news menu left
top news photography Promettre la chasteté, et après?

«C’était facile au séminaire: on se lançait des vannes, on plaisantait sur le sujet. Mais on était portés par une ambiance de camaraderie. Ensuite, on se retrouve seul dans le ministère! La sexualité, c’est toute une vie. On ne peut pas dire à 22 ans: ‘Ça y est, je suis chaste’. Il faut un processus d’accompagnement», estime Maxime Morand, qui a quitté le sacerdoce après cinq ans pour se marier, en 1986. Il a travaillé par la suite dans les ressources humaines et regrette que l’Eglise n’ait pas, comme toute grande entreprise, une instance de régulation externe. Pour en savoir plus...
Articles 2018 - A la deux
Jeudi, 08 Novembre 2018 00:00

Environnement

Les Chinois cuisinent le tigre à toutes les sauces

 

 

Les tigres sont menacés d’extinction, mais les Chinois en mangent de plus en plus. Autrefois utilisé dans la médecine traditionnelle, le tigre est devenu un produit de luxe qu’on utilise pour impressionner son entourage.

 

 

2018-45-16ALa bile contre les convulsions, les yeux contre la malaria, les moustaches contre les maux de dents, le cerveau contre la paresse... et la tête, la fourrure, les crocs et le vin de tigre pour l’ego et le prestige! L’Asie de l’Est, et particulièrement la Chine et le Vietnam, connaît un engouement sans précédent pour les produits à base de tigre, un animal dont il reste moins de 3500 individus à l’état sauvage.

Le tigre, ce puissant et discret félin asiatique capable de tuer un humain d’un coup de dent, fascine de toute éternité les populations qui vivent, ou vivaient, sur son territoire. De nombreuses cultures asiatiques lui ont prêté des pouvoirs magiques et thérapeutiques qui se reflètent dans les médecines traditionnelles. L’idée qu’en ingérant un morceau de cet animal on intègre sa force et sa puissance demeure bien ancrée dans l’imaginaire populaire.
Ainsi, bien que la Chine ait rayé le tigre de la liste des ingrédients de la pharmacopée traditionnelle chinoise en 1993, interdisant la production et l’usage de tous les médicaments qui en contiennent, le commerce de produits à base de tigre n’a jamais cessé. Et les efforts des défenseurs des animaux et de certains médecins traditionnels chinois pour trouver des alternatives aux produits à base de tigre (les os d’une sorte de rat chinois appelé sailong ou de chiens semblent faire des substituts acceptables), n’ont rien changé. Au contraire, la demande en produits à base de tigre ne cesse d’augmenter.

Le vin de tigre

En effet, si le tigre était traditionnellement recherché pour ses propriétés médicinales, l’augmentation du pouvoir d’achat des Chinois ces trente dernières années l’a transformé en produit de luxe. Désormais, ce ne sont plus seulement les qualités médicinales du tigre qui sont recherchées, mais aussi sa fourrure, sa tête et ses dents, utilisées comme décorations, ou encore sa viande. Ces dernières années, plusieurs journaux ont rapporté que de riches Chinois organisaient des soirées de dégustation de viande de tigre. Précédées, pour le spectacle, de l’abattage de l’animal devant les invités.
Mais le produit le plus apprécié demeure le vin d’os de tigre, une boisson tonifiante qu’on produit en faisant macérer des os de tigre dans de l’alcool de riz. Le prix de l’élixir, réputé transmettre la force de l’animal et soulager rhumatismes et arthrite, oscille entre plusieurs centaines et plusieurs dizaines de milliers de dollars le litre, selon son âge et sa qualité. Il est apprécié par les élites, qui ont l’habitude de s’en faire cadeau ou d’en servir à leurs clients les plus importants.
«A mesure que la classe aisée chinoise s’élargit, des personnes cherchent le moyen d’affirmer leur supériorité par le biais de leur richesse: payer de grosses sommes d’argent pour s’offrir des repas à base d’espèces menacées est une manière de le faire. Il s’agit de cupidité exprimée sous forme d’appétit», expliquait Ren Yabuki, directeur de l’ONG Life Investigation Agency, au Daily Beast.

