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Articles 2018 - A la Une
Écrit par Administrator   
Mercredi, 22 Août 2018 00:00

 

Rama IX

Bhumibol, «un petit Suisse comme les autres»

 

 

 

Le roi de Thaïlande Bhumibol (1927-2016) vécut à Lausanne de 5 à 23 ans, entre 1933 et 1951. Couronné sous le nom de Rama IX, il garda un souvenir reconnaissant de la Suisse au point de lui offrir un pavillon royal sur les bords du Léman.

 

 

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«Un petit Suisse comme les autres» à Lausanne; un demi-dieu en Thaïlande. Un résident discret qui parlait français sans accent sur les rives du Léman; un roi vénéré dans son pays, qu’il dut apprendre à mieux connaître quand il y revint définitivement. Un admirateur de la démocratie helvétique; un souverain du Sud-Est asiatique qui composa sans cesse avec des juntes et des pressions politiques...

Ces grands écarts relèvent autant du destin d’un homme que de l’exercice astreignant d’un pouvoir dynastique, celui des Chakri, qui régentent la Thaïlande depuis 1782. Ils furent le lot de Bhumibol durant son règne de 70 ans, 4 mois et 4 jours; une longévité exceptionnelle qui dépasse celle de la reine Victoria (63 ans, 7 mois et 2 jours) sans égaler les 72 ans, 3 mois et 18 jours de Louis XIV. De ces contrastes forts entre quiétude vaudoise et soubresauts d’une monarchie constitutionnelle asiatique, on ne saura jamais ce qu’en pensa Bhumibol, drapé dans une distance et un silence royaux.

De Pully à Bangkok

Regretta-t-il la sérénité lémanique une fois à la tête de sa patrie, d’abord démuni face à la dictature de Phibun, un pro-fasciste allié au Japon durant la guerre? Eut-il la nostalgie d’une Suisse où l’on dialogue entre citoyens plutôt que de tirer sur les étudiants, comme à l’Université de Thammasat en 1976? Songea-t-il à l’ennui sécurisant des radicaux vaudois quand Bangkok était secouée de convulsions politiques?
Comme ses ancêtres les souverains du Siam, qui préservèrent leur indépendance face aux appétits coloniaux britanniques et français au 19e siècle, Bhumibol est sorti gagnant d’un long règne qui n’eut rien d’un fleuve tranquille. Son peuple l’adula au-delà de ce que l’on peut imaginer en Europe. Et la Thaïlande, nimbée de l’aura mystique de son roi, sortit son épingle du jeu de la guerre froide, devenant le «tigre asiatique» que l’on sait.

Orphelin de père

2018-34-16ABhumibol Adulyadej n’était pourtant pas directement promis au trône de Thaïlande. Il naquit après sa sœur Galyani et son frère Ananda. C’était le 5 décembre 1927 à Cambridge, aux Etats-Unis. A Harvard, son père, le prince Mahidol, étudiait la médecine. Après son doctorat cum laude, la famille retourna en Asie. Mais le benjamin connut à peine son géniteur, d’une santé fragile: il mourut deux ans après sa naissance.
En sus de ce chagrin, le contexte politique était très agité. En 1932, une révolution, en fait un coup d’Etat, mit fin à 150 ans de monarchie absolue des Chakri. Le Siam devint une monarchie constitutionnelle avant d’être rebaptisé en 1939 Thaïlande, «le pays des Thaïs». Afin d’épargner à ses enfants les troubles consécutifs à cette modification de régime, la princesse mère Srinagarindra s’installa à Lausanne.

Obéir, puis commander

Cette femme avait du caractère et une grande force intérieure. Issue des quartiers pauvres de Bangkok, elle devint infirmière avant d’épouser Mahidol. Veuve, elle protégea ses enfants et leur donna le meilleur dans une sorte d’exil inavoué. Sur les rives du Léman, la famille prit ses aises à la Villa Vadhana (démolie depuis), à Pully au 51 chemin de Chamblandes. Elle engagea un précepteur privé, Cléon Séraïdaris (p.18), qui devint le mentor du garçon.
Les enfants royaux reçurent une éducation à l’occidentale. Ouverture d’esprit. Modernité. Manières. Culture. Les trois jeunes Thaïlandais furent éduqués comme des «petits Suisses», ainsi qu’aimait dire Galyani, la sœur de Bhumibol. Vu leur rang, ils bénéficiaient d’une existence con­fortable. Mais, au quotidien, ils ne se distinguaient guère, vivant «à la Suisse», allant à l’école et à vélo com­me tout le monde. On leur disait «Monsieur» et non pas «Votre Altesse». Leur mère veillait sur cet apprentissage. Elle répétait qu’«un roi se doit d’être érudit, travailler beaucoup et savoir obéir avant de vouloir commander» – une leçon d’humilité et de labeur finalement très helvétique. Ses enfants allèrent skier et patiner à Arosa, Adelboden, Davos, Villars-sur-Ollon et Zermatt. Ils cueillaient des champignons, pique-niquaient, allaient en vacances à Champex et restaient le plus possible proches des gens du cru. Les vieux Lausannois se sont longtemps souvenus de la présence aimable et discrète de cette famille à la fois exotique et intégrée.

