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top news photography Les autres touristes: quelle plaie!

«Le drame, dans le tourisme, ce sont les autres touristes», sourit Yann Laville, codirecteur du Musée d’ethnographie de Neuchâtel (MEN). Et effectivement, on est toujours le touriste d’un autre, en témoigne la nouvelle exposition temporaire du musée. Intitulé Le mal du voyage, cet intrigant parcours surfe sur les ambiguïtés pour mieux prendre de la distance par rapport à nos rêves, itinéraires et pratiques touristiques. Un véritable voyage dans nos voyages. «Nous avons voulu réfléchir autour des imaginaires liés au tourisme et aux vacances, explique son collègue Grégoire Mayor. Comment on se confronte à ces imaginaires, comment on les reproduits et comment on souhaite, en même temps, s’en libérer.» Pour en savoir plus...
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Articles 2018 - A la Une
Écrit par Administrator   
Mercredi, 14 Novembre 2018 00:00

 

Roger Simon-Vermot

«Mon amour pour ma femme s'est démultiplié»

 

 

Un dimanche de février 2011, Roger Simon-Vermot se trouve complètement démuni suite à l’évanouissement de sa femme. Stupeur: c’est un AVC! Notre chroniqueur BD raconte les quatre premiers mois de cette épreuve dans un livre émouvant. Une leçon de courage et un message d’espoir. Au nom de l’amour.


 

2018-46-11ATon livre débute par une déclaration d’amour à ton épouse dé- cédée cette année: «Elle est ma fleur, ma boussole, mon soleil. Celle sans qui ma vie ne vaudrait pas la peine d’être vécue». Un style franc, sobre, des mots qui viennent du cœur... Et puis vient la description de ce 27 février 2011.

Roger Simon-Vermot: – Un dimanche presque comme un autre. L’hiver s’en allait. Il n’y avait presque plus de neige à La Sarraz, où j’ai fait mon nid avec mon épouse. Elle avait alors 70 ans et préparait le repas de midi. J’étais à l’étage, dans la mezzanine, en train de regarder une course de ski à la télévision. Je sirotais un pastis, un cigare aux lèvres, mon chat ronronnant sur mes genoux.
Tout allait bien. C’est du moins ce que je pensais. Une bonne odeur de choucroute a chatouillé mes narines, j’ai demandé quand nous allions manger. Ma femme a répondu de sa voix joyeuse et légère: «Dans cinq minutes! C’est tout de suite prêt!». J’ai patienté. Cinq minutes? J’avais une faim de loup, je suis descendu.

Et alors?

– La table était mise, il y avait un bouquet de roses jaunes. Rien d’anormal. Mais, arrivé à l’entrée de la cuisine, je découvre mon épouse recroquevillée sur le carrelage. Inerte.

Quelle fut ta réaction?

– Je me suis dit qu’elle avait chuté, parce que, peut-être, avait-elle un peu trop bu: il y avait un verre de blanc et une bouteille presque vide sur le plan de travail. Mais c’était une fausse piste: le vin était en réalité destiné à la choucroute...

Qu’as-tu fait?

– J’ai essayé de la réanimer. Je l’ai allongée sur le divan du salon, j’ai essuyé sa plaie, car sa tête avait heurté le fourneau. Je lui ai donné un peu d’eau fraîche, elle s’est réveillée un court instant, a tenté de me parler, mais aucun mot n’est sorti de sa bouche. Elle a agité son bras gauche en regardant sa montre. C’était confus... Plus tard, j’ai compris que c’était une façon de me dire: «Danger, faut faire vite!».
Puis, elle s’est rendormie. Elle avait l’air calme, sereine, ce qui m’a rassuré. Je me suis dit que ce n’était qu’une mauvaise chute, un petit malaise. La faim coupée par ce qui arrivait, j’ai fait une sieste en attendant qu’elle se réveille. Un somme d’une heure ou deux? La sonnerie de la porte m’a tiré au bas du lit. C’était notre fils. Je lui ai raconté ce qui se passait. Il estima que ce n’était pas normal, qu’il fallait appeler un médecin. Les urgences sont arrivées dix minutes plus tard.

