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top news photography Les portraits de Dame Helvetia

Homo Helveticus. L’homme helvétique. Un titre qui sonne comme le nom d’une espèce disparue au paléolithique. Ou qui évoque la quête d’un individu plus complexe qu’il n’y paraît derrière son air statufié. C’est cette piste qu’a suivie Didier Ruef sans trop savoir où elle le mènerait. Elle ressemble à un labyrinthe identitaire entre Alpes, Plateau et Jura, de Chiasso à Bâle en passant par Euseigne, Engelberg et l’inévitable prairie du Grütli. Un parcours de trente ans, de 1987 à 2017, pas si fléché que cela. Pour en savoir plus...
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Articles 2018 - Edito
Mercredi, 11 Juillet 2018 00:00
 

Edito: Noble art

thibaut

De tous les sports, la boxe est celui qui a suscité le plus d’écrits. On en trouve des traces dès l’Antiquité grecque, mais c’est surtout depuis la Belle Epoque que les littérateurs sont fascinés par le combat de deux hommes yeux dans les yeux et poings contre poings. Romans, nouvelles, ouvrages d’histoire, essais, reportages, élans poétiques... Il y a le choix si l’on veut célébrer les vertus conjuguées du pugilat et de la littérature. C’est précisément l’ambition d’Echo Magazine avec sa série culturelle d’été (pages 26 à 30). Une façon de nager à contre-courant? En tout cas à travers des ouvrages qui constellent les rayons des bibliothèques et des librairies.
Hélas, nous ne vivons plus le temps où Marcel Cerdan, Sugar Ray Robinson et Mohamed Ali étaient des astres vivants. De nos jours, les intellectuels, après avoir dédaigné l’activité athlétique, se passionnent platement pour le foot. Les stars s’affichent à Roland-Garros plutôt qu’à Madison Square Garden, ce temple de la boxe. Et les jeunes gens ont le nez sur leurs écrans, hypnotisés par l’ultra-violence du MMA ou les arts martiaux, censés être plus dignes et spirituels.
La lutte de Jacob avec l’ange est pourtant un archaïsme qui innerve la littérature éprise de boxe. Ses résonances bibliques ont l’âpreté de la réalité. Ne lutte-t-on pas contre soi quand on affronte un adversaire? Dans la nuit de l’âme, le corps fourbu et le moral au tapis, n’aspire-t-on pas à la lumière qui libère? Ascension, chute, rédemption: cette trinité imbibe l’encre du ring avec bien des variations et des vicissitudes.


Ascension, chute, rédemption: cette trinité imbibe l’encre du ring.


 Aux yeux des écrivains ayant plongé leur plume dans la sueur et le sang, la boxe exprime la réalité avec une force qui a la subtilité d’un jeu de jambes cubain. Marcel Pagnol disait qu’elle «est faite de conceptions pouvant se résumer dans les trois qualités qui honorent le plus la condition humaine: l’intelligence, le courage, la santé physique».
Ses contempteurs diront qu’elle est un divertissement de brutes. Ses aficionados tels Jean Prévost, Norman Mailer et Joyce Carol Oates rétorqueront qu’elle est une affaire d’esthète. Si son sens est ardu – la vie ne l’est-elle pas? –, le style fait la différence. Comme entre un champion et un tâcheron. Ou un auteur et un pisse-copie.
Quoi qu’on en pense, le boxe tire sa substance d’une double racine: la noblesse anglaise, qui l’inventa sous sa forme moderne, et la plèbe de tous les continents. Cela fait la fierté et l’honneur du noble art, car il est un sport de tradition. Avec un grand T. Comme toutes les traditions, il est mis à mal par la postmodernité qui dénigre la persistance du classicisme. Et comme la littérature, on dit régulièrement de lui qu’il va mal. C’est faux: ni les boxeurs ni les écrivains ne sont près de dire leur dernier mot.

Mise à jour le Mercredi, 11 Juillet 2018 15:17
 

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