Touristes et boucherie

2018-45-14AFace à cette demande croissante, l’autorisation donnée en 2005 par le gouvernement chinois à certaines entreprises de vendre sur le marché les os et autres parties de tigres élevés en captivité pouvait sembler une bonne idée. Cela devait permettre, argumentait le lobby chinois des éleveurs de tigre, de préserver les populations de tigres sauvages.
Mais c’est le contraire qui s’est produit. Suite à cette autorisation, et même si le commerce de produits à base de tigre demeure généralement illégal, le nombre de tigres élevés dans des fermes n’a cessé d’augmenter. En effet, les tigres se reproduisent facilement en captivité, où ils font le bonheur des touristes avant de finir à la boucherie. On estime que les élevages chinois comptent aujourd’hui plus de 5000 tigres, soit plus d’individus que dans le monde sauvage. Or, loin de sauver les tigres sauvages, la plus grande visibilité et accessibilité de produits à base de tigre et le développement économique de la Chine n’ont fait que stimuler la demande: les tigres d’élevage chinois et les lions sud-africains qu’on fait passer pour des tigres (lire encadré) ne suffisent pas à satisfaire l’appétit des consommateurs.
Il est aussi moins cher de payer des braconniers pour aller tuer les derniers tigres sauvages que d’élever des tigres en cage. Pire, les produits à base de tigre sauvage profitent d’une aura de pureté et de rareté qui les rend encore plus désirables auprès de consommateurs prêts à payer le prix fort pour obtenir du «vrai» tigre. Les tigres indiens, malais et bangalis, qui forment le gros des populations sauvages survivantes, font les frais de l’appétit toujours renouvelé des riches consommateurs asiatiques pour ces «produits de luxe».
Serait-il envisageable, pour préserver cet animal, de fermer les fermes d’élevage? Le gouvernement chinois ne semble pas prêt à aller dans cette direction et les éleveurs de tigres maintiennent que les tigres d’élevage serviront à la réintroduction de cet animal dans le monde sauvage. D’après les spécialistes, c’est très peu probable. Les tigres élevés dans les fermes ne craignent pas les humains et sont nourris de bétail. Ils risqueraient, une fois relâchés, de se diriger immédiatement vers les habitations humaines et d’y faire un carnage.

Comme les requins

En outre, les tigres d’élevage n’ont génétiquement aucune valeur parce qu’ils se reproduisent entre eux dans les fermes. Mais la principale raison qui décourage la Chine de fermer ses fermes est économique: la raréfaction des tigres sauvages est en effet bonne pour le business.
Pourtant, il reste un espoir. Entre 2006 et 2013, la consommation de soupe d’ailerons de requins, qui atteignait des sommets inégalés en Chine au début des années 2000, a baissé de 50% à 70%, et elle continue de baisser.
Il a suffi d’une campagne d’information orchestrée par l’ancienne star de basket-ball Yao Ming et l’ONG WildAid, dans laquelle Yao Ming expliquait ce qu’il advenait des requins auxquels on coupait leur aileron, pour ralentir l’appétit de la classe aisée pour ce qu’elle considère comme une délicatesse. «C’est un mythe que les gens en Asie n’ont aucun intérêt pour les animaux sauvages, commentait alors le directeur de WildAid. La consommation de ces produits est due à l’ignorance bien plus qu’à la malice.» En 2013, le président chinois Xi Jinping rayait, lui aussi, le plat de tous les banquets officiels.
Suite à ce succès, l’ancien basketteur Yao Ming s’est attaqué au commerce de l’ivoire. Le tigre pourrait être le prochain animal sur sa liste.

Aude Pidoux

Les lions aussi font l’affaire

En 2016, quand l’administration américaine décida d’interdire l’importation de trophées de lions d’élevage, les éleveurs de lions sud-africains perdirent la moitié de leurs clients et se virent dans l’obligation de retourner rapidement leur veste.
L’élevage de lions est en effet une entreprise florissante en Afrique du Sud, que le gouvernement de ce pays soutient et considère comme un exemple «d’utilisation durable des ressources naturelles». Car le roi de la savane se reproduit très facilement en cage; si les lionnes sauvages mettent bas une fois tous les 18 à 24 mois, dans les fermes où leurs petits leur sont retirés peu après la naissance, elles ont jusqu’à quatre portées en 24 mois.
Les lionceaux font le bonheur des touristes bénévoles, qui paient pour s’occuper d’eux, croyant souvent participer à un programme de réintroduction. Quand ils grandissent, les touristes peuvent payer pour être pris en photo avec eux et participer à des «promenades avec des lions». Et une fois que les lions deviennent trop gros et dangereux, ils sont relâchés dans de grands espaces entourés de barrières et «vendus» à des chasseurs de trophées qui paient pour pouvoir les abattre.

Les Chinois arrivent

Avec moitié moins de clients désireux de chasser les lions et de récupérer leur tête et leur peau, toute cette chaîne bien rodée menaçait de s’effondrer. Jusqu’à ce que le marché chinois et les mafias asiatiques viennent à la rescousse. Plutôt que d’élever des lions pour leur tête et leur peau, les Sud-Africains réalisèrent qu’ils pouvaient les élever pour leur squelette.
Séchés et broyés, les os de lions peuvent être expédiés en toute légalité en Chine, en Corée et en Asie du Sud-Est, où on les vend comme poudre «d’os de tigres». En Afrique du Sud, le juteux commerce de lions d’élevage se poursuit donc. Ils seraient entre 7000 et 14’000 à naître et grandir dans des fermes.

AuP

 

 90ans

Cette semaine

2020-09-sommaire 

 

articles-2020

 

 unpluspourtous




Echo Magazine © Tous droits réservés. Route de Meyrin 12. CH-1202 Genève. Tél +41 22 593 03 03. Fax +41 22 593 03 19 redaction@echomagazine.ch