Le diagnostic fut-il rapide à établir?

– Oui. Le verdict du médecin de service fut sans appel: «Elle a fait un AVC». J’étais anéanti, hébété, je ne comprenais rien. Et nous voici dans l’ambulance, l’hôpital, déjà, tout va si vite...

T’es-tu senti coupable de ne pas avoir compris ce qui arrivait à ta femme?

– Je ne peux pas me sentir coupable de ce que je ne savais pas. J’ignorais tout des signes avant-coureurs de l’AVC (voir encadré page 13). Je me suis retrouvé démuni face à un tsunami, comme l’écrit le Pr Patrik Michel dans la préface de mon livre. J’ai réagi comme j’ai pu, comme j’ai senti.
Mais reste bien sûr ce... truc qui me poursuivra jusqu’à la fin de mes jours. Plutôt cette interrogation: ma femme m’a-t-elle reproché mon attitude? Je ne le saurai jamais (silence). Elle n’a pas pu reparler. Nous n’avions plus que la communication non-verbale pour «discuter». Mais nous y sommes arrivés grâce à nos années de mariage, à l’instinct développé durant notre vie commune – le bon côté de la routine, si je puis dire. Tout ça aide!
Mon caractère et mon éducation me poussent également à aller de l’avant. Ce qui est fait est fait. J’ajoute que les médecins ne m’ont fait aucun reproche. Personne ne m’a jugé. Mon fils, avec lequel nous avons tant pleuré, m’a dit: «Tu as fait tout ce que tu as pu». Plus tard, il m’a aussi confié: «Tu l’as beaucoup aimée, ça se voyait».

Dans ton livre, tu es descriptif, sobre, pudique; tu racontes les faits, les efforts, les déconvenues, le cadre hospitalier, etc. Et, soudain, tu écris que tu n’as jamais autant aimé ta femme que quand elle était dans son fauteuil roulant.

– Oui. Je ne l’aurais jamais pensé. Il est impossible de savoir comment on va réagir avant d’être confronté à ce genre d’épreuve. Il faut alors beaucoup d’amour. On efface un peu de sa vie pour se consacrer à celle de l’autre.

Dans cet amour, il y a de la dévotion. Et, dans cette dévotion, un esprit de sacrifice. N’est-ce pas?

– Je crois qu’on peut le dire un peu comme ça, oui. Nos projets, nos voyages, nos escapades gastronomiques en France, notre retraite paisible et heureuse à La Sarraz, notre maison en Vénétie, d’où était originaire ma femme, tout ça, c’était terminé. Elle était clouée à sa chaise et moi à la maison, à ses côtés. Mais avec le temps, au bout d’un moment, on s’y fait, on trouve un moyen. Avant l’AVC, nous étions un couple qui fonctionnait beaucoup avec l’humour. Malgré l’AVC, on ne l’a pas perdu. Avec des gestes, des mimiques marrantes, dans des situations incongrues, on arrivait à rigoler chaque jour ou presque, ça fait tellement de bien... C’est fou comme on a pu se marrer (ému)!

Tu ne crains pas d’écrire des mots que certains trouveront «clichés». Sous ta plu- me, ils touchent. Malgré l’AVC, tu écris simplement: «On est bien», «On est heureux», «Je l’aime», et on y croit.

– Merci. Que dire... Durant ses sept années de combat quotidien, mon amour pour ma femme s’est démultiplié. C’était génial! Je ne pensais pas avoir de telles ressources. Mais elles existent: je les ai puisées dans notre amour. L’épreuve resserre les liens. Avec mon fils également.

Tu amenais du linge à ta femme, comme une mère attentive, et des fleurs, tel un mari qui veut toujours séduire son épouse. Cela étonnait le personnel hospitalier?

