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top news photography Le jour où les médecins voteront l'aide au suicide en Suisse

Dans l’aide au suicide, les frontières bougent et les barrières tombent. La pratique reste marginale, avec 286 personnes accompagnées en Suisse romande l’an dernier, selon les chiffres de l’association Exit. Mais la tendance est à la hausse. Le 25 octobre, le parlement de la FMH se prononcera sur de nouvelles directives: même des personnes en bonne santé mais «fatiguées de vivre» pourraient demander le suicide assisté. Ce vote fait débat. Pour en savoir plus...
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Articles 2018 - A la Une
Écrit par Administrator   
Mercredi, 04 Juillet 2018 00:00

 

Les têtes couronnées

L'Helvétie, ce refuge pour les rois et les reines

 

 

 

 

Cet été, l’Echo Magazine se penche sur les liens entre les monarques et la Suisse. Pourquoi des princesses de contes de fées et des rois déchus ont-ils séjourné dans la Confédération? Entre tragédies de l’histoire et besoin de quiétude, tour d’horizon introductif d’une question séculaire.

 

 

2018-27-10ALa Suisse est une île au cœur du Vieux Continent. Cette métaphore, déclinée à l’envi jusqu’à élimer le dernier fil du drapeau rouge à croix blanche, revient fréquemment pour caractériser le destin de la Confédération. Dans le paquebot européen qui tangue régulièrement, jadis de guerres en famines, aujourd’hui de crises économiques en incertitudes politiques, le radeau helvétique fait figure de roc. Ce n’a pas toujours été le cas. Mais l’important n’est pas les conflits passés, les dilemmes oubliés, les contradictions gommées. C’est d’abord l’image que l’on donne de soi.

Une image qui, dans le cas présent, correspond à une réalité même si elle est auréolée de fantasmes sciemment entretenus; quel Etat ne s’adonne pas à cet exercice d’autopromotion?

Île dans la tempête

Personne ne peut nier que la Suisse, depuis la guerre civile du Sonderbund au milieu du 19e siècle, quand les progressistes radicaux, urbains et protestants remportèrent la mise fédérale sur les conservateurs catholiques ruraux, a réussi à se développer sans passer par des bouleversements majeurs.
Ailleurs en Europe, le cours politique est plutôt allé de révoltes en révolutions, et plus d’une tête couronnée est tombée au gré des régimes renversés. Chez Dame Helvetia, les changements se sont déroulés de façon plus feutrée, avec moins de chaos et de passions néfastes. Une qualité appréciable quand votre navire prend l’eau et que vous espérez un rivage accueillant, de préférence pas trop éloigné de vos pieds déjà mouillés.
Or, les monarques de la Vieille Europe sont depuis deux siècles aux premières loges pour savoir qu’ils ne bénéficient plus des assurances foncières que l’Ancien Régime avait vocation de maintenir.
Depuis que Louis XVI a été guillotiné sur la place de la Concorde, les rois et les reines ont plus d’un souci à se faire. Sous l’Ancien Régime, qui était taillé à leur mesure, ils faisaient face aux sièges de leurs châteaux, aux épidémies, aux querelles de filiation, aux complots ourdis dans leurs propres palais. Rien n’était facile. Mais l’institution royale n’était pas (vraiment) remise en cause.
Les féodaux en colère voulaient avant tout du pain, de la terre et la paix. Ils savaient s’incliner devant un potentat magnanime et distinguaient un bon d’un mauvais monarque: le capétien Jean II le Bon n’eut pas la même réputation auprès de ses sujets que la reine de Castille et d’Aragon Jeanne la Folle; avec de tels surnoms, on s’en doute. L’idée de décapiter une couronne multiséculaire confinait au sacrilège. Et le monde était alors pétri de déférence chrétienne.

La Révolution, ce trauma

Avec Robespierre et les adeptes guère charitables de la Terreur républicaine – l’ouragan napoléonien n’arrangea pas grand-chose –, les têtes couronnées furent décontenancées par ces changements trop brusques. Suite à l’exil du petit Corse à Sainte-Hélène, ils crurent que la Restauration ramènerait l’ordre grâce au chancelier Metternich, un Autrichien au service des Habsbourg qu’aurait loué Machiavel si le Florentin n’avait pas eu comme maîtres les Médicis. Ils se trompèrent.
Le 19e siècle fut celui des nations. Et qui dit nation dit peuple, Constitution, souveraineté, Parlement, président – non plus tête couronnée. A moins d’habiller subtilement la monarchie de démocratie, comme les Anglais furent les premiers à le faire avant que les Scandinaves n’excellent dans le genre. Ou de croire, envers et contre tout, en une «République au roi dormant» (l’expression est de Bertrand Renouvin) qui un jour accepterait d’être coiffée symboliquement d’une couronne; mais la France semble définitivement une République à l’inconscient monarchique, dénigrant sa colonne vertébrale royaliste.

