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top news photography Les autres touristes: quelle plaie!

«Le drame, dans le tourisme, ce sont les autres touristes», sourit Yann Laville, codirecteur du Musée d’ethnographie de Neuchâtel (MEN). Et effectivement, on est toujours le touriste d’un autre, en témoigne la nouvelle exposition temporaire du musée. Intitulé Le mal du voyage, cet intrigant parcours surfe sur les ambiguïtés pour mieux prendre de la distance par rapport à nos rêves, itinéraires et pratiques touristiques. Un véritable voyage dans nos voyages. «Nous avons voulu réfléchir autour des imaginaires liés au tourisme et aux vacances, explique son collègue Grégoire Mayor. Comment on se confronte à ces imaginaires, comment on les reproduits et comment on souhaite, en même temps, s’en libérer.» Pour en savoir plus...
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Articles 2018 - A la Une
Écrit par Administrator   
Mercredi, 28 Novembre 2018 00:00

 

Sports d'hiver

La neige me fascine

 

 

Spécialiste mondial des avalanches, faux ours mal léché et véritable philosophe, le célèbre guide de montagne Werner Munter nous a reçu dans son chalet d’Arolla (VS) pour des confidences profondes et décoiffantes.


 

2018-48-20A«Toute ma vie, j’ai été seul contre le mainstream. Seul contre tous...» Cette constatation n’est pas exempte d’autosatisfaction. Elle est signée Werner Munter. Ce nom ne vous dit rien? Peut-être que sa tête, chevelue et tout en barbe blanche, vous parlera davantage. Elle fait penser à un croisement entre Merlin l’enchanteur, un père Noël bougon et le soixante-huitard provocateur qu’il est resté.

Il prend la pose, un bâton de bois à la main, sur le balcon de son appartement d’Arolla en Valais. Ce guide de montagne de 77 ans est une légende vivante dans le monde de la montagne. En 2014, il est même le héros du documentaire Montagnes en tête. Respecté de beaucoup, détesté par d’autres et moqué par ceux qui en font un vieil aigri, ce Bernois d’origine ne laisse pas grand monde indifférent.

Un génial autodidacte

Werner Munter est devenu fameux sur le tard grâce à ses compétences en matière d’avalanches. «La neige me fascine toujours autant. Elle est tellement complexe qu’on ne la comprendra jamais vraiment», explique-t-il. Même s’il a un peu délaissé le sujet ces dernières années pour se pencher sur les «vraies causes» du réchauffement climatique, les médias lui tendent le micro chaque hiver pour commenter la dernière coulée mortelle.
En disséquant des centaines d’accidents, Munter a mis au point la «méthode 3x3 de réduction des risques». Toujours enseignée aux aspirants-guides et dans les cours du Club alpin, elle permet grosso modo à tout randonneur à ski de se poser les bonnes questions avant de se lancer sur une pente neigeuse: ce que dit le bulletin d’avalanche, les conditions sur place, la déclivité, la forme des skieurs, etc. «Si on suivait scrupuleusement ma méthode, il n’y aurait qu’un mort toute les 100’000 courses en montagne», assène Munter.
Après des études en philosophie et en histoire à l’Université de Berne, ce Valaisan d’adoption s’attaque aux avalanches en autodidacte en 1965. «Non pas pour sauver des vies, même si mes travaux y ont contribué, mais parce que c’était un défi intellectuel inexploré», confesse-t-il en nous scrutant par-dessus ses lunettes. Pendant deux longues décennies, cette activité obsessionnelle de «chercheur indépendant» fut financée par le seul salaire d’institutrice de feu Margrit, son épouse, avec qui il a partagé quantité d’aventures alpines. Dont un voyage de noces dans la face nord du Grosshorn... L’amour de sa vie «grimpait comme un cabri». Elle finira terrassée trop tôt par la sclérose en plaques, en 1998.

15 ans de guerre froide

Au fil de ces années de vaches maigres, les professionnels de la montagne comprennent peu à peu qu’ils en apprendront plus auprès de Munter que par les canaux officiels. Il finit même par travailler comme expert pour la justice dans plusieurs procès et contribue à l’acquittement de confrères guides. En 1996, «après 15 ans de guerre froide», le prestigieux Institut pour l’étude de la neige et des avalanches de Davos, à qui il faisait décidément trop d’ombre, l’engage «pour un salaire à six chiffres et sans aucun cahier des charges». «Ce fut une revanche», concède l’intéressé, trop longtemps considéré comme un marginal monomaniaque.
Le voilà invité à des conférences à l’étranger: il siège à la commission de sécurité de l’Union internationale des associations d’alpinisme (UIAA) ou forme des aspirants-guides suisses. Sa bible, 3x3 Avalanches, la gestion du risque dans les sports d’hiver, est publiée en 1995 et s’écoule à plus de 50’000 exemplaires. Un chiffre astronomique pour un ouvrage si spécifique!
Munter est devenu guide après avoir gaspillé une année comme prof dans un gymnase bernois. «J’ai tout de suite vu que l’enseignement n’était pas pour moi. Mes collègues plus âgés semblaient déjà éteints. Je ne voulais pas finir comme eux, mais je ne savais pas quoi faire de ma vie. Ce fut une sacrée crise!», se souvient-il en dégustant un verre de Cornalin. A 26 ans, il se tourne assez naturellement vers la montagne. Il avait appris à aimer cet environnement dans le chalet familial de l’Oberland. Alors il la court, de préférence en haute altitude et sur des itinéraires engagés.

