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top news photography Promettre la chasteté, et après?

«C’était facile au séminaire: on se lançait des vannes, on plaisantait sur le sujet. Mais on était portés par une ambiance de camaraderie. Ensuite, on se retrouve seul dans le ministère! La sexualité, c’est toute une vie. On ne peut pas dire à 22 ans: ‘Ça y est, je suis chaste’. Il faut un processus d’accompagnement», estime Maxime Morand, qui a quitté le sacerdoce après cinq ans pour se marier, en 1986. Il a travaillé par la suite dans les ressources humaines et regrette que l’Eglise n’ait pas, comme toute grande entreprise, une instance de régulation externe. Pour en savoir plus...
Articles 2018 - A la deux
Mercredi, 21 Novembre 2018 00:00

Rapport du WWF

Pleurer la nature ne suffit pas

 

 

Les tigres et les baleines, les papillons et les coraux: l’extinction des organismes vivants s’accélère, avertit un rapport du WWF. Cette destruction est la conséquence de comportements absurdes, dénonce la philosophe Virginie Maris.

 

 

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Tous les deux ans, le WWF publie un rapport intitulé «Planète vivante» qui fait le point sur la dégradation des écosystèmes. Le dernier en date, publié le 30 octobre, était encore plus alarmant que le précédent: les populations de vertébrés auraient chuté de 60 % entre 1970 et 2014 tandis que les sols s’appauvrissent et que les forêts reculent.
Le point avec Virginie Maris, chercheuse en philosophie de l’environnement au Cefe (Centre français d’écologie fonctionnelle et évolutive). Elle est l’auteure du livre La part sauvage du monde (Seuil, collection Anthropocène, 272 pages).

Le dernier rapport du WWF montre un effondrement du vivant. Est-ce un phénomène exceptionnel?

Virginie Maris: Oui, incontestablement. Il y a déjà eu des épisodes d’extinction massive des espèces – avant même l’apparition des humains –, mais ils se sont déroulés sur des centaines de milliers d’années.
La destruction actuelle est également inédite dans l’histoire de l’humanité. Bien sûr, certaines sociétés ont eu un gros impact sur la nature: la disparition des kangourous et des varans géants sur le continent australien à l’arrivée de l’Homo sapiens, l’extinction des grands mammifères des plaines américaines il y a 10’000 à 15’000 ans, etc. Mais ce n’est pas comparable à ce qui se passe aujourd’hui.
Le monde sauvage s’effondre sous nos yeux à une vitesse et à une échelle sans précédent: tous les continents sont touchés, comme tout ce qui compose la nature: les végétaux, les insectes, les vertébrés, etc. Nous martyrisons le vivant sans nous rendre compte qu’en agissant ainsi, nous nous détruisons nous-mêmes.

Pourquoi? Quels sont les liens qui nous unissent au monde sauvage?

– Les facteurs qui détruisent la vie autour de nous sont également mortifères pour les humains. Prenez l’alimentation: ce que nous mangeons nous rend malades, car l’agriculture s’est muée en une industrie dont la production standardisée repose sur l’utilisation massive de pesticides, ce qui est une forme de biocide.
On tue la nature pour se nourrir. Non seulement cela nous empoisonne, mais cela épuise les sols sans même garantir un revenu décent aux agriculteurs... On le voit, détruire le vivant ne répond à aucune rationalité, même pas économique! Pour de gigantesques projets miniers, nous saccageons de façon irrémédiable des joyaux de la planète, et pour des rendements très éphémères, souvent à dix ou quinze ans! Le rapport bénéfices-pertes est si déséquilibré que cela en devient absurde. Sans parler des autres conséquences.

Quelles sont-elles?

– Ces projets sont souvent très destructeurs pour les sociétés humaines elles-mêmes, les cultures locales, le bien-être, le lien social, etc. Il existe une convergence des processus de destruction. D’ailleurs, lorsqu’un méga projet minier se profile, comme celui de Montagne d’or en Guyane, les populations locales n’en veulent pas, car elles en sont les premières victimes.
On pourrait aussi évoquer les ravages de la culture de l’huile de palme en Asie du Sud-Est. Là encore, on ruine tout : une biodiversité extraordinaire – les orangs-outans sont déjà une espèce virtuellement éteinte –, des communautés humaines, des cultures ancestrales,... Et pourquoi le faisons-nous ? Pour un produit dont l’utilisation dans les agrocarburants, l’alimentation industrielle, etc. apporte un bénéfice dérisoire.

Dans votre livre, vous dites que la préservation du monde sauvage ne doit pas se cantonner à la défense des seuls intérêts humains...

– Nous avons une responsabilité morale vis-à-vis du monde sauvage, indépendamment de ce que sa protection nous apporte. Il en va du respect pour les autres formes de vie, pour l’histoire du vivant qui nous a faits.
Cette humilité nous est aussi bénéfique. Elle nous en apprend beaucoup sur notre rapport aux autres êtres humains comme à nous-mêmes. Elle nous pousse à sortir des logiques de domination et d’appropriation pour aller vers de nouvelles formes de relations, un champ d’émerveillement extraordinaire, étranger à tout contrôle.

