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Homo Helveticus. L’homme helvétique. Un titre qui sonne comme le nom d’une espèce disparue au paléolithique. Ou qui évoque la quête d’un individu plus complexe qu’il n’y paraît derrière son air statufié. C’est cette piste qu’a suivie Didier Ruef sans trop savoir où elle le mènerait. Elle ressemble à un labyrinthe identitaire entre Alpes, Plateau et Jura, de Chiasso à Bâle en passant par Euseigne, Engelberg et l’inévitable prairie du Grütli. Un parcours de trente ans, de 1987 à 2017, pas si fléché que cela. Pour en savoir plus...
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Articles 2018 - A la Une
Écrit par Administrator   
Mercredi, 18 Juillet 2018 00:00

 

Reportage

Saint-Marin, terre de liberté

 

 

 

 

Perchée sur le mont Titan, la vieille ville fortifiée de Saint-Marin est l’une des plus anciennes républiques du monde, enclavée à l’intérieur de l’Italie. Déambulation dans ses rues médiévales et ascension de ses trois tours.

 

 

2018-29-20A«Mon passeport intrigue souvent les douaniers. Ils se demandent si la République de Saint-Marin existe bel et bien. Sur certains continents, la situation est parfois cocasse, voire stressante, lorsque Saint-Marin ne figure pas sur la liste d’entrée, que ce soit avec ou sans visa», explique Maria Rosa, originaire de San Marino, le nom italien de Saint-Marin. L’une des plus anciennes républiques du monde n’est pas tirée d’un roman, mais bien située entre les régions italiennes de l’Emilie-Romagne et des Marches.

Peu de voyageurs parlent l’italien à l’arrêt de bus à destination de Saint-Marin, situé en face de la gare centrale de Rimini, ville du nord de l’Italie au bord de l’Adriatique. Nous voici en route entre deux déclics d’appareils photo; des mots fusent en russe, en espagnol, en anglais,... Après 22 kilomètres, le bus pénètre dans le territoire saint-marinais. Une route sinueuse traverse Serravalle, Domagnano et Borgo Maggiore; après 32 km et cinquante minutes environ, me voici arrivée sur la grande place Marino Calcigni, au pied de la vieille ville fortifiée de Saint-Marin.

Crise sous contrôle

Les passagers se précipitent sur le panneau indiquant les horaires de retour avant même de se laisser séduire par la vue plongeante sur le Borgo Maggiore, l’une des neuf communes de la République de Saint-Marin.
Un demi-tour et me voici face à une côte. Je suis motivée, malgré son escarpement, pour la gravir. Impatiente de découvrir les trois sommets de ce troisième plus petit Etat d’Europe après le Vatican et Monaco.
«Ici, tout le monde se connaît», me lance un habitant. Ils sont 34’000 résidents répartis sur 61 km2. En été, pas évident de les rencontrer, emportés qu’ils sont par le flot des visiteurs. «En hiver, ce n’est guère mieux, car peu de Saint-Marinais vivent intra-muros», m’explique le glacier.
Etonnamment, c’est en Italie que je les ai croisés... au hasard de conversations. Avec Graziella, cafetière à Riccione: «Mon copain est Saint-Marinais. Il a plusieurs avantages par rapport à ceux qui vivent en Italie, par exemple la gratuité de l’hôpital, la TVA, qui est de 17% au lieu de 22%,  parfois encore moins sur le matériel usagé». Et de m’interpeller: «Vous a t-on parlé de l’argent non déclaré?».

