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top news photography Le jour où les médecins voteront l'aide au suicide en Suisse

Dans l’aide au suicide, les frontières bougent et les barrières tombent. La pratique reste marginale, avec 286 personnes accompagnées en Suisse romande l’an dernier, selon les chiffres de l’association Exit. Mais la tendance est à la hausse. Le 25 octobre, le parlement de la FMH se prononcera sur de nouvelles directives: même des personnes en bonne santé mais «fatiguées de vivre» pourraient demander le suicide assisté. Ce vote fait débat. Pour en savoir plus...
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Articles 2018 - Edito
Mercredi, 29 Août 2018 00:00
 

Edito: Tristes souvenirs

thibaut

La mémoire humaine est faillible et manipulable. Il est donc préférable de la considérer avec une certaine vigilance. Au-delà des réminiscences contrefaites, le thème de la mémoire des sociétés obsède le monde actuel. Il y a là de quoi être soucieux. Et songeur.
Notre époque postmoderne a troqué les leçons d’histoire contre les devoirs de mémoire. On en connaît le résultat: des «guerres mémorielles» aux intentions diverses, une concurrence malsaine entre victimes de drames historiques, une course nauséeuse au hit-parade de la souffrance au nom des aïeux. Est-ce bien sérieux?
On peut se le demander. Surtout quand des gens qui n’ont pas connu une tragédie passée s’en réclament comme s’ils l’avaient vécue avant-hier. On sait bien que chaque enfant porte une part de sa généalogie familiale. Il ne s’agit point de le nier. Mais en faire un fardeau ad vitam aeternam est insoutenable d’un point de vue intellectuel et moralement indécent.

 


De la mémoire à l’ego, voilà l’ironie d’une histoire dont on se serait bien passé.


 

Cette hypermnésie, cet excès de mémoire, fait de l’histoire l’un des grands champs de bataille contemporains, une contradiction dans les termes jusqu’à en être repoussante. Les politiques l’utilisent à des fins qui ne les honorent pas. Pire encore: l’art n’y échappe plus. Il fut un temps où le roman historique était un genre plutôt dédaigné, car jugé trop populaire. Aujourd’hui, l’histoire est partout. Qu’elle soit nationale, familiale ou personnelle. Revisitée, taboue ou archi-connue, quand elle n’est pas les trois à la fois. Elle est aussi le plus souvent transmise – matraquée serait plus exact – sous l’angle du Moi. De la mémoire à l’ego, voilà l’ironie d’une histoire dont on se serait bien passé.
L’auto-roman a commis des ravages depuis la fin du siècle dernier. La rentrée littéraire le rappelle avec une inflation de biographies romancées dont le seul intérêt serait de nourrir les ragots d’une certaine presse. Seulement voilà, ce n’est plus le cas. Les coucheries entre personnes plus ou moins autorisées et les mélis-mélos inhérents aux coteries ont valeur littéraire s’ils font «époque» et «vrai». Quelle inversion des valeurs! L’histoire était un vivier où Alexandre Dumas puisait librement son inspiration romanesque. Elle sert désormais de tribunal des mémoires ou d’alibi à une autopromotion fastidieuse.
A force d’être obnubilés par l’histoire, qu’ils traitent en redresseurs de torts, les écrivains vont finir par perdre ce qu’ils ont de plus précieux: leur imagination. Avant de télécharger leur mémoire sur la prothèse qu’est leur smartphone? Ce ne serait pas un hasard. Entre-temps, d’autres auront préféré oublier. Pour créer. Avec leurs tripes. Leur cœur. Leur personnalité.

Mise à jour le Mercredi, 29 Août 2018 14:45
 

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