– Il faudrait le leur demander (sourire). Je dois avouer que les myosotis, les fleurs préférées de Marisa, je les ai cueillis dans le jardin de l’institution médicale de Lavigny. C’est plus romantique.

Pourquoi avoir changé le nom de ta femme et de ton fils? Dans ton livre, Marisa, ta femme, devient Céline et Pierre, ton fils, Michel.

– Ah, tu l’as remarqué... Je ne sais pas. Peut-être parce que je tiens à les protéger. Prendre un peu de distance. Les autres noms des personnages sont, en revanche, conformes à la réa- lité. Cela fait peut-être partie du processus qui m’a amené à publier ce livre. C’est curieux.

Curieux? Pourquoi?2018-46-11B

– Ce livre raconte au jour le jour les impressions que j’ai ressenties durant les quatre premiers mois de l’AVC de Marisa, des impressions d’abord consignées dans des carnets. Cette année, alors que ma femme était encore en vie avant qu’un second AVC ne l’emporte en mars, j’ai retrouvé ces carnets. Je les avais complètement oubliés, c’était une redécouverte très émouvante.
J’ai pris un peu de recul et je me suis dit que transmettre ce témoignage permettrait d’aider d’autres personnes. Putain d’AVC! parle des premiers mois, ceux du choc, de la consternation, les plus pénibles à endurer, à vivre. Le reste nous concerne Marisa et moi... La plupart des gens ignorent, comme c’était mon cas, les signes avant-coureurs de l’AVC. Or, il est vital d’agir très vite. On peut alors, peut-être, sauver quelqu’un qu’on aime.

Recueilli par Thibaut Kaeser





Roger Simon-Vermot, Putain d’AVC!, avec une préface du Pr Patrik Michel du Service de neurologie du centre cérébrovasculaire du CHUV (Slatkine, 104 p.).




Réagir face à un AVC

Un accident vasculaire-cérébral (AVC) est une perturbation soudaine de l’afflux sanguin dans une partie du cerveau. Dû le plus souvent à l’oblitération d’un vaisseau sanguin par un caillot de sang, il entraîne un manque d’oxygène qui peut être fatal. Les principaux facteurs de risque d’un AVC sont: l’hypertension artérielle chronique (la moitié des cas d’AVC); le tabac; le diabète; la surconsommation d’alcool; les maladies cardiaques telles que la fibrillation auriculaire; l’hypercholestérolémie (taux élevé de cholestérol sanguin).
Oxygéner le cerveau
Si, dans la majorité des cas d’AVC, on ne constate pas de signes précurseurs, d’autres personnes peuvent être affectées par un accident ischémique transitoire (AIT), qui présente des symptômes de l’AVC sur une brève durée (de quelques minutes à plusieurs heures). Ces symptômes, courts ou non, sont toujours le signe d’une mauvaise irrigation du cerveau. Il faut alors agir au plus vite: se rendre aux urgences les plus proches ou les appeler au 144!
Quels sont ces symptômes? On en dénombre cinq. Des difficultés à parler: peine à trouver ses mots, à comprendre des questions simples, problèmes d’articulation, propos incohérents. Une paralysie, le plus souvent du visage, du bras, d’une jambe ou d’un côté du corps. Des troubles visuels: vision double ou perte de la vue d’un œil. Des maux de têtes violents. Des troubles de l’équilibre.
Pourquoi faut-il réagir au plus vite? Parce que les cellules nerveuses, lorsqu’elles sont privées d’oxygène, y compris pour un court laps de temps, meurent; elles ne se régénérèrent pas ou alors très peu. Plus une consultation est rapide, plus un traitement médical a donc des chances de succès. Il peut d’ailleurs arriver qu’une prise en charge rapide n’entraîne presque pas de séquelles. Tout est une question de réactivité. Et de vigilance face aux symptômes éventuels.


Mise à jour le Mercredi, 14 Novembre 2018 15:25
 

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