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top news photography Les autres touristes: quelle plaie!

«Le drame, dans le tourisme, ce sont les autres touristes», sourit Yann Laville, codirecteur du Musée d’ethnographie de Neuchâtel (MEN). Et effectivement, on est toujours le touriste d’un autre, en témoigne la nouvelle exposition temporaire du musée. Intitulé Le mal du voyage, cet intrigant parcours surfe sur les ambiguïtés pour mieux prendre de la distance par rapport à nos rêves, itinéraires et pratiques touristiques. Un véritable voyage dans nos voyages. «Nous avons voulu réfléchir autour des imaginaires liés au tourisme et aux vacances, explique son collègue Grégoire Mayor. Comment on se confronte à ces imaginaires, comment on les reproduits et comment on souhaite, en même temps, s’en libérer.» Pour en savoir plus...
Articles 2018 - A la deux
Vendredi, 28 Septembre 2018 00:00

Lavaux

Il veut en finir avec le glyphosate

 

 

Au cœur de la Riviera vaudoise, le vigneron Nicolas Pittet cherche des solutions pour sortir des herbicides. En restant conscient des réalités du métier, de la production et des incohérences des consommateurs.

 

2018-38-25ADes kilomètres de terrasses. Des vignes à perte de vue, face au lac et aux montagnes. Déclaré patrimoine culturel mondial par l’UNESCO en 2007, la région de Lavaux domine le Léman et présente ses raisins au soleil abondant. Pour le vigneron Nicolas Pittet, ce paysage enchanteur est son lieu de travail. Comme il le dit lui-même, «le vigneron n’a qu’un seul revenu par année, c’est le raisin qui est pendu. Alors on essaie de faire attention avec la façon dont on traite nos vignes».
L’habitant d’Aran s’occupe de quelque dix hectares appartenant à la ville de Payerne. Dans ses vignes, il produit «différents cépages, mais en grande majorité du chasselas. Avec un peu de merlot et de viognier aussi». Un travail de tous les instants: «Le chasselas est très sensible aux maladies, explique-t-il. En particulier à l’oïdium et au mildiou», causés par des champignons. Un autre problème menace les plants de vignes: la mauvaise herbe. «Elle concurrence la vigne et prend de ses nutriments, déplore Nicolas Pittet. On ne peut pas laisser pousser n’importe comment.»
Quelle solution? Fongicide? Herbicide? On imagine déjà le vigneron enfiler une combinaison et diffuser du glyphosate à outrance. Tout faux! «Déjà, il faut arrêter avec cette image quand on parle du glyphosate. En Suisse, la réglementation est extrêmement sévère. On l’utilise une à deux fois par année sous les souches ou sous le rang quand on ne peut pas faire autre chose.» Pour Nicolas Pittet, le problème des herbicides chimiques, c’est quand ils ne sont pas employés correctement.
«Mais je ne défends pas la chimie non plus. Je suis le premier à vouloir désherber sans herbicide.»

Il conçoit sa propre machine

«Faire de l’écologie dans le vignoble à Lavaux, c’est très compliqué, avertit le vigneron. A cause du lac et de l’humidité.» Lui, il se considère privilégié: «J’ai une bonne partie de mes parcelles facilement accessibles. Donc j’essaie d’utiliser le moins possible d’herbicide». Sur ses dix hectares, cette année, il a dû en utiliser sur un peu moins de deux hectares. «Parce que je ne peux pas faire autrement», précise-t-il.
Pour le reste, il a mis au point une machine de son cru, avec un ami mécanicien. Sur le même principe qu’une débroussailleuse à fil, elle lui permet de faucher plus rapidement l’herbe sous le rang et vers les souches. «Elle ne va pas partout, admet Nicolas Pittet, mais ça me permet de ne pas utiliser de glyphosate sous le rang.» Toutefois, en utilisant une machine qui fonctionne à l’essence, l’impact écologique est encore à mesurer.
Nicolas Pittet ne s’arrête pas là. Cette année, il a tenté de semer de l’orge dans des jeunes plantations. Elle a poussé et séché. En plus de conserver une certaine humidité dans le sol, cette technique pourrait avoir d’autres avantages: «Je me dis qu’on pourrait la moissonner et faire une double récolte». Concevoir une machine, planter de l’orge, et après? «Je ne sais pas, sourit-il. Il faut développer des solutions. Il y a un vrai défi. On ne doit pas s’enfermer dans la routine.»