Là encore, le rapport au monde sauvage nous est vital...

– Le sauvage est l’autre face de nous-mêmes. Car on ne peut pas penser l’identité sans penser simultanément l’altérité. Or la nature sauvage, indocile, est l’altérité la plus radicale et la plus irréductible qui soit, c’est cette vie sans aucun égard pour nos désirs ou nos besoins. En un mot, une vie hors de nous, et qui nous est pourtant indispensable.

2018-47-12BComment lui redonner sa juste place et stopper la dégradation massive actuelle ?

– Il faut à mon sens une réflexion radicale sur le capitalisme et la société de consommation. Autrement dit, on ne pourra pas maintenir des conditions de vie décentes pour nous-mêmes, les générations à venir et le reste du vivant si on ne se défait pas des modes de production et de consommation actuels. Nous n’avons pas d’autre planète, comme le rappelle régulièrement le WWF.
Or, pour changer de voie, un plaidoyer pour la nature sauvage ne suffit pas. Il faudra s’appuyer sur toutes les sources d’inspiration possibles: le respect de la nature, bien sûr, mais aussi la justice sociale, le féminisme, la défense de la diversité culturelle, etc. La bonne nouvelle, si nous parvenons à sortir de cette folie destructrice, c’est que la nature a une capacité stupéfiante à se régénérer.

Vraiment ?

– On a vu que c’était possible avec le retour de la loutre et du castor, mais aussi celui des grands prédateurs comme le loup ou le gypaète barbu dans les Alpes. Quand on protège une espèce, qu’on restaure un habitat ou qu’on renaturalise des cours d’eau, les résultats sont assez rapides et souvent spectaculaires. J’espère que de tels succès vont progressivement se généraliser.

Recueilli par Marine Lamoureux/La Croix

Vers une extinction de masse

Entre 1970 et 2014, le suivi de 4’000 espèces a révélé que le nombre de vertébrés sauvages s'est effondré de 60% alors que le précédent rapport du WWF évoquait un recul de 52%. Le déclin de la faune concerne tout le globe, avec toutefois des régions particulièrement affectées, comme les tropiques.
L'index d’extinction montre une très forte accélération pour cinq grands groupes: les oiseaux, les mammifères, les amphibiens, les coraux et les cycadales, une famille de plantes anciennes. De manière générale, le taux d'extinction des espèces est de cent à mille fois supérieur à ce qu'il était il y a quelques siècles, avant que les activités humaines ne commencent à altérer la biologie et la chimie terrestres. Ce qui, pour les scientifiques, signifie qu'une extinction de masse est en cours, la 6e seulement en 500 millions d'années.
Détruire la biodiversité ne nous priverait pas seulement des tigres et des pandas, mais aussi d’eau propre, d’aliments, de médicaments, de béton, etc. Rien que pour les médicaments, le rapport signale que 70% des petites molécules développées pendant le dernier quart de siècle proviennent d’une source naturelle. Du côté de nos assiettes, 75% des cultures alimentaires ont besoin des pollinisateurs, insectes et oiseaux.

La Croix

Dans les forêts et dans les mers

Principal écosystème touché en quarante ans: les forêts. «Elles recouvrent 30% de la surface de la Terre et abritent plus de 80% des espèces», rappelle le rapport du WWF. Mais leur place se réduit et avec elles la biodiversité. Les raisons de la déforestation sont nombreuses et spécifiques à chaque région. Les forêts d’Amazonie sont l’objet de coupes massives pour faire place à l’agriculture alors que celles de Sumatra le sont pour construire des routes et des villes, et que le bois du bassin du Congo sert à produire du charbon.
La fragmentation des forêts est aussi un problème. Même si l’étendue boisée globale reste identique, si la forêt est divisée en plus petites parcelles, les animaux ont plus de mal à y vivre. «Une étude parue en 2015 estime que dans 70% des forêts du monde, une lisière peut être trouvée à moins d’un kilomètre», écrit le rapport.
Enfin, toutes les forêts ne se valent pas. Certaines zones boisées peuvent être très étendues mais dédiées à la monoculture. Les exploitations de palmiers à huile, par exemple, recouvrent de grandes surfaces, mais celles-ci ne remplacent pas les services rendus par la forêt primitive.
Outre les arbres, les mers du globe marquent un appauvrissement. Nul ne sait combien il y a de poissons dans la mer, mais près de 6 milliards de tonnes ont déjà été pêchées depuis 1950. Si ces dernières années ont vu un recul de la surpêche, les chiffres restent impressionnants.
Environ 10% de la population mondiale dépend de la mer. Mais les petits pêcheurs qui posent des lignes pour assurer leur survie ne représentent qu’une faible fraction des prélèvements: plus de 75% des prises sont réalisées par les flottes industrielles, la Chine en tête.

EM/La Croix

 

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