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top news photography Les autres touristes: quelle plaie!

«Le drame, dans le tourisme, ce sont les autres touristes», sourit Yann Laville, codirecteur du Musée d’ethnographie de Neuchâtel (MEN). Et effectivement, on est toujours le touriste d’un autre, en témoigne la nouvelle exposition temporaire du musée. Intitulé Le mal du voyage, cet intrigant parcours surfe sur les ambiguïtés pour mieux prendre de la distance par rapport à nos rêves, itinéraires et pratiques touristiques. Un véritable voyage dans nos voyages. «Nous avons voulu réfléchir autour des imaginaires liés au tourisme et aux vacances, explique son collègue Grégoire Mayor. Comment on se confronte à ces imaginaires, comment on les reproduits et comment on souhaite, en même temps, s’en libérer.» Pour en savoir plus...
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Articles 2018 - A la Une
Écrit par Administrator   
Mercredi, 10 Octobre 2018 00:00

 

Faune

Genève doit prendre soin de ses mammifères

 

 

 

Les naturalistes Jacques Gilliéron et Jacques Morel publient un ouvrage très détaillé sur les mammifères du bassin genevois. Un état des lieux qui sonne comme un cri d’alarme.

 

 

2018-41-14BDe la plus petite des souris au plus grand des cerfs, le bassin genevois regorge de mammifères sauvages. Les fidèles lecteurs de l’Echo en connaissent une partie via la page Faune de chez nous qu’a écrite Jacques Gilliéron durant de nombreuses années. Le naturaliste sort cette année l’Atlas des mammifères terrestres du bassin genevois en collaboration avec Jacques Morel. Un inventaire exhaustif et détaillé des espèces sauvages qui offre un arrêt sur image de nos connaissances actuelles.
Dans l’avant-propos de l’ouvrage, édité par l’association Faune Genève, les auteurs expliquent que «dès la seconde partie du 20e siècle, les discours alarmistes d’un certain nombre de naturalistes ont mis en exergue un appauvrissement plus que significatif de la faune et de la flore à l’échelle tant planétaire que régionale».
Dans leur atlas, ils interpellent le lecteur sur les dangers que courent de nombreuses espèces, à l’image de la souris des laîches, ou rat des moissons, qui devrait être considérée comme extrêmement menacée. Pourtant, elle ne dispose d’aucune protection en France. Mais ce qui inquiète surtout ces spécialistes de la faune, c’est la disparition des milieux naturels. Entretien avec Jacques Gilliéron.

Pourquoi avoir confectionné un tel atlas?

Jacques Gilliéron: – Au-delà de l’intérêt personnel et patrimonial, on est à une époque où il faut faire des bilans. S’intéresser précisément à l’état de la biodiversité. Avec cet atlas, nous nous contentons de constater, sans juger ni prendre position. Mais on doit se dire que plus rien ne va. Aujourd’hui, c’est une vraie catastrophe. De nombreuses espèces disparaissent, à l’image de l’alouette des champs. Dans 10 ou 15 ans peut-être, ce sera une espèce qui ne se reproduira plus en Suisse. Pour donner un autre exemple, quand j’avais dix-huit ans, j’allais souvent dans la Dombes en 2 CV. En roulant de Genève à Bourg-en-Bresse au mois de juin, je m’arrêtais deux à trois fois pour nettoyer le pare-brise à cause des insectes qui s’y écrasaient. Maintenant, je ne lave plus mon pare-brise: il suffit d’un orage par mois. La chute du nombre d’insectes est vertigineuse. Et s’il y a chute, il y a dérèglement général.

Que peut-on faire?

– On parle souvent des espèces parapluies: en les protégeant, on protège un milieu et d’autres espèces. Le rat des moissons, qu’on devrait plutôt appeler souris des laîches parce qu’elle ne vit pas dans les champs de céréales chez nous, pourrait avoir ce rôle, car son habitat naturel est les prairies marécageuses, de plus en plus rares. Pour les cerfs, c’est autre chose : ils sont concentrés sur certains secteurs alors qu’il y a des parties du canton qui ne sont absolument pas colonisées. Des passages à faune permettraient de les laisser occuper un territoire plus étendu.

2018-41-15CFaut-il intervenir agir sur les milieux naturels?

– C’est un des gros problèmes de notre environnement. Tous nos milieux naturels sont des milieux sous perfusion. Avant, des oiseaux comme les sternes pierregarin nichaient sur des grèves ou des îlots. Aujourd’hui, on doit aménager des radeaux pour qu’elles puissent avoir un endroit où vivre. 80% de nos chouettes chevêches nichent dans des nichoirs parce qu’il n’y a plus de vergers. On veille sans arrêt sur nos derniers espaces un peu naturels de façon artificielle: c’est ce que j’appelle la nature sous perfusion. On doit entretenir les milieux humides sinon ils se transformeront en forêts marécageuses et on perdra alors de nombreuses espèces.