Traiter à l’hélicoptère

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Il peut arriver, en vous promenant à Lavaux, que vous aperceviez un hélicoptère survoler les vignes. Pas de panique! C’est un autre défi de Nicolas Pittet. «Pour les champignons, on traite tout de cette manière», explique-t-il. Et l’écologie? «En vérité, c’est très écologique. Je comprends que ça peut être surprenant, mais ce qui est dangereux pour les récoltes, et donc les consommateurs, ce sont les produits de synthèse. Ici, on n’en utilise pas.»
L’idée a germé en Valais, où un vigneron a refusé tout produit de synthèse dans ses vignes. A Lavaux, Nicolas Pittet a convaincu ses collègues de faire de même. «On utilise un mélange de soufre, de cuivre, d’extrait d’algue et de lait», détaille le vigneron. Avant de sourire: «On retire même le lait du mélange une fois que les grains sont formés pour éviter toute allergie». Eviter les produits de synthèse s’impose comme une évidence: «On est les premiers touchés, on a aussi envie de maintenir notre santé».

Des pommes d’Argentine

Pour Nicolas Pittet, l’écologie ne pose qu’un seul problème: le rendement. «En cultivant comme je le fais, je produis moins, lâche-t-il. Mais je dois bien gagner ma vie et mon patron aussi. Je ne vois pas pourquoi le banquier le pourrait et pas le paysan ni le vigneron.» Des coûts de production plus élevés, un rend

ement moindre et donc un moins bon salaire pour le producteur. «Aujourd’hui, on est terriblement égoïstes, soupire Nicolas Pittet. Si on veut être écologiques, il y a une augmentation des coûts aut

omatique.»
Selon lui, «le principal responsable, c’est le consommateur lui-même. Il suffit d’aller au supermarché: le client veut des produits pas chers et beaux. On ne prend pas la tomate ou la pomme abîmée. Et on vend des produits d’Amérique du Sud alors qu’on a les mêmes autour de chez nous. Quand je vois des pommes d’Argentine, je trouve ça incroyable.»
Quelle solution? Manger bio? «On est tous à causer du bio à 22h30 après avoir bien bâfré, rit-il. Et le lendemain, il y en a qui prennent l’avion pour un week-end à l’étranger. Si on veut vraiment faire bien, il faut consommer ce qui est autour de chez nous. Aller chez le maraîcher, chez le boucher. Mais ça demande un effort.»

Du sang neuf

Nicolas Pittet ne perd pas espoir. Il sait que le consommateur peut modifier son comportement. Pour lui, «ce n’est pas être écolo qui est important, c’est se poser la question. On doit se rendre compte des excès du passé». Et cette prise de conscience passe aussi par la nouvelle génération. «C’est un grand défi d’attirer les jeunes dans le métier, analyse-t-il. Il y a un très fort désintérêt de la vigne. Je trouve fabuleux quand il y a du sang neuf. C’est comme ça qu’on arrivera à s’en sortir.»
Lui qui n’est pas issu d’une famille viticole sait ce que les nouvelles têtes peuvent apporter. Il a commencé comme apprenti chez un vigneron qui lui a appris et fait aimer le métier. Le passionné d’alpinisme sourit: «La vigne, c’est un peu comme la montagne. Vous faites un sommet et vous voulez en voir d’autres. Vous faites une saison et, quand le vin est fait, vous voulez voir le résultat. Puis la saison recommence.»
Voilà Nicolas Pittet philosophe: «Il y a un côté inutile dans le vin, à part la convivialité. Il faut une certaine philosophie, une certaine poésie pour être vigneron. Je pense qu’il y a bien plus de philosophes dans nos terroirs que sur les plateaux de télévision».
Presque religieux: «Et le grand barbu n’a pas été boire un coca avant de partir. Il a pris un verre et un morceau de pain avec ses douze copains. Le vigneron est ancré dans une histoire, dans un patrimoine». Et définitivement vigneron: «On a un métier qui n’est presque plus fait pour le 21e siècle. On veut produire du bon vin quand la société ne s’intéresse qu’au profit. Au fond, je crois que le paysan et le vigneron ont encore un peu de bon sens. Un bon sens que les grandes théories et les réglementations ont perdu».

Bastien Lance

 

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