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top news photography Promettre la chasteté, et après?

«C’était facile au séminaire: on se lançait des vannes, on plaisantait sur le sujet. Mais on était portés par une ambiance de camaraderie. Ensuite, on se retrouve seul dans le ministère! La sexualité, c’est toute une vie. On ne peut pas dire à 22 ans: ‘Ça y est, je suis chaste’. Il faut un processus d’accompagnement», estime Maxime Morand, qui a quitté le sacerdoce après cinq ans pour se marier, en 1986. Il a travaillé par la suite dans les ressources humaines et regrette que l’Eglise n’ait pas, comme toute grande entreprise, une instance de régulation externe. Pour en savoir plus...
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Articles 2018 - A la Une
Écrit par Administrator   
Mercredi, 19 Décembre 2018 00:00

 

Mamans ados

"Enfant jeune reste une transgression"

 

 

Elles ont 15, 16, ou 17 ans et sont mamans; de plus en plus rares, ces adolescentes affrontent une société qui fixe la majorité sexuelle à 16 ans, mais qui désapprouve les grossesses avant 25 ans.  Michel Hermenjat leur consacre un livre.


 

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2018-51-20AHier, tomber enceinte avant d’être mariée était une tare. Avoir un enfant avant 20 ans – voire 25 – n’est guère mieux vu aujour­d’hui. Durant sa carrière d’éducateur, le Vaudois Michel Hermenjat a pourtant croisé la route d’adolescentes qui devenaient mamans malgré la désapprobation générale. Aujourd’hui retraité, il raconte ces des­­tins singuliers dans un roman où tout est vrai ou presque, Adonaissance.

Quel est le profil de ces très jeunes mamans?

Michel Hermenjat: – Il n’y a pas de profil unique. Si ce n’est que celles qui bravent l’hostilité générale – des parents, des éducateurs, des services sociaux, des médecins – et décident de poursuivre leur grossesse n’ont peur de rien! Leur énergie m’a stupéfait. Ensuite, elles devront assurer deux fois plus, car à la première difficulté, on leur dira: «Je t’avais prévenue!».

Dans le livre, certaines semblent enfanter pour être reconnues, combler un vide affectif ou s’opposer à leurs parents...

– Oui, cela fait partie de leurs motivations. J’ai travaillé sur cette question avec une sociologue, Marie Cornut: elle envisage aussi que la jeune fille qui poursuit une grossesse veut vérifier si on l’accueille, elle, et son droit à exister en faisant exister.

C’est ce que vous avez constaté dans votre expérience?

– Je me souviens d’une fille, celle que j’ai appelée Mounia dans le livre, qui était en formation dans un centre de l’Assurance Invalidité, car elle est née malentendante. Un soir, je l’ai découverte dans la salle d’informatique en train de faire des recherches sur les risques de stérilité après l’avortement. Elle était tombée enceinte dans notre institution, mixte, ce qui arrive régulièrement. L’équipe éducative lui avait dit: «Fais-nous confiance, on sait ce qui est bon pour toi» et avait lourdement insisté pour qu’elle avorte sans en parler à ses parents.
Mounia l’a très mal vécu. Le pire, c’est qu’une autre fille du foyer est aussi tombée enceinte; mais elle a poursuivi sa grossesse en tenant tête aux éducateurs. Son copain venait la voir chaque mercredi avec le bébé, placé chez ses parents où elle passait les week-ends. C’était la fête. Mounia fulminait: «Pourquoi elle on lui permet, et pas moi? Pourquoi j’ai pas le droit d’être maman?». ça m’a dévasté. Je l’ai accompagnée au mieux dans son deuil. C’est aussi là que j’ai pris conscience qu’un droit permettant de décider arbitrairement qui peut vivre ou non, qui peut poursuivre une grossesse ou non nous interroge chacun sur notre légitimité à exister.

Vous avez invité des mamans ados à parler de leur quotidien lors de soirées «Parlons cash» organisées dans vos institutions. Quel était le but?

– D’abord, reconnecter sexualité et bébés dans la tête des jeunes! C’est loin d’être acquis, surtout chez les garçons. Combien de fois ai-je entendu: «Ma copine est enceinte, quelle conne!». Pour beaucoup d’entre eux, le sexe, c’est du fitness: plaisir et performance. Ils ne se sentent pas engagés. C’est pourquoi il ne suffit pas de distribuer des contraceptifs à tout-va. Il faut redonner du sens, regagner du terrain par la pédagogie.

Et ça marche?

