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top news photography Le jour où les médecins voteront l'aide au suicide en Suisse

Dans l’aide au suicide, les frontières bougent et les barrières tombent. La pratique reste marginale, avec 286 personnes accompagnées en Suisse romande l’an dernier, selon les chiffres de l’association Exit. Mais la tendance est à la hausse. Le 25 octobre, le parlement de la FMH se prononcera sur de nouvelles directives: même des personnes en bonne santé mais «fatiguées de vivre» pourraient demander le suicide assisté. Ce vote fait débat. Pour en savoir plus...
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Articles 2018 - A la Une
Écrit par Administrator   
Jeudi, 02 Août 2018 00:00

 

Hiroshima

Et la bombe tomba

 

 

 

Il «A 8h15 du matin, le 6 août 1945, la première bombe atomique de l’histoire de l’humanité a été lancée sur Hiroshima. Ici reposent les cendres de dizaines de milliers de ses victimes.» En lisant ces lignes inscrites sur l’un des monuments du vaste site mémoriel d’Hiroshima, facilement accessible depuis la gare de cette agglomération d’un million d’habitants (255’000 en 1945), le voyageur sait que son excursion ne ressemblera à aucune autre.

 

 

2018-31-22ALa tranquillité des lieux et la beauté des jardins contrastent avec la terrible histoire que racontent chaque stèle, tertre et statue portant l’inscription «à la mémoire de...» entourées d’étangs «de la paix» et autres fontaines «des prières». Les touristes, en majorité japonais, déambulent en silence, priant parfois les mains jointes.

Premier choc: le Dôme de la bombe A. Point de départ de la visite du Parc du Mémorial de la paix d’Hiroshima, un espace de 122’100 mètres carrés entièrement réaménagés en 1995 à l’occasion du 50e anniversaire de la commémoration des victimes de la bombe atomique. Ce dôme est le symbole le plus connu de la destruction de la ville. Conçu par un architecte tchèque en 1915, il abrita le Palais préfectoral de la promotion industrielle d’Hiroshima jusqu’à ce que la bombe explose à quelques mètres de là.
Toutes les personnes présentes dans le dôme périrent instantanément. Partiellement détruit, le bâtiment resta néanmoins par miracle debout et fut conservé en l’état. Il est classé au Patrimoine mondial de l’UNESCO depuis 1996 et appelle à l’abolition des armes nucléaires. Profitant de l’afflux des touristes, une Japonaise d’une cinquantaine d’années, bien protégée du soleil sous son chapeau, brave la touffeur typique du sud de ce pays insulaire pour récolter des signatures contre la prolifération des armes atomiques.
Avant de se lancer dans la découverte du parc, encadré par les deux bras du fleuve Ota, certains font un détour du côté du pont Aioibashi au-dessus duquel, à 600 mètres dans les airs, le feu nucléaire s’est répandu sur Hiroshima. «Si l’on veut maximiser les effets de l’explosion, explique Sean L. Malloy, professeur d’histoire de l’Université de Californie dans un do­cumentaire saisissant réalisé par Arte en 2015, il faut la déclencher dans les airs, parce que le souffle va toucher une zone très vaste. Avec cette méthode, on a plus de mal à détruire les cibles militaires comme les bunkers et les structures en béton armé.»
Mais l’arme livrée au président américain Harry Truman dans les derniers mois de la Seconde Guerre mondiale n’était pas conçue dans ce but: «L’objectif était de maximiser les effets destructeurs sur les constructions légères et les habitations, bref de tuer un maximum de civils».

2018-31-22BPour les hibakusha

Au centre du parc crépite la flamme de la Paix – difficile à apercevoir en plein soleil –, censée brûler jusqu’à ce que toutes les armes nucléaires de la planète soient éradiquées. Devant ce symbole, un long bassin bordé d’arbres s’étire jusqu’au cénotaphe, une arche en granit fleurie sous laquelle reposent une collection de noms et de portraits des victimes connues de la bombe atomique: les hibakusha.
Si le visiteur porte son regard en direction du bassin, à travers l’arche, il aperçoit la flamme de la Paix et, à l’horizon, de l’autre côté du fleuve, le Dôme de la bombe A. Le tout est parfaitement aligné. Au nord du chemin qui sépare le parc en deux s’élève le Monument des enfants pour la paix érigé en mémoire d’une petite fille. Comme des milliers d’autres enfants soumis aux radiations émises par les bombes d’Hiroshima (6 août) et de Nagasaki (9 août), Sadako Sasaki développa une leucémie à l’âge de 11 ans – soit une décennie après l’explosion – et succomba après huit mois de lutte contre la maladie.

