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top news photography Promettre la chasteté, et après?

«C’était facile au séminaire: on se lançait des vannes, on plaisantait sur le sujet. Mais on était portés par une ambiance de camaraderie. Ensuite, on se retrouve seul dans le ministère! La sexualité, c’est toute une vie. On ne peut pas dire à 22 ans: ‘Ça y est, je suis chaste’. Il faut un processus d’accompagnement», estime Maxime Morand, qui a quitté le sacerdoce après cinq ans pour se marier, en 1986. Il a travaillé par la suite dans les ressources humaines et regrette que l’Eglise n’ait pas, comme toute grande entreprise, une instance de régulation externe. Pour en savoir plus...
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Articles 2018 - A la Une
Écrit par Administrator   
Mercredi, 21 Novembre 2018 00:00

 

Jouets

Barbie veut devenir féministe

 

 

Elle est désormais ronde ou petite. Elle exerce le métier d’ingénieur et prend les traits d’Angela Merkel ou de Frida Kahlo. Barbie s’adapte à la société; mais ce marketing ne semble pas influencer ses ventes.


 

2018-47-14APatientant sagement dans leurs boîtes transparentes, des Barbie alignées attendent le chaland en ce mercredi après-midi au rayon jouets de Manor à Genève. L’une d’entre elles est vêtue d’un combi-short blanc recouvert de bisous rouges; ses formes généreuses tranchent avec ses mensurations habituelles. Elle fait partie de la gamme Fashionistas, lancée en 2016 par Mattel, l’entreprise qui fabrique la poupée américaine. Ses consœurs sont plus rondes, plus petites ou plus grandes que la Barbie classique.
«La gamme a très bien marché à son lancement parce qu’il y a eu une énorme communication», explique Yoan Aïnas, le chef de rayon. Mattel voulait montrer qu’elle n’enfermait pas les petites filles dans un seul type de féminité, par ailleurs fantasmé et totalement irréaliste – les mensurations de Barbie correspondraient à un 95-45-82 chez une vraie femme. «Mais aujourd’hui, on en vend très peu: la petite fille, même si elle est ronde, ne veut pas forcément une poupée qui lui ressemble. Elle veut celle avec les longues jambes et la taille fine.»

Barbie à l’université

Mattel y tient pourtant mordicus: Barbie va devenir une militante féministe. En octobre, la société basée en Californie a annoncé tambour battant qu’elle participait au projet Dream gap, dont le nom désigne le fossé qui sépare les rêves des petites filles de leur réalisation. Selon elle, les fillettes commencent à douter de leurs capacités dès l’âge de cinq ans, ce qui sape leurs chances pour l’avenir.
Barbie doit les aider à prendre confiance en elles. En plus des divers métiers que la poupée exerce depuis des décennies – après avoir débuté sa carrière comme infirmière ou hôtesse de l’air, Barbie est ingénieure ou présidente des Etats-Unis –, la marque va subventionner une chaire de psychologie à l’Université de New York pour étudier les stéréotypes sexistes.
La figurine a aussi fait beaucoup d’efforts pour se libérer de l’image de nymphette de l’Amérique blanche et favorisée que ses créateurs lui ont collée à sa naissance en 1959 (voir encadré). Dès 1961, Barbie se décline en rousse; elle devient afro-américaine ou hispanique en 1980; et depuis quelque temps, elle est proprement championne de la diversité. Après ses avatars ronds, petits ou grands en 2016, Barbie est devenue lesbienne la même année (à l’effigie de la joueuse de football américain Abby Wambach) et voilée en 2017 (sur le modèle de l’escrimeuse Ibtihaj Muhammad).
Elle se projette aussi en femme forte sous les traits d’Angela Merkel en 2009, mais le résultat est tellement lisse et sexy qu’on cherche vainement la ressemblance avec l’original.