Son frère assassiné

La simplicité de Srinagarindra détonnait avec le faste de la culture royale thaïe. Cette veuve persévérante vivait avec son temps. Adoptant des us et coutumes locaux, elle introduisit en Thaïlande la pétanque, qu’elle adorait, un divertissement d’apéro imposé à l’armée; et elle implanta dans les écoles le lancer de drapeau, une discipline très Suisse primitive!
Bhumibol étudia à l’Ecole nouvelle de la Suisse romande à Chailly avant de gagner les bancs de l’Université de Lausanne. Excellent élève, bon camarade, il était aussi réservé qu’éduqué. Il eut comme ami d’une vie le fameux océanographe Jacques Picard, fils du célèbre physicien Auguste. Ce timide se passionna pour les sciences naturelles, l’ébénisterie, la photographie et la mécanique automobile. Mais il dut se tourner vers le droit quand survint un drame encore inexpliqué.
Son frère aîné Ananda devint roi le 2 mars 1935 suite à l’abdication de leur oncle Rama VII. Il ne fut pas immédiatement couronné. La politique thaïe et la Seconde Guerre mondiale retinrent la famille dans le Pays de Vaud. Leur mère ne voulut pas quitter la Suisse durant ces années sombres, estimant que ce serait bafouer le lien de confiance établi avec le pays hôte bien-aimé.
Ananda ne revit son pays qu’en décembre 1945. Son règne, sous le nom de Rama VIII, fut sommaire. Le 9 juin 1946, à 21 ans, il mourut assassiné d’une balle dans la tête dans des circonstances restées taboues. Bhumibol était désormais roi. Mais il patienta jusqu’en 1950 pour monter sur le trône. Il semble d’ailleurs qu’il n’ait guère été pressé de rentrer dans son pays d’origine. Adolescent, ne se con­sidérait-il pas comme suisse?

La vie à Lausanne

Bhumibol passa encore du bon temps en Europe. Le jour où il apprit que la Suisse avait son premier restaurant chinois, le Palais Impérial, à la rue de la Tour-Maîtresse à Genève, il enfourcha son vélomoteur et apporta un panier de cerises de la villa Vadhana au cuisinier, un ancien apprenti de la Cour impériale de Pékin. Bhumibol aimait rouler en limousine Salmson ou au volant de sa Fiat Topolino vert foncé aux plaques d’immatriculation «VD 18567». Une passion de la vitesse qui lui coûta un œil, le droit, suite à un accident au volant d'un coupé décapotable Delahaye: il rentra dans l'arrière d'un camion à 140 km/h dans la descente de Préverenges en 1948.
Un roi borgne qui ne régnait même pas sur sa patrie... Mais qui adorait le jazz, Sidney Bechet, Duke Ellington, Count Basie et Johnny Hodges, au grand dam de sa mère qui aurait préféré qu’il écoutât de la musique classique! Louis Armstrong, qui le fréquenta, aurait déclaré après l’avoir entendu au saxophone: «S’il n’avait été roi, il aurait été un jazzman de génie». Une légende royale de plus?
Mais Bhumibol devait observer de plus en plus la réalité de son pays, auquel il était destiné. En 1950, il retourna en Thaïlande pour se marier avec la princesse Sirikit Kitiyakara, avec laquelle il s’était discrètement fiancé à Lausanne. Couronné sous le nom de Rama IX le 5 juin, il revint dans la capitale vaudoise pour terminer ses études. Avant le grand départ de 1951. Dès lors, il fut emporté dans la tourmente thaïe. Sur la base de ses observations en Europe, il restaura le prestige de la monarchie, la faisant évoluer vers un régime constitutionnel qui soit autre chose qu’une façade à la botte des militaires. Ce ne fut pas toujours aisé, mais ceci est une autre histoire...

De retour deux fois

En 1959-1960, il retourna en famille en Suisse. Un séjour de six mois au Flonzaley, à Puidoux-Chexbres. Du Lavaux – «J’y ai un peu laissé mon cœur», déclara-t-il dans l’une de ses rares confessions –, il fit des visites officielles dans les capitales européennes. Ce point d’ancrage indique à quel point la Suisse comptait pour Bhumibol; sa première fille, la princesse Ubolratana, naquit d’ailleurs à la clinique de Montchoisy.
En 1964, il revint encore à Lausanne pour l’Exposition nationale. Il dormit à l’hôtel Beau-Rivage. Puis il ne revit plus l’Helvétie de sa jeunesse. Mais il garda toujours la Suisse dans son cœur. Avec une discrétion finalement toute vaudoise.

Thibaut Kaeser

 

2018-34-17BLe cadeau royal

Le pavillon royal fut donné à la ville de Lausanne en 2005. Sa construction débuta en 2006 afin de célébrer le 60e anniversaire de l'accession au trône de Bhumibol et les 75 ans des relations diplomatiques entre la Suisse et la Thaïlande. Assemblé par treize artisans thaïs en collaboration avec le service des parcs et promenades de la capitale vaudoise, cet édifice fut inauguré en 2009 en présence de la princesse Maha Chakri Sirindhorn, troisième fille de Bhumibol.
Lausanne a installé cet édifice dans la partie nord-est du parc du Denantou, avec vue sur le Léman. Le pavillon est construit dans le style Jaturamuk, avec quatre facettes et un mandapa (salle à colonne) qui ressemble à une miniature du palais royal. Il mesure 6 mètres de large sur 6 de long et 16 de haut flèche comprise. Avec ses boiseries en teck, sa décoration raffinée et sa peinture de feuilles d'or, cette construction témoigne de l'excellence de l'architecture thaïe.

Mise à jour le Mercredi, 22 Août 2018 14:53
 

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