Chemins de l’exil

Durant le 19e siècle, les souverains qui se maintinrent sur leurs trônes se rangèrent au mieux dans le camp des despotes éclairés, au pire dans celui des réactionnaires rétifs à tout changement. Les secousses de 1830 et le printemps des peuples de 1848 les dressèrent encore plus sur leurs ergots. Dynastie prussienne des Hohenzollern, autrichienne des Habsbourg, Bourbons d’Espagne, etc. Ces lignées, et leur parenté plus modeste, n’étaient pas au bout de leurs déconvenues.
Avec la révolution bolchévique, ils apprirent que Lénine et ses sbires étaient encore plus mal intentionnés à leur encontre que tous les Saint-Just de la Terre. Empires effondrés. Assassinat des Romanov. Spoliations. Ruine. Exil... Dans l’entre-deux-guerres, l’Europe découvrit les Russes blancs, qui parlaient mieux le français que Poincaré et lisaient Proust dans le texte, question d’éducation. Ils se retrouvaient chauffeurs de taxi à Paris ou à Berlin dans un roman de Joseph Kessel. Mais la guerre revint avec Hitler, qui n’aimait pas plus les rois que Staline...
Suite à la victoire de l’Armée rouge sur le IIIe Reich, ce qui restait des souverains dans les Balkans se retrouva dans les pages exotiques de Point de vue, images du monde. Le roi Zog Ier d’Albanie? Congédié en Angleterre, puis en Egypte, enfin en France. Siméon II? A Alexandrie, en Espagne, mais interdit de Bulgarie. Le roi Michel Ier de Roumanie? Un homme d’honneur qui trouva modestement refuge à Versoix, sur les rives genevoises du Léman.

Vertus suisses

La Suisse, justement, les familles royales ne l’avaient jamais oubliée dans les fracas de l’histoire. Au 19e siècle, quand l’Helvétie radicale accueillait les carbonari italiens et les insurgés hongrois, les Habsbourg regardaient d’un mauvais œil cette terre de refuge, trop démocratique à leur goût. Mais les capitales royales se mirent peu à peu à considérer d’un œil plus aimable la neutralité de ces montagnards confédérés avec leurs vertus de prudence et d’équilibre, leur recherche de stabilité, leur diplomatie préférant le dialogue construit au chambardement de l’ordre établi.
Etrange qu’un petit pays qui n’a jamais voulu de monarque à sa tête attire les rois et les reines. Bizarre pour une Confédération qui s’est formée par agrégat, à l’abri de toute dynastie. Vraiment? Les monarques déchus ou chancelants semblent alors avoir reconnu en Dame Helvetia une survivance du monde d’autrefois, un monde qui était le leur... Ils ont pris cons-cience des qualités de cet ensemble fragile, mais bel et bien résistant. De cet assemblage de cantons qui a su composer un pays cohérent là où le royaume d’Italie, par exemple, a préféré soumettre au centralisme romain ses principautés, au caractère pourtant riche et trempé.
La Confédération est née de siècles de maturation, un processus peu évident qui n’a pas rejeté les lentes élaborations de l’histoire. Républicaine d’esprit, et Guillaume Tell l’est éminemment, la Suisse n’en a pas la raideur à l’image de la France. Multiculturelle par nature, elle aurait pu être l’extension occidentale d’un empire d’Europe centrale: n’en est-elle pas une version alternative plus modeste et démocratique? Entre Alpes et Jura, elle s’est aussi dotée d’une mentalité de forteresse avant que, durant les Trente Glorieuses, l’armée et les banques en fassent un bunker doublé d’un coffre-fort.

2018-27-12AGarantie de stabilité

En somme, la Suisse est un puzzle aux racines médiévales qui a réussi à faire corps avec la modernité. Si la sérénité de ses vieux sanatoriums cache plus d’une névrose, le fait que l’on y soit moins intrusif qu’ailleurs dans la vie privée est hautement appréciable. Dans l’inconscient dynastique, tout cela a de quoi séduire: luxe (discret), calme (assuré) et volupté (à l’abri des palaces et des résidences secondaires). Les maisons royales ont aussi la mémoire longue: elles savent que nombre de leurs faits d’armes sont dus à la bravoure des mercenaires suisses (encadré p.12).
Se préserver des affres et des affaires du Vieux Continent tout en y participant de biais: telle pourrait être une définition de la Suisse. Elle le fit autrefois avec l’engagement à l’étranger de ses soldats dans un marché qui eut le poids du sang et de l’argent mêlés. Connue pour son souci de la pédagogie – merci Rousseau et Pestalozzi! –, elle le fit aussi avec ses nombreux précepteurs et gouvernantes (voir p.13) qui enseignèrent le français et les bonnes manières aux souverains avant de faire de même avec les riches bourgeois.

