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top news photography Les autres touristes: quelle plaie!

«Le drame, dans le tourisme, ce sont les autres touristes», sourit Yann Laville, codirecteur du Musée d’ethnographie de Neuchâtel (MEN). Et effectivement, on est toujours le touriste d’un autre, en témoigne la nouvelle exposition temporaire du musée. Intitulé Le mal du voyage, cet intrigant parcours surfe sur les ambiguïtés pour mieux prendre de la distance par rapport à nos rêves, itinéraires et pratiques touristiques. Un véritable voyage dans nos voyages. «Nous avons voulu réfléchir autour des imaginaires liés au tourisme et aux vacances, explique son collègue Grégoire Mayor. Comment on se confronte à ces imaginaires, comment on les reproduits et comment on souhaite, en même temps, s’en libérer.» Pour en savoir plus...
Articles 2018 - A la deux
Mercredi, 05 Septembre 2018 00:00

Exposition

Le fauvisme tranquillisant d'Henri Manguin

 

La Fondation de l’Hermitage se souvient d’Henri Manguin (1879-1949), un peintre dont on ne voit généralement que quelques toiles de-ci de-là. L’exposition met l’accent sur sa période fauve, très méditerranéenne, avec en sus une fenêtre sur son séjour lausannois pendant la Grande Guerre.

 

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C'est la seconde étape d’une exposition qui s’est tenue au Musée des impressionnismes Giverny, en Normandie, en 2017. Un bon choix, le cadre de la Fondation de l’Hermitage se prêtant quasiment sur mesure à cette exposition.

Goût de la couleur

Les peintures d’Henri Manguin se fondent délicieusement dans ce cadre bourgeois apaisant. Vue prenante sur le Léman, quiétude du lieu, végétation qui tempère les ardeurs solaires: dans un environnement si propice à la sieste, on ne peut qu’apprécier la propension au calme et le goût de la couleur de cet artiste normand qui aimait Saint-Tropez, alors un village varois épargné par les flambeurs; un goût qui a la saveur des heures écoulées à l’ombre des jardins et le long des rives de la Méditerranée.
Henri Manguin n’est pas aussi fameux qu’Henri Matisse, le chef de file du fauvisme. Il est vrai que malgré ses qualités, son talent n’avait pas l’ampleur de son génie. Manguin n’avait pas non plus le caractère d’un Kees van Dongen, dont les yeux féminins avaient de quoi hypnotiser. Il n’a pas non plus évolué vers quelque chose d’autre comme André Derain, qui retrouva le sens du classicisme, ou Georges Braque et Maurice de Vlaminck, qui s’orientèrent vers le cubisme après leur période fauve. Cela ne signifie pas qu’il faille le dédaigner pour autant.
Giverny et l’Hermitage font ainsi le pari de montrer autre chose de lui que les très beaux La Sieste et Nu sous les arbres – bien entendu de la partie – que l’on voit régulièrement dans des expositions consacrées au fauvisme, à tout le moins à la peinture française d’avant-garde du début du 20e siècle. De fait, Manguin. La couleur de la volupté a des airs de rétrospective, heureusement sans gavage de toiles ni coups de soleil. Elle permet de bien situer la sensibilité de Manguin: un artiste qui, avec ses coloris fauves, n’en dégage pas moins des ambiances que n’auraient pas reniées les impressionnistes.
Ce n’est qu’avec le recul que l’on peut avancer cela. Il y a plus d’un siècle, cela aurait fait s’écrier les Matisse, Albert Marquet, Auguste Chabaud et autres. Le fauvisme s’est en effet défini en bonne partie contre l’impressionnisme. Monet, Manet et Renoir leur semblaient trop tendres, voire mièvres. Les fauves recherchaient plus de sensations visuelles, d’accents sensoriels. Ils entendaient libérer la couleur avec plus de force, sinon de violence. Ils voulaient aussi la séparer de son objet, une démarche les rapprochant pour le coup de l’expressionisme d’outre-Rhin. Le fauvisme n’est-il pas une sorte de correspondance tricolore de ce qui se tramait en Allemagne, entre Munich et Dresde, avant la Première Guerre mondiale?
On peut le voir ainsi. Et ce serait un long débat passionnant. Mais il s’agit ici de se prélasser en compagnie de Manguin. Guillaume Apollinaire avait bien vu, lui qui l’appelait «le peintre voluptueux». Dans le bouquet de ses couleurs, au gré de ses bleus marins, de ses verts d’extérieur, de ses jaunes solaires et de ses rouges rosés, il y a toujours des traces de volupté. Celle-ci peut être tendre, banale, familiale comme dans Les Enfants Hans et Lisa Hahnloser du couple de collectionneurs bien connus de Winterthour, des amis autant que des mécènes. Elle peut rappeler instamment Cézanne dans ses natures mortes. Elle peut aussi être plus intime, suggestive, sensuelle. Mais, y compris avec son modèle de toujours, Jeanne, son épouse, la femme de sa vie, Manguin reste relativement retenu.

Bonheur calme

L’excès est absent de sa peinture. L’impudeur aussi. Ses nus n’ont ni gêne ni chichis. Le désir de ramener son art à un cadre délimité est permanent. Pas d’affluence dans ses toiles. Peu de personnes. Et l’impression plaisante d’un cocon serein. Cela donne de ce «peintre voluptueux» l’image d’un artiste sans débordements et d’un mari sage. Bonheur assumé. Absence d’angoisse. Calme naturellement sous contrôle. On se dit que Manguin a dû avoir une belle vie. Ni problèmes ni histoires. On peut aussi se demander s’il touchait à ses limites. Ou s’il préférait peindre, encore et toujours, uniquement ce et ceux qu’il aimait.
Quoi qu’il en soit, et malgré des faiblesses avec les années – la partie suisse, à Lausanne et à Colombier, pour échapper à la Grande Guerre, est intéressante, les toiles moins –, Manguin. La volupté de la couleur est un accrochage très agréable, ce prélassement pictural ayant le don placide de rappeler les sens aux plaisirs simples de la vie.

Thibaut Kaeser

 

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