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top news photography Le jour où les médecins voteront l'aide au suicide en Suisse

Dans l’aide au suicide, les frontières bougent et les barrières tombent. La pratique reste marginale, avec 286 personnes accompagnées en Suisse romande l’an dernier, selon les chiffres de l’association Exit. Mais la tendance est à la hausse. Le 25 octobre, le parlement de la FMH se prononcera sur de nouvelles directives: même des personnes en bonne santé mais «fatiguées de vivre» pourraient demander le suicide assisté. Ce vote fait débat. Pour en savoir plus...
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Articles 2018 - A la Une
Écrit par Administrator   
Jeudi, 27 Septembre 2018 00:00

 

Sécheresse

L'eau potable de plus en plus rare

 

 

 

La Terre se réchauffe et la population augmente: sommes-nous condamnés à nous faire la guerre pour l’eau? Pas forcément, disent les experts. Mais il est urgent d’apprendre à mieux gérer l’or bleu.

 

 

2018-39-16ADes bateaux posés à même le fond du lac des Brenets asséché; des péniches naviguant avec la moitié de leur cargaison en moins pour ne pas heurter le fond du Rhin; des paysans qui abattent leurs bêtes parce qu’ils n’ont plus de fourrage: les scènes catastrophiques provoquées par la sécheresse se sont multipliées cet été. Sans parler de la pénurie annoncée de sapins de Noël dans cinq ans – les pousses de cette année ayant largement succombé au manque d’eau – et des frites belges qui vont raccourcir en raison de la mauvaise récolte de patates, comme on peut le lire dans la presse du plat pays.

En Suisse, le niveau des pluies est encore stable sur le long terme, disent les chiffres de MétéoSuisse. Par contre, la température des étés augmente depuis les années 1980, ce qui intensifie l’évaporation et donc les risques de sécheresses répétées. Mais notre pays, qui s’enorgueillit d’être le «château d’eau de l’Europe» (6% de l’eau douce du continent pour 0,6% de la superficie européenne), ne sera pas menacé par une véritable pénurie d’eau au 21e siècle malgré le recul des glaciers, selon les experts.

Des poches de sel

On ne peut pas en dire autant du reste du monde. En Afrique du Sud, la ville du Cap menaçait tout l’été de couper l’eau des robinets. En Irak, la région de Bassora, où le Tigre et l’Euphrate se jettent dans le golfe Persique, a perdu 40% de sa surface cultivable: le débit des fleuves étant trop faible, l’eau salée remonte le delta et stérilise les terres. En Israël, la mer Morte recule d’un mètre par an, le Jourdain étant surexploité en amont. Elle laisse derrière elle des poches de sel souterraines qui s’effondrent en entrant en contact avec de l’eau douce, formant des cratères de plusieurs mètres de profondeur qui détruisent les routes et forcent des infrastructures touristiques à fermer leurs portes.
Les choses ne sont pas près de s’arranger: avec l’augmentation de la population mondiale, les besoins en eau devraient croître de 50% d’ici 25 ans – principalement pour l’agriculture – et quatre milliards de personnes risquent de vivre en état de «stress hydrique», c’est-à-dire de demande excédant l’offre. La rareté de l’eau douce, qui constitue moins de 3% de l’eau sur Terre, pourrait devenir un facteur de tension toujours plus important entre les Etats.

L’eau et le sang

De fait, on nous prédit des «guerres de l’eau» depuis les années 1990. Elles n’ont toujours pas éclaté; mais on a vu l’Egypte laisser fuiter une vidéo «confidentielle» en 2013 dans laquelle Mohamed Morsi, alors président, évoquait avec ses conseillers des actions de déstabilisation de l’Ethiopie si celle-ci s’entêtait à construire son barrage sur le Nil, ou Narendra Modi, le président indien, affirmer que «l’eau ne peut pas couler en même temps que le sang», une manière de menacer le Pakistan de retenir le débit du fleuve Indus après une attaque terroriste ayant fait 17 morts sur une base militaire du Cachemire il y a deux ans.
Si aucune guerre n’a encore éclaté à cause de l’eau, c’est que l’or bleu est rarement un motif de dispute à lui tout seul, relève le géographe Hervé Amiot dans la revue en ligne Les clés du Moyen-Orient. Difficile de savoir s’il est la cause ou la conséquence d’un conflit entre Etats: en 1998, par exemple, la Turquie a massé des troupes à la frontière syrienne et menacé de couper l’eau de l’Euphrate si Damas continuait à soutenir la guérilla kurde du PKK. Or, la Syrie se servait justement des rebelles kurdes comme d’un aiguillon pour faire pression sur Ankara: elle protestait contre le gigantesque barrage Atatürk, construit en 1992 sur l’Euphrate, qui prive la Syrie d’une partie de son alimentation en eau – l’ouvrage contient 120 fois le volume de la Grande-Dixence!
Le droit international est très discret sur la gestion de l’eau des fleuves qui traversent plusieurs pays. C’est aux Etats à négocier des accords entre voisins, et il existe encore peu de traités. Quels critères retenir? L’Euphrate, par exemple, se situe presque pour moitié sur territoire irakien. C’est d’ailleurs Bagdad qui a commencé à construire des barrages sur le fleuve au début du 20e siècle; par contre, l’eau du fleuve provient à 88% de la Turquie. Qu’est-ce qui prévaut: la contribution au débit, le territoire, la taille de la population, l’ancienneté de l’aménagement du fleuve?