La roue a tourné

La Suisse présente ainsi plus d’un atout, inconscient ou non, afin de garantir la quiétude de souverains que la modernité libérale et l’extrémisme totalitaire ont voulu remiser au musée ou aux oubliettes de l’histoire. Asile démocratique pour les progressistes persécutés par les monarques au 19e siècle, elle a fait preuve d’hospitalité envers ces mêmes rois en fâcheuse posture. Quelle ironie de l’histoire...
Au 20e siècle, des têtes couronnées ont pris la place des réfugiés socialistes et des indépendantistes d’hier. Entre-temps, la Suisse s’est enrichie. Ses banques ont présenté d’autres garanties, souvent moins glorieuses qu’un destin brisé raconté par Frédéric Mitterrand ou Stéphane Bern. Elle a aussi pour assurance sa neutralité, même si la fin de la guerre froide a fait craindre que ce principe politique plus actif que vraiment passif ne soit vain. Une neutralité et une sérénité qui permettent de ne pas ajouter du sel sur les plaies de celles et ceux qui, dans l’exil, forcé ou volontaire, se languissent de leurs trônes perdus.

Thibaut Kaeser

 Le sang des Suisses 

Que serait la France, «mère des arts, des armes et des lois», versifiait Du Bellay, si les hallebardiers helvètes ne s’étaient pas battus en son nom durant quatre siècles? Et si les rois capétiens n’avaient pas eu leurs Cent-Suisses et leurs Gardes suisses, sacrifiés aux Tuileries le 10 août 1792? Le Lion de Lucerne commémore ce massacre. En visitant ce monument, Mark Twain écrivit: «C’est la pièce de pierre la plus triste et émouvante du monde». A sa suite, plus d’un noble britannique, hollandais, espagnol, sarde, napolitain ou autre a dû se souvenir des unités suisses qui servirent loyalement ses ancêtres. Sur les champs de bataille d’Europe et d’outre-mer.
Du 13e siècle à 1848, date de l’interdiction du service étranger (mais le mercenariat a subsisté), un million et demi de Suisses ont guerroyé pour des souverains étrangers. Vers 1500, à l’époque de la défaite de Marignan (1515), qui marqua le coup d’arrêt des appétits helvétiques au Sud des Alpes, leur proportion était d’environ 10 à 12% de la population (600’000 personnes). Seule la misérable Irlande l’égalait. Entre 5 et 20% des mercenaires suisses désertaient et 25 à 40% d’entre eux ne rentraient pas au pays, morts arme à la main ou de maladie. Certains restaient à l’étranger. La France, qui fit le plus grand usage des mercenaires suisses, accordait des privilèges (droit de s’établir et de travailler). Les puissances étrangères avaient intérêt à maintenir la Suisse en paix étant donné qu’elle était un vivier de soldats réputés féroces et fidèles.

TK

  Précepteurs et gouvernantes

Le préceptorat est une longue tradition. Cette éducation complète s’adressant à une élite apparut dans la noblesse au 17e siècle. A mesure que la bourgeoisie connut son ascension, elle adopta cette pratique pédagogique. Ce métier représentait une autre voie professionnelle, considérée et attractive, pour celles et ceux qui ne voulaient pas d’une carrière religieuse (pastorat ou prêtrise) ou pour des scientifiques à la recherche (ou en attente) d’un poste.
Le préceptorat trouva en Suisse nombre de candidats. Plus d’un auteur d’ouvrage pédagogique a fait son expérience de l’enseignement grâce au préceptorat tel Jean-Jacques Rousseau, signataire de L’Emile, référence du genre. Les âmes aventurières étaient aussi attirées par ce mode de transmission du savoir. Les exemples sont nombreux.
Au 18e siècle, les Vaudois Frédéric-César de La Harpe (pourtant un révolutionnaire), Jeanne Huc-Mazelet et Esther Monod s’occupèrent de l’éducation des petits-fils de Catherine II. Une émigration suisse avait tissé des liens avec la Russie tsariste aujourd’hui quelque peu oubliés... Mais Alexandre Ier s’en souvint lorsqu’il plaida pour le maintien d’une Suisse indépendante lors du Congrès de Vienne en 1815.
Pour les femmes, romandes surtout, le préceptorat permettait d’avoir une activité rémunérée et d’acquérir une indépendance économique. Au 19e siècle, ne voyant guère d’opportunités en Suisse, de nombreuses jeunes Romandes célibataires, issues de la bourgeoisie cultivée mais pas seulement, se rendaient en Russie, où le français était la langue de la culture. Cette tradition sut trouver d’autres horizons. Ainsi les palais royaux et les manoirs bourgeois d’Europe avaient très souvent «leur» Suisse ou Suissesse, qui donnait fréquemment une bonne image de la Confédération.

TK

Mise à jour le Mercredi, 04 Juillet 2018 15:19
 

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