2018-47-17ASa moustache a disparu

La Barbie Frida Kahlo, cette année, est un peu plus convaincante; ses concepteurs ont cependant oublié le mono-sourcil et la moustache que la peintre mexicaine soulignait dans ses autoportraits. «La Barbie Frida se vend bien, mais plutôt à des collectionneuses adultes», affirme Yoan Aïnas. Il faut en effet débourser 75 francs pour acquérir cette poupée collector. Moins toutefois que pour la Barbie Andy Warhol qui, avec son étole en fourrure rose, coûte 189 francs...
Si Barbie s’essaie au féminisme, c’est bien sûr que Mattel ne veut pas manquer le virage sociétal en cours. D’autant que l’entreprise connaît des fins de mois difficiles. Cet été, elle a annoncé la suppression de 2200 emplois, soit 22% de ses effectifs. Elle souffre notamment de la faillite du distributeur Toys’R’Us qui a fermé ses magasins l’an dernier. Barbie étant son produit phare, Mattel ne peut pas se permettre de la voir boudée par des clients fâchés contre les stéréotypes sexistes qu’elle a longtemps véhiculés.
«Honnêtement, en trois ans, jamais aucun adulte ne m’a fait de remarque à ce propos, nuance le chef des Barbie chez Manor. Les ventes sont stables. Il y a une légère baisse les années où Disney sort un dessin animé à succès – la poupée de la Reine des neiges, par exemple, a très bien marché; mais Barbie représente toujours 80% des figurines pour petites filles. La marque est très connue, ça rassure le client. Et elle reste attractive, car elle a les moyens de sortir des nouveautés régulièrement.»

Le camping-car cartonne

Ce qui marche fort avant Noël? Les cartons qui proposent Barbie dans un décor spécifique et une foule d’accessoires, comme un camping-car, un cabinet vétérinaire ou un supermarché. «Les petites filles adorent ça, car elles peuvent inventer des tas d’histoires», relève Yoan Aïnas.
Barbie aura par contre de la peine à conquérir de nouvelles parts de marché du côté des garçons. Un très jeune client (6 ou 7 ans) à qui le responsable demande s’il jouerait avec Ken secoue la tête, d’un air dubitatif, devant la figurine masculine: «Tu ne le trouves pas beau? – Si, il est beau; mais il sert à rien!». Selon lui, le bellâtre ne permet pas de jouer. Quel produit conviendrait mieux? Et le jeune homme de nous emmener devant un stand de mitraillettes. Barbie peut dormir sur ses deux oreilles en plastique, les stéréotypes ont de beaux jours devant eux.

Christine Mo Costabella

Bientôt 60 ans

Barbie Millicent Roberts, de son nom complet, est née le 9 mars 1959. Elle fêtera donc bientôt ses 60 ans, ce qui devrait booster ses ventes. Sa créatrice, Ruth Handler, aurait eu l’idée de cette poupée hypersexuée – une nouveauté – en regardant jouer sa fille Barbara, qui donnera son nom à la vamp en plastique: l’enfant s’amusait à vêtir et dévêtir des figurines en carton. Sa mère a pensé lui faciliter la tâche en lui fournissant un modèle en trois dimensions.
Ruth Handler était la femme du cofondateur de la société Mattel, Elliot Handler. L’entreprise, créée en 1945, fabriquait à l’origine des cadres de tableaux; avec les chutes, elle confectionnait des accessoires de poupées, activité qui a bientôt pris le dessus. La première Barbie a vu le jour en 1959, vêtue d’un simple maillot de bain noir et blanc – pensé pour passer dans les spots publicitaires à la télévision. Elle coûtait trois dollars. Le succès fut immédiat: 300’000 exemplaires vendus la première année. Plutôt moderne pour son époque, l’éternelle fiancée de Ken, sans enfant, se pavane à la plage et dans les boutiques. Barbie incarne l’idéal de la société de loisirs qui émerge dans l’après-guerre.

CMC

Mise à jour le Mercredi, 21 Novembre 2018 14:19
 

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