le parc de Milan:  «On a des réponses circonstanciées selon le type de parc. Ici, certaines allées seulement sont utilisées une fois la nuit tombée. L’éclairage, assez bas, permet de mieux cibler la lumière, de gérer les différents types d’occupation et de laisser respirer végétaux et animaux».
Dans le plan lumière, on propose également un parcours des fontaines pour rappeler que Lausanne, avec son lac en contrebas, se servait des fontaines pour approvisionner l’ensemble de la ville. Au bord du lac, un éclairage turquoise et bleu met en valeur la fontaine du Musée olympique la nuit. Les bornes basses à l’éclairage sécuritaire LED blanc neutre attirent les piétons. Esthétiques. Et une économie de 46%.

2018-51-35C2018-51-35BDéveloppement durable

«Il faut avoir en tête les trois piliers du développement durable: économie, écologie et social. Il serait illusoire de croire qu’on va les activer de la même manière. On proposera d’éclairer un arbre s’il est l’unique point de repère, activant le volet social, la qualité de vie au détriment de l’écologie. On décidera d’un éclairage plus haut sur une voirie s’il est impossible de mettre en exergue les autres piliers. Les différents types de repères font partie du patrimoine de la ville.»
Les villes ont un budget annuel consacré à l’éclairage. Même si les lumières ont une durée de vie assez longue, au bout de vingt ans il faut les changer. A Lausanne, on compte 18’000 points lumineux, changés au fur et
à mesure tous les 3 à 4 ans. Pour Isabelle Corten et Roger Narboni, il ne faut pas se contenter de remplacer des luminaires classiques par des LED. Il faut s’interroger sur l’ambiance et ne pas continuer à installer des éclairages en plongée, agressifs ou très intenses.
On dénombre à Lausanne 90 modèles de luminaires. La boule gaspille plus de 50% de la lumière produite en l’envoyant vers le ciel. Alors qu’en dirigeant le flux lumineux, on peut éclairer la rue sans gêner les alentours. Plus de 1300 luminaires sphériques ont ainsi été assainis. Dans le quartier du Rôtillon, les LED sont intégrées aux mains courantes, l’ambiance lumineuse mettant en valeur l’architecture. Elles guident les piétons dans les liaisons verticales tandis qu’une bande blanche antidérapante sur les marches accroît le contraste visuel.

Lumière et mobilité

La passerelle pour piétons et vélos de la Sallaz bénéficie d’un éclairage alliant convivialité et sécurité. Elle relie le quartier de la Sallaz au bois
de Sauvabelin et aux quartiers nord de la ville. Le jury d’actif-trafiC et PRO VELO, qui encourage les aménagements en faveur de la mobilité douce, lui a attribué en 2018 le prix Soulier d’Or: «Ces réalisations piétonnes réussies contrastent avec la place de la Sallaz (...). Les cheminements qui permettent de la quitter, en particulier la passerelle (...), sont heureusement une vraie réussite», lance Isabelle Corten. Si le jugement se fait critique pour la place, inaugurée en 2016, il rejoint celui de la majorité des passants.
De la passerelle on aperçoit la cheminée Pierre-de-Plan, symbole des SiL depuis 1934. Le centre d’exploitation contrôle en permanence l’ensemble du réseau électrique de Lausanne. La ville pionnière – qui aménagea en 1882 la première usine électrique de Suisse destinée à l’éclairage public – présente jusqu’au 31 décembre sa septième édition du Festival Lausanne Lumières. La tour se parera de couleurs changeantes comme plusieurs monuments.
On en prendra plein les yeux avant de redécouvrir, dès 2019, le plaisir de l’obscurité prôné par Roger Narboni!

 

Patricia Laguerre

 

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