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top news photography Le jour où les médecins voteront l'aide au suicide en Suisse

Dans l’aide au suicide, les frontières bougent et les barrières tombent. La pratique reste marginale, avec 286 personnes accompagnées en Suisse romande l’an dernier, selon les chiffres de l’association Exit. Mais la tendance est à la hausse. Le 25 octobre, le parlement de la FMH se prononcera sur de nouvelles directives: même des personnes en bonne santé mais «fatiguées de vivre» pourraient demander le suicide assisté. Ce vote fait débat. Pour en savoir plus...
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Articles 2018 - A la Une
Écrit par Administrator   
Mercredi, 23 Mai 2018 00:00

 

France

Violente offensive contre l'homéopathie

 

 

 

Les médecines alternatives sont «irrationnelles et dangereuses», affirme une tribune signée par plus de 2000 professionnels français de la santé. Les homéopathes montent aux barricades. En Suisse, ils n’ont rien à craindre.

 

2018-21-12A

Les médecines alternatives, et en premier lieu l’homéopathie, ne devraient plus être remboursées par la Sécurité sociale: tel est le pavé lancé par une tribune publiée dans Le Figaro du 19 mars dernier. Signée au départ par 124 médecins, elle a reçu le soutien de plus de 2000 professionnels de la santé. Tous considèrent que ces traitements relèvent de la fake medicine, un adjectif anglais qui désigne quelque chose de «faux» ou de «truqué».
Bref, tout sauf un compliment pour parler de l’homéopathie ou de l’acupuncture. «De ces pratiques, qui ne sont ni scientifiques ni éthiques, mais bien irrationnelles et dangereuses, nous souhaitons nous désolidariser totalement», affirment ces praticiens qui veulent le déremboursement des médicaments homéopathiques, pris en charge à 30% par la Sécu.

Plaintes en vue

La polémique a rebondi début mai avec la décision du Syndicat des médecins homéopathes français de porter plainte contre les premiers signataires de cette tribune. Le syndicat entend les dénoncer devant l’Ordre des médecins pour «non-confraternité». «J’aimerais dire aux signataires que les milliers de médecins qui utilisent l’homéopathie sont tout aussi compétents qu’eux», proteste leur président, le docteur Charles Bentz.
La querelle a eu pour l’instant peu d’écho en Suisse, où le peuple a fait le choix de financer les célèbres pastilles homéopathiques (voir encadré). En France, par contre, elle a déclenché une cascade de réactions. Tout en regrettant la «forme véhémente» de la tribune, le Conseil de l’Ordre a demandé à l’Académie de médecine de se prononcer sur ces thérapies non conventionnelles.
Le laboratoire français Boiron, leader mondial du secteur, se refuse à prendre position. Mais il précise que les produits homéopathiques représentent «un coût faible pour l’assurance-maladie puisqu’ils ont représenté 0,29% des remboursements» de médicaments en 2016. Soit 56 millions d’euros (66 millions de francs) sur un total de 19 milliards. Le laboratoire précise aussi que 25% des généralis­tes et 75% des sages-femmes prescrivent très régulièrement des remèdes homéopathiques. Et surtout que 50% des Français y ont déjà eu recours.

«Pas que les bobos»

«Ce n’est quand même pas sans raison si autant de patients se tournent vers l’homéopathie», lance le docteur Antoine Demonceaux, généraliste homéopathe à Reims. Installé depuis trente-cinq ans, ce médecin affirme avoir vu s’élargir le cercle de ses patients. «Au début, c’était plutôt les classes moyennes supérieures assez bobos et intellos. Aujour­d’hui, toutes les catégories sociales viennent me voir», affirme-t-il.
Mais pourquoi d’autres médecins attaquent-ils une pratique peu coûteuse et dont beaucoup de patients se déclarent satisfaits? «Le rôle d’un médecin n’est pas de faire plaisir au patient, mais de lui proposer, si nécessaire, des traitements dont l’efficacité a été validée scientifiquement. Ce qui n’est pas le cas de l’homéopathie», répond le docteur Jérémy Descoux, cardiologue, un des initiateurs de la tribune. «Moi, cela me fait plaisir d’écouter l’œuvre intégrale d’Ennio Morricone. Mais je ne demande pas à la Sécu de me rembourser mes disques!», ajoute un autre signataire, le docteur Christian Lehmann, médecin généraliste et écrivain.