La moitié fuit dans le sol

Ces questions reviendront toujours plus souvent sur la table. Et la Suisse voudrait bien servir de cadre aux discussions: en septembre 2017, elle annonçait vouloir accueillir un «observatoire mondial pour l’eau et la paix» à Genève, une plate-forme proche des institutions internationales pour stimuler la coopération entre agences, Etats et société civile.
La diplomatie ne résoudra pourtant pas seule le problème. Si l’eau vient à manquer, c’est avant tout qu’elle est mal utilisée, affirme sans détours Aziza Akhmouch, directrice du programme de gouvernance de l’eau de l’OCDE. Les Etats rechignent à renouveler leurs infrastructures: quand la ville de Rome s’est retrouvée à sec l’été dernier, ses habitants ont appris que 44% de l’eau des canalisations fuitait dans le sol avant d’arriver au robinet.
L’agriculture, qui représente plus de 70% de la consommation d’eau au niveau mondial, est aussi sous les projecteurs. Faut-il vraiment cultiver des bananiers, très gourmands en eau, sur des terres désertiques le long du Jourdain? Que proposer comme alternative aux paysans irakiens à qui l’on interdit la culture du riz? Comment adapter l’irrigation?

Recycler les eaux usées

En France, cette année, de fortes pluies ont précédé un été de sécheresse. Il faut donc repenser la manière de stocker l’eau, affirmait mi-septembre la présidente de la FNSEA, principal syndicat d’agriculteurs français. De son côté, Aziza Akhmouch propose, dans un quotidien espagnol, de revenir sur la quasi gratuité de l’eau: «Si elle tombe du ciel, personne n’est incité à en user de manière rationnelle».
Le grand défi de ces prochaines années sera le recyclage des eaux usées. A l’échelle mondiale, 80% de l’eau souillée est rejetée dans la nature sans être traitée. Le retour du choléra en Algérie en août, probablement dû à de l’eau contaminée, rappelle l’importance de l’assainissement.
La priorité a longtemps été l’eau potable, «parce que les bénéfices en sont directement visibles: on a de l’eau qui sort du robinet. L’assainissement, c’est toujours un peu compliqué, soulignait Aziza Akhmouch en mars au Forum mondial de l’eau à Brasilia. Parce que ce sont des infrastructures masquées qui supposent des investissements très lourds que l’on ne peut amortir qu’à long terme et dont les bénéfices ne se verront, pour un maire ou un ministre, que dans l’administration suivante».
C’est pourtant la voie à suivre pour minimiser les tensions à l’intérieur comme à l’extérieur des Etats ces prochaines décennies.

Christine Mo Costabella

Les mauvais choix de la Syrie

La sécheresse qu’a connue la Syrie entre 2006 et 2011, la plus longue de son histoire, pourrait avoir joué un rôle dans le déclenchement de la guerre civile, estiment nombre d’observateurs. Rien qu’en 2010, plus d’un million de Syriens ont perdu leur travail dans l’agriculture à cause du manque d’eau: ils ont quitté les campagnes pour s’entasser dans les périphéries d’Alep ou de Damas déjà surpeuplées – 1,5 million de réfugiés irakiens sont arrivés dans le pays en 2003.
Même avant la guerre, les infrastructures hydrauliques des villes étaient en mauvais état. Les déperditions en eau atteignent 80% dans certains quartiers de Damas, relève Frédéric Lasserre, géopolitologue et auteur des Guerres de l’eau (Delavilla) en 2009. Le régime Assad, gangréné par le clientélisme, n’a pas fait grand-chose pour ces déclassés de la sécheresse. Au moment où les printemps arabes éclataient au Maghreb, l’opposition syrienne n’a pas eu de peine à recruter des mécontents.
Mais la très mauvaise utilisation de l’eau a épuisé le pays au moins autant que la sécheresse, affirme Frédéric Lasserre. La Syrie a modernisé son agriculture à la fin du 20e siècle, irriguant, grâce à des barrages, des terres agricoles qui dépendaient jusqu’alors de pluies irrégulières; mais elle a opté pour des techniques très peu économes en eau, méconnaissant le goutte à goutte dans cette région pourtant désertique.
Le gouvernement a aussi massivement subventionné la culture du coton, qui réclame beaucoup d’eau. Il a fait creuser d’innombrables puits – on en recensait 230’000 en 2010; or, le siphonage des nappes phréatiques a contribué à la salinisation des sols et à la baisse des rendements de l’agriculture. La reconstruction du pays, une fois la paix revenue, passera obligatoirement par une meilleure gestion de l’eau.

CMC


Mise à jour le Jeudi, 27 Septembre 2018 08:13
 

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