– Dans ces soirées, les filles sont très intéressées et les garçons sont méconnaissables. Souvent, leurs questions se rapportent aux circonstances de leur propre naissance. Ils comprennent que ça n’a pas forcément été facile pour leurs parents. Et ils sont impressionnés par le courage de ces filles qui font face toutes seules. Leur discours devient: «Moi, je lâcherais jamais ma copine si elle tombait enceinte»!

Ça ne leur donne pas l’idée de s’y mettre?

– C’était une crainte; mais cette forme d’éducation «par les pairs» s’avère responsabilisante et donc préventive. Et les ados savent très bien faire la part des choses. Si la jeune maman fait la princesse, si elle leur dit: «Tu ne connais rien à la vie tant que t’as pas fait de gamin», ils la ramènent vite sur terre! Si au contraire, ce soir-là, elle est déprimée, qu’elle dit: «J’en peux plus, je galère trop, si ça vous arrive, pensez-y à deux fois», ils répondent: «On comprend, mais t’es trop courageuse, on est avec toi, tu vas y arriver»!

Hier les filles-mères étaient rejetées au nom de la morale; elles ne sont pas mieux accueillies aujourd’hui. Pourquoi?  

– La morale a changé. La nouvelle morale se fonde sur un mythe, celui du choix; mais comme il n’y a pas de véritable proposition alternative, la plupart de celles qui avortent disent qu’elles n’avaient pas le choix. Ce qui a aussi changé, c’est le remboursement de l’avortement par les caisses maladie, qui favorise l’ingérence du médical dans le socio-pédagogique. Pourtant, a priori, la grossesse précoce n’est pas une pathologie.
Derrière tout ça, n’y a-t-il pas une bête question de rentabilité? Le système valorise désormais le rendement plus que la maternité. Les fem­mes doivent produire et ne pas dépendre de la collectivité. Si elles ont un gosse au mauvais moment, c’est du sable dans l’engrenage. Pourtant, en aménageant un peu notre système social, cela ne coûterait pas beaucoup plus cher de soutenir une jeune maman pendant sa formation qu’une étudiante sans enfant.

D’accord pour les adolescentes qui ont une famille derrière elles, mais celles qui sont déjà mal parties dans la vie?

– Paradoxalement, une jeune femme issue d’un milieu aisé, si ses parents ne la soutiennent pas, se trouve dans une situation pire que celle qui est en foyer avec des éducateurs qui l’aideront à trouver un appartement et à toucher des allocations. Parce que le revenu des parents est pris en com­pte dans le calcul de l’aide sociale et des bourses d’études. Je pense à Amandine, à Genève, que ses parents ont rejetée: elle a tellement galéré qu’elle est devenue marginale. Elle s’est fait retirer la garde de son enfant et a avorté du suivant. C’était trop dur. Elle est profondément marquée. Pourtant, elle vient d’une riche famille genevoise.

Vous continuez les soirées «Parlons cash»?

– J’ai arrêté à ma retraite, il y a un an; mais j’aimerais que d’autres prennent le relais! C’est aussi pour ça que j’ai écrit ce livre.

Christine Mo Costabella

Le social à la traîne

Michel Hermenjat situe l’action de son roman à Genève, le seul canton romand dans lequel il n’a jamais travaillé. Histoire de garantir l’anonymat des personnes et des institutions, d’autant qu’il en égratigne certaines au passage: tel assistant social pour qui les éducateurs sont des laquais à ses ordres; ces dames du social qui ne cachent pas leur souverain mépris pour une jeune maman; le planning familial qui ne supporte pas qu’on touche à son monopole concernant l’éducation sexuelle; cette institution chargée de créer un lien entre une adolescente et son bébé et qui, en sous-main, la pousse à donner son fils à l’adoption.
Dans une société qui repousse toujours plus l’âge de la première grossesse, le système n’est pas conçu pour accompagner les maternités précoces. Il n’existe aucune institution en Suisse romande qui accueille des mamans ados, relève l’éducateur. Tout au plus des foyers pour femmes victimes de violences conjugales. Et les assistants sociaux croulent sous les dossiers; pour eux, l’avortement est la solution qui tombe sous le sens. Pourtant, les chiffres montrent les failles d’une approche purement technique du problème, car dans l’année qui suit une IVG, la plupart des jeunes retombent enceintes. Michel Hermenjat voudrait miser davantage sur la pédagogie et croit beaucoup à «l’éducation par les pairs» lors des soirées «Parlons cash».

CMC

Mise à jour le Mercredi, 19 Décembre 2018 14:51
 

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