2018-48-23AL’odeur du granit après la pluie

Il engrange ainsi quelques premières et invente au passage le «nœud à friction de Munter». Mais ces exploits sportifs et la gloriole qui l’accompagne n’ont guère de prise sur lui. Le Bernois a la tête dure et son souci numéro un est déjà de «ne se laisser commander par rien ni personne».
Ce qu’il cherche va bien au-delà de la performance. Ce réfractaire à toute religion fait de la haute altitude le décor d’une quête spirituelle qui ne dit pas son nom. «Par moments, quand on laisse le silence absolu s’imposer, on sent physiquement cette force si particulière. Malheureusement, l’écrasante majorité de mes clients étaient hermétiques à tout ça. Ce qui les intéressait, c’était la performance, le sommet reconnu qu’ils épingleraient à leur palmarès. Sûrement pas l’odeur enivrante du granit après la pluie telle que la décrivait Gaston Rébuffat...»

Vers la sagesse?

Dans cet univers minéral, on est à un pas de l’au-delà. «Si les montagnes n’étaient que belles, je ne serais jamais devenu alpiniste», résume Werner Munter. Il y a bien longtemps, une chute de 300 mètres dans la paroi nord du Nesthorn avait failli lui coûter la vie. Cet accident avait coloré en blanc, du jour au lendemain, la moitié de sa moustache. Un autre jour, une coulée avait enseveli ce claustrophobe... Si bien qu’il prétend volontiers avoir eu sept vies. Et il s’imaginerait bien mourir en montagne sur une agréable dernière «glissade»...
En attendant, le vieux guide marche en montagne quotidiennement. Une méchante arthrose le contraint à se contenter de balades de papy, escorté de son fidèle labrador Louia et de son amie Denyse. Les faces nord lui manquent, mais pas plus que cela: «Au début, quand tu dois renoncer aux 4000 et même aux 3000, tu crois que tu as tout perdu. Puis, au gré des pas, tu changes de lunettes. Tu te rends compte de ce qu’il y a à gagner. Ce que tu vis sur un kilomètre carré peut être plus intense que les ascensions les plus audacieuses...».

Laurent Grabet

Les petites phrases d’un bon client

Werner Munter est ce que les journalistes appellent «un bon client». Le Bernois de 77 ans n’a pas sa langue dans sa poche et il aime aller à contre-courant non sans une bonne dose de provocation «histoire de réveiller les gens». Morceaux choisis.

PATROUILLE DES GLACIERS (PDG). «Cette course est un avilissement du sublime de la haute montagne! Elle évoque pour moi le roman de Maurice Chappaz Les maquereaux des cimes blanches. Les maquereaux de la Patrouille sont les militaires qui castrent la montagne en la transformant en un inoffensif décor de théâtre où les hommes viennent jouer aux héros pour gonfler leur ego et s’en glorifier. L’armée y soigne son image et y aiguise sa logistique. Collaborer à ça en tant que guide, c’est passer à côté de sa vocation. La PDG relève du tourisme de masse. C’est un sousalpinisme sans âme: du simple sport!»

AVALANCHES. «Les détecteurs de victimes d’avalanches ou les sacs airbag donnent l’impression qu’en montagne, le risque zéro existe. Il faut renforcer la prévention, car un gramme de prévention épargne plus de vies qu’un kilo de sauvetage. La neige rend certains skieurs fous. Plus il en tombe, moins ils réfléchissent. Trente minutes après l’ouverture de certaines remontées, il y a déjà des traces partout! C’est la culture du ‘tout, tout de suite’, très répandue dans la génération selfie. La montagne rappelle à ces personnes que leurs désirs ne sont pas le centre du monde. Si tu persistes à ignorer ses règles, la nature te met hors jeu un jour. Cela relève de la sélection naturelle!»

RÉCHAUFFEMENT CLIMATIQUE. «C’est de l’arrogance pure de croire qu’en 150
 ans d’industrialisation, l’être humain aurait changé le climat. Les experts du GIEC répètent en boucle: ‘C’est prouvé depuis longtemps’, mais sans avancer de preuves scientifiques, car il n’y en a pas. Ils le savent et sont payés pour. Au cours des 10’000 dernières années, il y a eu cinq pics de température comparables à celui que nous vivons. Ces optima correspondent à des cycles naturels. Il y a moins de 0,5‰ de CO2 dans l’atmosphère, et 5% de cette quantité est imputable à l’homme. La thèse officielle contredit aussi la première loi de la thermodynamique. C’est de la foutaise! J’ai des preuves mathématiques irréfutables que le CO2 est climatiquement neutre indépendamment de sa concentration. Mais personne ne veut les voir. On préfère se flageller... Le véritable problème, c’est la pollution. Si nous ne changeons pas nos modes de vie, nous crèverons dans notre propre merde!»

Recueilli par LG

Mise à jour le Mercredi, 28 Novembre 2018 15:08
 

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