Comment vous est venue l’idée de réaliser cet atlas?

– Elle a germé tranquillement. On avait très peu de données sur les micromammifères – le terme n’a guère de valeur scientifique, on l’utilise quand on parle des petits rongeurs par exemple. Dans un premier temps, l’objectif était de dresser un inventaire sans savoir sur quoi ça allait aboutir.
Je réalisais alors un ouvrage sur les chauves-souris du bassin genevois. Le reste des mammifères semblait s’imposer naturellement. Et les recherches se sont finalement élargies en incluant la France voisine pour nous inscrire dans la continuité de l’ouvrage sur les chauves-souris et parce que c’est une unité cohérente. Le bassin genevois est délimité par les crêtes du Jura, du Vuache, du Salève et des Voirons. D’un point de vue biogéographique, la logique est claire: quand vous passez les montagnes, vous pouvez trouver des espèces différentes derrière. Et la Versoix est une frontière avec la France. Pour protéger des milieux, il faut des actions transfrontalières.

Quelles techniques avez-vous employées pour recenser les animaux?

– Pour les gros mammifères et ceux de taille moyenne, on a entre autres utilisé des pièges photographiques automatisés et des tunnels à traces. Cette méthode consiste à inciter les bêtes à passer dans des tunnels; elles sont aussi curieuses et exploratrices que les chats. A l’aide d’un tampon encreur à l’intérieur et d’un papier révélateur aux extrémités du tunnel, on peut avoir des indices sur le passage de certaines espèces.
En revanche, les petits mammifères nous ont posé pas mal de problèmes. Mon collègue Jacques Morel s’est consacré à la collecte de pelotes de réjection des rapaces nocturnes. Dans ces boulettes, on trouve tous les poils et les os que les oiseaux ne digèrent pas. Parfois, on tombe sur des crânes complets de petites musaraignes. Cela nous donne des indices de présence, mais ils sont assez peu précis au niveau de la géolocalisation. La technique qu’on a le plus utilisée, c’est la capture. On a attrapé plus de 5000 petits mammifères, qui ont évidemment été immédiatement relâchés. Le plus grand mal qu’on a pu faire, c’est prélever un ou deux poils sur certaines musaraignes pour les identifier génétiquement.

2018-41-13AAvez-vous vu toutes les espèces que vous recensez?

– Oui. J’ai vu ou photographié toutes les espèces au moins une fois. Pour les très petits mammifères, comme les musaraignes, c’était surtout de la capture, donc on les a même eus dans les mains. Il n’y a que la loutre que je n’ai pas vue de mes yeux, mais qu’on a pu surprendre grâce à des pièges photographiques.
Afin de savoir quelle espèce existait et où, on a aussi collecté des informations auprès d’autres observateurs, pour le lynx par exemple, ou auprès du Muséum d’histoire naturelle. Puis on est allés prendre des photographies. Les petits mammifères, nous les avons pris en installant des dioramas dans la nature. Mais pour les muscardins, j’avais une famille qui se reproduisait dans mon jardin, donc j’ai pu les observer et les photographier sans cette technique.

Vous faites figurer des cartes dans l’atlas. On remarque deux périodes: avant 2000 et après 2000; la première est nettement plus clairsemée. Cela veut-il dire qu’il y a de nouvelles espèces ou des espèces en plus grande quantité ?

– Pas du tout, ce n’est pas une évolution. Il s’agit plutôt de l’état de nos connaissances durant deux périodes différentes. Avant 2000, il y avait peu d’observations. Il y avait sans doute autant d’espèces, mais on ne les avait pas recensées.

En dépit de votre minutie, est-ce possible que vous soyez passé à côté de micro-mammifères?

– Oui, bien sûr, théoriquement c’est possible. Mais ce serait très étonnant. On a réalisé une analyse au kilomètre carré sur une superficie de 1084 kilomètres carrés c’est très précis. Ce qui est incroyable, c’est qu’on se dit qu’on devrait tout connaître de la biodiversité avec nos méthodes modernes. En réalité, on découvre toujours de nouvelles espèces, même en Suisse. Le murin d’Alcathoé, par exemple: c’est une espèce de chauve-souris qu’on a notamment trouvée à Genève, mais qui était inconnue des scientifiques. Ce n’est qu’en 2001 qu’on a réussi à le distinguer du murin à moustaches. Les nouvelles espèces sont souvent des espèces que l’on avait confondues avec d’autres jusqu’à leur découverte. Mais là, je pense qu’on commence à avoir fait le tour, du moins en Suisse.


Texte: Bastien Lance
Photos: Jacques Gilliéron


Mise à jour le Jeudi, 11 Octobre 2018 08:29
 

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