2018-21-10ALe bisou magique

Ces médecins ne nient pas le fait que nombre de patients ont le sentiment d’aller mieux avec l’homéopathie. Ils l’expliquent notamment par un effet placebo. C’est ainsi qu’on appelle les bénéfices apportés par un produit qui a l’apparence d’un vrai médicament, mais qui ne contient aucune substance active. On connaît aussi l’exemple des enfants qui calquent leur comportement sur celui de la personne qui leur donne un traitement en disant que cela va aller mieux. «Tous les parents ont fait l’expérience du ‘bisou magique’ qui guérit les petits bobos», disent ces médecins.
Selon eux, l’homéopathie «guérit» aussi des petites affections qui auraient évolué de la même manière sans médicament. «Quand on a un rhume, pas besoin de granules. Il faut se moucher et attendre que ça passe», indique le docteur Descoux. «Ce qui pose problème avec l’homéopathie, c’est qu’on soigne l’inutile en surmédicalisant les patients», poursuit ce cardiologue.
«Le rôle du médecin n’est pas de garder son attitude paternaliste en faisant à croire à son patient qu’il va tout arranger en lui faisant une ordonnance. Mais d’avoir un discours responsable en lui expliquant que son état, parfois, ne nécessite ni ordonnance ni médicament», affirme de son côté le docteur Lehmann.

Moins d’antibiotiques

C’est «un mauvais procès», rétorquent les homéopathes. «On prescrit au contraire moins de médicaments que nos collègues», affirme le président de leur syndicat, le docteur Bentz, en évoquant l’étude EPI 3 menée par des experts indépendants et financée par le laboratoire Boiron. Cette enquête, conduite entre 2005 et 2012 auprès de 8’000 patients et 800 généralistes, a montré que les médecins homéopathes prescrivent deux fois moins d’antibiotiques et d’anti-inflammatoires non stéroïdiens et trois fois moins de psychotropes.
Les homéopathes récusent aussi l’affirmation selon laquelle ils ne soigneraient que des bobos qui guériraient tout seuls. «Je soigne régulièrement des enfants qui jusque-là faisaient des otites à répétition et qui avalaient sans arrêt des antibiotiques. Avec l’homéopathie, on réduit aussi de 30% les récidives de bronchiolites», affirme le docteur Demonceaux.
Mais le trait le plus polémique est sans doute l’accusation de dangerosité portée contre l’homéopathie. «Une récente étude américaine a montré que les patients ayant recours aux thérapies non conventionnelles dans le cas de cancers avaient accès avec retard aux traitements qui leur sont nécessaires», indique le docteur Descoux, un des adversaires déclarés de ces traitements. «Nous sommes d’abord des médecins et nous pratiquons l’homéopathie avec discernement, sans perte de chances pour nos patients, répond le docteur Bentz. Je n’ai aucun problème à prescrire des antibiotiques ou des antidiabétiques aux malades qui en ont besoin. Et si l’homéopathie peut aider à supporter une chimio, jamais nous ne la prescrirons pour soigner un cancer.»