Les mille grues

La mourante avait décidé de confectionner, avec du papier plié (origami), un millier de grues, oiseau symbole de longévité et de bonheur au Japon. Sadako était convaincue qu’elle guérirait si elle atteignait son objectif. Ses camarades décidèrent de terminer le pliage à sa place. Depuis, d’innombrables guirlandes de grues – envoyées par des écoliers du Japon et du monde entier – décorent les locaux du parc d’Hiroshima, dont l’oiseau de papier est devenu l’un des emblèmes.
Une autre statue rappelle que les Japonais n’ont pas été les seuls à mourir: 10% des victimes de «Little Boy» étaient coréennes, la plupart ayant été déportées de force durant la guerre pour travailler dans les usines nippones. Une grande tortue portant sur son dos une longue stèle célébrant les Coréens disparus représente le passage de ces âmes d’un monde à l’autre. Des couronnes d’origami colorés entourent le cou de la statue régulièrement fleurie par les voyageurs.

Tricycle carbonisé

Au bout du parc, le Musée du Mémorial de la paix d’Hiroshima, le bâtiment le plus important de la ville, est de loin le site le plus impressionnant. Les visiteurs découvrent avec effroi comment les objets et les corps se tordent et se déforment sous la force de l’atome. A l’entrée, un tricycle carbonisé. Puis des uniformes d’écoliers en lambeaux. Une montre arrêtée sur 8h15, une boîte de pique nique d’un enfant fondue, une bouteille en verre si déformée que seul le descriptif permet de savoir ce qu’elle était avant la déflagration...
Lors de l’impact sur un kilomètre et demi, la température dépassa de cinq degrés celle de la surface du soleil. Des témoins décrivent l’anneau de feu rouge et aveuglant qu’ils aperçurent au moment de l’explosion. Et surtout, les terribles blessures qu’elle leur infligea. «Le sable brûlant de la cour de récréation fut projeté dans mon dos, témoigne une dame aux cheveux blancs. Je me suis évanouie avant d’atteindre l’abri.» Un grand-père lourdement marqué au visage se souvient: «Mes oreilles ont été arrachées et mes lèvres ont fondu. Je courrais avec ma chemise en feu, certain que j’allais mourir». Les éclats des vitres tailladent la chair et défigurent. Ceux qui ne sont pas tués par l’onde de choc sont désintégrés ou brûlés par les incendies qui se propagent instantanément dans une ville construite en bois et en papier de riz.

Pluie noire mortelle

Dix kilomètres carrés du centre-ville pulvérisés et 80’000 personnes tuées sur le coup en cinq petites secondes.
Quand une pluie noire se mit à tomber, éteignant les incendies, les survivants remercièrent le ciel. Pourtant, cette eau radioactive contamina tout sur son passage. Ceux qui en burent tombèrent comme des mouches.
Au final, entre 140’000 et 250’000 hommes, femmes et enfants périrent à Hiroshima et entre 60’000 et 80’000 à Nagasaki. Tués sur le coup ou mourant de la «peste nucléaire», comme l’écrira un journaliste australien, le seul à avoir franchi le blocus imposé par les Américains pour cacher ce carnage et, surtout, les expériences menées par les scientifiques sur les patients atomisés. Le gouvernement américain détenait l’arme la plus puissante du monde, il fallait donc tout étudier et documenter. Quitte à traiter les civils comme des cobayes.

2018-31-24BLes mains fantômes

Au milieu du chaos, des gravats et de la fumée, des silhouettes hirsutes, les chairs à vif, titubaient dans les rues. La peau des avant-bras des enfants portant des manches courtes, non «protégés» des rayons gammas et des isotopes radioactifs par le tissu, se ratatinaient jusqu’aux ongles et pendaient au sol. Ce sont les «mains fantômes», un terme inventé par les Japonais pour décrire ces gens brûlés dont on n’apercevait plus les mains...
Eprouvante, la visite est néanmoins organisée de manière à ce que chacun puisse lire et s’informer sans que rien ne lui soit imposé. La façon de présenter les photographies rend la présence d’enfants possible même s’il vaut mieux se préparer aux questions difficiles. Pourquoi ont-ils lancé cette bombe? N’y avait-il pas une autre solution? Et la deuxième bombe, pourquoi l’avoir larguée sur Nagasaki?

Mal nécessaire?

Les Américains n’avaient pas le choix. Pour épargner la vie de leurs soldats qui vivaient l’enfer dans le Pacifique face à des kamikazes fanatiques, les dirigeants devaient utiliser la seu-le arme susceptible d’obliger l’empereur du pays du Soleil-Levant à capituler rapidement. Connue sous le nom de Necessary Evil, cette explication est encore répandue aujourd’hui.
Pourtant, des recherches récentes basées sur des documents officiels américains et japonais montrent qu’un cessez-le-feu était en négociation avec le Japon et que la guerre était sur le point de se terminer.
«Mais les autorités avaient investi des millions dans cette arme, conclut le professeur d’histoire Sean L. Malloy. Ils voulaient la tester en conditions réelles et montrer au monde – aux Russes surtout – qui commandait.» Et Nagasaki? «C’était pour démontrer que les Etats-Unis étaient capables de produire autant de bombes que nécessaires.»

Cédric Reichenbach

Mise à jour le Jeudi, 02 Août 2018 08:48
 

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