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Homo Helveticus. L’homme helvétique. Un titre qui sonne comme le nom d’une espèce disparue au paléolithique. Ou qui évoque la quête d’un individu plus complexe qu’il n’y paraît derrière son air statufié. C’est cette piste qu’a suivie Didier Ruef sans trop savoir où elle le mènerait. Elle ressemble à un labyrinthe identitaire entre Alpes, Plateau et Jura, de Chiasso à Bâle en passant par Euseigne, Engelberg et l’inévitable prairie du Grütli. Un parcours de trente ans, de 1987 à 2017, pas si fléché que cela. Pour en savoir plus...
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Articles 2018 - A la Une
Écrit par Administrator   
Mercredi, 08 Août 2018 00:00

 

Abus sexuels

La loi du silence pèse sur les sportifs

 

 

 

Les crimes pédophiles et les violences sexuelles ont été dénoncés dans l’Eglise, puis dans le cinéma avec l’affaire Harvey Weinstein. Et on découvre que le milieu sportif est lui aussi particulièrement concerné.

 

 

2018-32-13AEn 2007, le CIO a publié une déclaration de consensus, dans laquelle on peut lire: «Le harcèlement et les abus sexuels ont lieu dans tous les sports et à tous les niveaux. Ces actes semblent toutefois plus fréquents dans le sport d’élite».
Si ces affaires font énormément de bruit lorsqu’elles concernent les milieux d’Eglise – on l’a vu récemment avec les évêques démissionnaires au Chili – ou du cinéma, avec la dénonciation du producteur Harvey Weinstein, le sport serait lui aussi un milieu propice aux prédateurs sexuels. La récente condamnation du médecin de l’équipe américaine de gymnastique artistique, coupable de plus de 200 abus sur des jeunes femmes, souvent mineures, en est un signe (voir encadré).

Qui parle perd

En avril dernier, le journal Le Monde rapportait les paroles de Guy Missoum, psychologue clinicien, chercheur à l’Université Paris Nanterre et ancien directeur du Laboratoire de psychologie du sport à l’Institut national du sport, de l’expertise et de la performance. Selon lui, la parole se libère très difficilement dans le monde sportif. Et pour cause! La plupart du temps, les athlètes qui parlent perdent le soutien de leur fédération.
«Les fédérations couvrent les méfaits de leurs athlètes et de leurs entraîneurs même s’ils se sont rendus coupables des pires saloperies», confirme le docteur Jean-Pierre de Mondenard, médecin du sport et auteur de nombreux livres sur le dopage et les aspects médicaux du cyclisme. Comme dans le dopage, justement, les victimes se taisent parce que la carrière l’emporte sur toute autre considération. L’athlète cloisonne sa vie et refoule des vécus traumatisants pour ne pas compromettre ses ambitions.
Quand des athlètes parlent, c’est après avoir mis fin à leur carrière. Il y a cependant des exceptions. Comme la lanceuse de marteau Catherine Moyon de Baecque, agressée par quatre athlètes de l’équipe de France lors d’un stage d’athlétisme en 1991. Comme le rappelle le docteur de Mondenard, elle a été exclue par sa fédération après avoir brisé l’omerta et s’en être remise à la justice.

Une grande proximité

«C’est encore vrai aujourd’hui: quand une victime parle, on préfère couper la branche plutôt que de tenter de régler le problème à la base», souligne le docteur Véronique Lebar, présidente de l’association Comité Ethique et Sport. Guy Missoum considère que dans la relation entraîneur-sportif, la soumission à l’autorité est totalement intégrée par les jeunes. Ce qui augmente le risque de violences sexuelles. Par ailleurs, le sport favorise la proximité physique entre l’athlète et son mentor.
Elle se traduit notamment par des contacts corporels réguliers: prise de pouls, correction de la gestuelle, aide lors des étirements, etc. De surcroît, la proximité physique se double d’une proximité – voire d’une emprise – psychologique. Attention, danger! D’autant que, comme le dit Véronique Lebar, certaines jeunes filles sont loin de leur famille, assez seules et par là même plus fragiles et vulnérables.