2018-29-23CLes os de Titanus

Autrefois, Saint-Marin était un paradis fiscal. Aujourd’hui, le secret bancaire a été levé. La crise mondiale de 2008 a mis les banques du micro-Etat en difficulté. La Caisse d’Epargne par exemple, la plus grande banque publique du pays. De nationalités suisse et égyptienne, Wafik Grais a été nommé président de la Banque centrale de la République de Saint-Marin par le Grand Conseil général le 21 janvier 2016. Même s’il ne parle pas l’italien, il possède un atout majeur pour rassurer les organisations internationales: vingt-sept ans d’expérience à la Banque mondiale.
L’économie du pays n’intéresse sans doute pas les visiteurs, venus plutôt découvrir le mont Titan, à 739 mètres au-dessus du niveau de la mer. Son origine et son étymologie titillent ma curiosité comme elles ont titillé celle de l’écrivain français Hippolyte Nicolas Just Auger (1796-1881), qui écrivait en 1827 dans son Essai historique sur la République de San Marino: «[...] un mont escarpé, sur la hauteur duquel la ville, la population entière, le gouvernement de la République de San Marino existent en liberté: mont connu, dans l’Antiquité, sous le nom de Titan».
L’écrivain rapporte plusieurs hypothèses dont celle fondée sur la découverte au 16e siècle, d’une tombe contenant des ossements humains de dimensions extraordinaires sur laquelle on lisait cette seule inscription: Titanus.
Les savants affirmèrent que cette sépulture était celle d’un soldat de Pompée renommé, aux dires de Pline et de Solin, pour sa constitution robuste et sa force extraordinaire. Ils en conclurent que le nom de la montagne venait de ce géant qui y avait reçu les honneurs funèbres.
Je déambule dans les rues médiévales pavées et accède aux édifices grâce aux escaliers de pierre qui relient les monuments aux places fortes perchées sur les trois sommets. Guaita (12e siècle) est la plus grande et la plus ancienne des trois forteresses qui dominent la ville. La seconde tour (13e siècle), appelée Ces-ta o Fratta, occupe la pointe la plus élevée du mont Titan (756 mètres). Tour de guet à l’époque romaine, elle abrite aujourd’hui le musée d’armes anciennes. Isolée sur le côté sud-est, la troisième tour, Montale (13e siècle), a joué un rôle important lors des combats contre Malatesta au 15e siècle.
En fin de journée, la physionomie du Titan n’interpelle pas que mes mollets! Hippolyte Auger s’interroge: «Ne se pourrait-il pas que le mont-Titan, reposant sur une terre fragile chargée d’alumine, eût un jour perdu son équilibre et que sa lourde masse eût reçu un ébranlement si fort qu’il s’en fût détaché une partie? Ce qui explique sa physionomie actuelle. Quoi qu’il en soit, ce désastre, ne laissant à la montagne qu’un seul chemin praticable pour arriver à sa sommité, a sans doute contribué à la sécurité des citoyens, la faisant devenir pour toujours l’asile et le refuge de la liberté». L’histoire de l’identité saint-marinaise débute en l’an 301. Marinus, un pieux tailleur de pierre originaire de Rab, voulant échapper aux persécutions de l’empereur Dioclétien, quitte Rimini au début du 4e siècle pour se réfugier sur le mont Titan. La communauté religieuse qu’il fonde, et qui portera son nom, s’agrandit, se fortifie et devient autonome au 11e siècle. Deux siècles plus tard, elle sera une république.

Admirable liberté

La liberté est matérialisée par une statue en marbre blanc de Carrare située sur la place de la Liberté, entre le Parva Domus, siège du Secrétariat d’Etat aux affaires intérieures, et le Palais public qui abrite notamment les capitaines-régents (chefs de l’Etat). Ce micro-Etat est présidé depuis 1243 par deux capitaines-régents qui parlent d’une même voix; ils sont élus tous les six mois du 1er avril au 1er octobre et inversement.  
Une liberté chère aux habitants: «Nous sommes fiers de ne pas avoir été dominés. L’amour de la liberté est un sentiment unique ressenti depuis des siècles», me lance une marchande de timbres faisant le bonheur des passionnés de philatélie.
Libertas, la liberté en latin, flotte au vent sur le drapeau. Une liberté que même le général Napoléon Bonaparte respecta au cours de sa campagne de 1797. Il appela Saint-Marin «l’échantillon de la liberté». Une liberté qui a forcé l’admiration de l’UNESCO. En 2008, elle a inscrit le centre historique et le mont Titan à son patrimoine: «Saint-Marin est un témoignage exceptionnel d’une tradition culturelle vivante qui perdure depuis sept cents ans». Longue vie à San Marino.

Patrica Laguerre

 Les forces armées 

2018-29-23ASi durant des siècles, la fonction des organismes militaires était la défense armée de la liberté de la République, aujourd’hui ils constituent un corps de paix. Le service militaire n’étant pas obligatoire, les citoyens âgés de 16 à 65 ans peuvent s’inscrire.
La gendarmerie
Instituée en 1824, elle est surtout responsable de la répression du crime. Elle relève directement de la cour judiciaire.
La garde du rocher
Autrefois, ce corps militaire était appelé les Gardiens du fort. Il constituait le système de défense de l’artillerie. Aujourd’hui, identifiables par la couleur vert vif de leurs uniformes, ils sont chargés de faire appliquer les lois et de contrôler les frontières de l’Etat. La cérémonie de la relève de la garde attire de nombreux touristes.
La police civile
Une force de police non militaire à la chemise jaune caractéristique qui, le cas échéant, travaille en collaboration avec la gendarmerie. Ses tâches consistent à contrôler la circulation, à veiller à l’exercice des libertés et des droits des citoyens et à l’ordre et la sécurité publique.

Mise à jour le Mercredi, 18 Juillet 2018 09:50
 

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