ecovoiturage-upper

news menu left
top news photography Les portraits de Dame Helvetia

Homo Helveticus. L’homme helvétique. Un titre qui sonne comme le nom d’une espèce disparue au paléolithique. Ou qui évoque la quête d’un individu plus complexe qu’il n’y paraît derrière son air statufié. C’est cette piste qu’a suivie Didier Ruef sans trop savoir où elle le mènerait. Elle ressemble à un labyrinthe identitaire entre Alpes, Plateau et Jura, de Chiasso à Bâle en passant par Euseigne, Engelberg et l’inévitable prairie du Grütli. Un parcours de trente ans, de 1987 à 2017, pas si fléché que cela. Pour en savoir plus...
PDF Imprimer Envoyer
Articles 2018 - Edito
Mercredi, 29 Août 2018 00:00
 

Edito: Tristes souvenirs

thibaut

La mémoire humaine est faillible et manipulable. Il est donc préférable de la considérer avec une certaine vigilance. Au-delà des réminiscences contrefaites, le thème de la mémoire des sociétés obsède le monde actuel. Il y a là de quoi être soucieux. Et songeur.
Notre époque postmoderne a troqué les leçons d’histoire contre les devoirs de mémoire. On en connaît le résultat: des «guerres mémorielles» aux intentions diverses, une concurrence malsaine entre victimes de drames historiques, une course nauséeuse au hit-parade de la souffrance au nom des aïeux. Est-ce bien sérieux?
On peut se le demander. Surtout quand des gens qui n’ont pas connu une tragédie passée s’en réclament comme s’ils l’avaient vécue avant-hier. On sait bien que chaque enfant porte une part de sa généalogie familiale. Il ne s’agit point de le nier. Mais en faire un fardeau ad vitam aeternam est insoutenable d’un point de vue intellectuel et moralement indécent.

 


De la mémoire à l’ego, voilà l’ironie d’une histoire dont on se serait bien passé.


 

Cette hypermnésie, cet excès de mémoire, fait de l’histoire l’un des grands champs de bataille contemporains, une contradiction dans les termes jusqu’à en être repoussante. Les politiques l’utilisent à des fins qui ne les honorent pas. Pire encore: l’art n’y échappe plus. Il fut un temps où le roman historique était un genre plutôt dédaigné, car jugé trop populaire. Aujourd’hui, l’histoire est partout. Qu’elle soit nationale, familiale ou personnelle. Revisitée, taboue ou archi-connue, quand elle n’est pas les trois à la fois. Elle est aussi le plus souvent transmise – matraquée serait plus exact – sous l’angle du Moi. De la mémoire à l’ego, voilà l’ironie d’une histoire dont on se serait bien passé.
L’auto-roman a commis des ravages depuis la fin du siècle dernier. La rentrée littéraire le rappelle avec une inflation de biographies romancées dont le seul intérêt serait de nourrir les ragots d’une certaine presse. Seulement voilà, ce n’est plus le cas. Les coucheries entre personnes plus ou moins autorisées et les mélis-mélos inhérents aux coteries ont valeur littéraire s’ils font «époque» et «vrai». Quelle inversion des valeurs! L’histoire était un vivier où Alexandre Dumas puisait librement son inspiration romanesque. Elle sert désormais de tribunal des mémoires ou d’alibi à une autopromotion fastidieuse.
A force d’être obnubilés par l’histoire, qu’ils traitent en redresseurs de torts, les écrivains vont finir par perdre ce qu’ils ont de plus précieux: leur imagination. Avant de télécharger leur mémoire sur la prothèse qu’est leur smartphone? Ce ne serait pas un hasard. Entre-temps, d’autres auront préféré oublier. Pour créer. Avec leurs tripes. Leur cœur. Leur personnalité.

Mise à jour le Lundi, 05 Novembre 2018 10:09
 

Cette semaine

2018-50-Sommaire 

 

archives-2018

 

Tablette Amigo




Echo Magazine © Tous droits réservés. Route de Meyrin 12. CH-1211 Genève 7. Tél +41 22 593 03 03. Fax +41 22 593 03 19 redaction@echomagazine.ch