De Coubertin n’en voulait pas

Le docteur de Mondenard insiste également sur d’autres facteurs: «Dans le sport d’aujourd’hui, les corps, de moins en moins vêtus, sont exposés aux regards, dit-il. Par exemple, le football américain féminin se joue en bikini». Les temps ont changé, effectivement. Fondateur des Jeux Olympiques modernes, le baron Pierre de Coubertin était hostile à la présence des femmes à ces grands-messes du sport. Il disait même: «Une olympiade femelle [sic] serait impratique, inintéressante, inesthétique et incorrecte». Quand les femmes participèrent pour la première fois aux JO, à Amsterdam en 1928, elles portaient des tenues qui n’avaient rien d’affriolant.
«D’autre part, poursuit Jean-Pierre de Mondenard, les corps des athlètes d’aujourd’hui sont harmonieusement sculptés par la pratique sportive alors qu’on croyait, dans les années 1950 à 1970, que le sport virilisait les femmes. En fait, nombre d’entre elles, essentiellement issues des pays de l’Est, étaient sélectionnées pour leur profil hormonal très masculin et prenaient en sus des androgènes qui renforçaient leur masculinité.»

Des photos suggestives

Toujours selon notre interlocuteur, la condition physique des sportives laisse supposer qu’elles sont très performantes lors des rapports sexuels. On sait que les sportives et sportifs de haut niveau possèdent des taux de testostérone élevés, chacun pour son sexe, laissant augurer d’une forte libido. «Des magazines comme Playboy ou des calendriers proposent régulièrement des photos suggestives de sportives à la plastique irréprochable», ajoute le médecin. A ses yeux, ces différents éléments ont contribué, depuis les années 1980, à une érotisation du sport qui est de nature à susciter un intérêt sexuel particulier pour ces femmes.
Mais si les sportives, et dans une moindre mesure les sportifs, constituent une cible de choix, le milieu du sport serait lui-même l’un des terreaux les plus fertiles pour produire des agresseurs. En l’absence de statistiques globales, les cas isolés ne prouvent évidemment rien. Mais certaines données incitent à penser que les sportifs de haut niveau risquent davantage de commettre des agressions sexuelles que le commun des mortels.
Le professeur Vito Accettura, décédé en 2005, avait mené une enquête auprès de 300 personnes nonsportives et de 300 athlètes italiens. Publiée en 1967, cette étude faisait apparaître un pourcentage relativement élevé de sujets hypersexuels parmi les sportifs. C’était le cas de 27% des boxeurs et de 20% des footballeurs contre 6% chez les sédentaires.

Testostérone à gogo

On en revient à la testostérone, dont le taux élevé favorise le développement de la masse musculaire et l’agressivité. Les champions se recrutent essentiellement parmi les individus qui en sécrètent beaucoup. A cela s’ajoutent des pratiques dopantes faisant appel à des apports de testostérone exogène ou de stéroïdes anabolisants. Avec pour conséquence, dans un premier temps, d’exacerber la libido.
Le docteur de Mondenard relate le cas d’un culturiste qui, au début de ses cures de dopage aux anabolisants, avait jusqu’à treize rapports sexuels par jour, ce qui a fini par sonner le glas de son couple. «Etant souvent d’anciens champions, les entraîneurs possèdent eux aussi des taux de testostérone naturellement élevés.»
Il ne fait pas de doute que d’autres facteurs, notamment d’ordre psychologique, tel un sentiment de supériorité lié à la notoriété sportive, favorisent la prédation sexuelle. Si le mur du silence, à peine fissuré, finissait par se briser, probablement se dévoileraient-ils au grand jour.

Philippe Lambert

Mise à jour le Mercredi, 08 Août 2018 10:23
 

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