«En danger de mort»

Une pétition circule sur internet depuis plusieurs mois déjà. Affirmant que «l’homéopathie est en danger de mort», elle évoque les attaques lancées au niveau européen et invite les internautes à se prononcer contre le déremboursement des traitements. On y trouve les témoignages de patients guéris d’otites, de dépression et autres affections.
Reste à savoir ce que va dire l’Académie de médecine, saisie par l’Ordre des médecins. En 2004, cette instance avait demandé le non-remboursement de l’homéopathie. «Je ne pense pas que notre position ait changé. En tant qu’instance scientifique, on ne peut demander le maintien d’un remboursement pour des produits dont l’efficacité n’a jamais été prouvée», explique le professeur Daniel Bontoux, membre de l’Académie.  
La ministre française de la Santé, Agnès Buzyn, a déjà livré son verdict: sur les ondes de la radio RMC, elle a rappelé que «les Français sont attachés à l’homéopathie. Si ça continue à être bénéfique sans être nocif, ça continuera à être remboursé».

Pierre Bienvault/La Croix/EM

http://fakemedecine.blogspot.fr

 Dilution maximale 

L’homéopathie est un concept créé en 1796 par le médecin allemand Samuel Hahnemann (mort à Paris en 1843), qui a proposé l’utilisation de divers produits hautement dilués pour traiter les maladies. Il se basait sur la notion de «remède similaire»: une substance qui provoque un symptôme peut être utilisée pour traiter le même symptôme de la maladie. C’est le mythe de la méduse, écrit un homéopathe de Genève, Alain Boitouzet, sur son site: «Le mal est sidéré par son miroir et l’énergie redistribuée».
Un deuxième principe central de l’homéopathie est la «loi des infinitésimales», qui implique un processus de dilution en série et de «secousses» censé augmenter la puissance du produit. Plus un produit est dilué dans de l’eau, plus il serait efficace. Certains praticiens affirment que l’homéopathie fonctionne en poussant le corps à se soigner lui-même.

EM

 En Suisse, le peuple a décidé 

Pas d’inquiétude, en Suisse, pour les adeptes des granulés qui fondent sous la langue: en 2009, le peuple a ancré dans la Constitution la prise en charge des «médecines complémentaires».
Sont concernées la médecine traditionnelle chinoise, l’homéopathie, la médecine anthroposophique, la phytothérapie (soins par les plantes) et l’acupuncture. Ces traitements sont pris en charge par l’assurance maladie de base dans la mesure où ils sont administrés sous le contrôle de médecins certifiés.
En 2005, le conseiller fédéral Pascal Couchepin avait tenté de supprimer le remboursement de ces soins (qui coûtent 50 millions aux assurés pour les traitements et 30 millions pour les médicaments homéopathiques). Il mettait en doute «l’efficacité et l’économicité» des médecines alternatives, qui auraient dû être financées par une assurance complémentaire. Le peuple en a décidé autrement et cela de manière massive: 67% des votants ont approuvé l’article constitutionnel.
Après une phase d’essai, la prise en charge par les caisses maladie a été confirmée par le Conseil fédéral en été 2017 sans limitation dans le temps.

PF

L’Europe sort l’artillerie

La tribune libre publiée en France a été précédée d’une salve tirée le 29 septembre 2017 par l’EASAC (Conseil scientifique des académies des sciences européennes, dont la Suisse fait partie). Dans une déclaration, un groupe de travail de ce Conseil affirme «qu’il n’existe, pour aucune maladie, aucune preuve scientifiquement établie et reproductible de l’efficacité des produits homéopathiques – même s’il y a parfois un effet placebo. En outre, l’homéopathie peut avoir un effet nocif en retardant la consultation d’un médecin et en fragilisant finalement la confiance des patients et du public envers la démarche scientifique fondée sur des preuves».
L’effet placebo peut certes être utile pour le patient, poursuit cette déclaration, «mais on ne connaît cependant aucune maladie pour laquelle l’efficacité de l’homéopathie soit établie par des preuves robustes et reproductibles. Les revendications scientifiques de l’homéopathie ne sont pas plausibles et sont incompatibles avec les concepts établis de la chimie et de la physique».
Enfin, l’EASAC estime que «les préparations homéopathiques posent également, en raison du manque de contrôle de leur production, des problèmes potentiels de sécurité».

PF

Mise à jour le Mercredi, 23 Mai 2018 14:59
 

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