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top news photography Les autres touristes: quelle plaie!

«Le drame, dans le tourisme, ce sont les autres touristes», sourit Yann Laville, codirecteur du Musée d’ethnographie de Neuchâtel (MEN). Et effectivement, on est toujours le touriste d’un autre, en témoigne la nouvelle exposition temporaire du musée. Intitulé Le mal du voyage, cet intrigant parcours surfe sur les ambiguïtés pour mieux prendre de la distance par rapport à nos rêves, itinéraires et pratiques touristiques. Un véritable voyage dans nos voyages. «Nous avons voulu réfléchir autour des imaginaires liés au tourisme et aux vacances, explique son collègue Grégoire Mayor. Comment on se confronte à ces imaginaires, comment on les reproduits et comment on souhaite, en même temps, s’en libérer.» Pour en savoir plus...
Articles 2014 - A la Deux
Jeudi, 11 Décembre 2014 00:00

Genève

De la finance aux Bérets bleus

Jean-Baptiste Bless passera Noël dans un corps d’officiers au MoyenOrient. Laissant Genève et la banque, ce Vaudois à la recherche d’une vie plus authentique vient d’intégrer les Bérets bleus de l’ONU.

2014-50-17A«Vous n’écrirez pas dans l’article que j’étais en retard!» De trois minutes. Derrière les excuses de Jean-Baptiste Bless perce le sens d’une ponctualité toute militaire. Ce Vaudois de 34 ans, qui travaillait jusqu’ici dans la finance à Genève, vient de rejoindre un corps d’officiers volontaires au Moyen-Orient, les Bérets bleus. La Suisse fait partie depuis 24 ans de cette force non armée de l’ONU chargée de surveiller le respect des accords de paix sur le terrain: une trentaine de nos compatriotes sont actuellement en mission en République démocratique du Congo, au Sud-Soudan, au Sahara occidental, au Mali, au Cachemire et au Proche-Orient.
Cette dernière région a le cœur de JeanBaptiste. En 2006, voyageant sac au dos à travers la Syrie, il tombe amoureux d’un pays préservé de l’américanisation et du tourisme de masse. «J’ai postulé dans tous les centres culturels français pour être prof de langues. L’un d’eux m’aurait embauché, mais ma famille m’a convaincu d’accepter un poste dans la banque à Bâle pour que mon CV m’ouvre davantage de portes.» Il n’empêche, l’appel de l’Orient demeure, et Jean-Baptiste postule au poste d’administrateur du patriarcat latin de Jérusalem l’an dernier, mais sans succès.

Plus excitant qu’Excel

Quand il entend, en été 2013, un colonel de l’armée suisse raconter des anecdotes sur sa mission avec les Bérets bleus au Proche-Orient, c’est le déclic. «Je souhaitais prendre l’air, respirer! J’aime beaucoup Genève, mais j’avais besoin de sortir du bureau, d’aller sur le terrain, de me rendre utile.»
«Dans la banque, j’ai l’impression d’être un maillon de la chaîne, même si celle-ci fait tourner le monde: on investit dans les matières premières, les bateaux de commerce,... Ce sont aussi des choses concrètes, mais trop éloignées de mes préoccupations profondes. Là je vais retrouver la vie militaire, l’histoire en direct, la géopolitique, les drames humains,... C’est plus excitant que les tableaux Excel et les paiements à exécuter!»
Un intérêt plus ou moins bien compris par les personnes de son entourage. Quant aux dangers, le jeune homme les relativise: «Je serai en mission au Sud-Liban ou dans le Golan. La région me fait moins peur qu’à d’autres, car j’y suis allé plusieurs fois. Je connais les aéroports, les routes, je connais Jérusalem, Tibériade, Beyrouth. Le meilleur moyen d’avoir peur, c’est de regarder les médias, qui se concentrent sur des évènements dont les habitants eux-mêmes n’ont pas toujours conscience. Quand j’étais à Damas, il y a eu un attentat contre Bachar el-Assad. J’ai reçu plein de sms d’amis qui voulaient savoir si tout allait bien alors que moi, je n’avais rien remarqué».
L’Orient n’est pas la seule motivation de Jean-Baptiste. Cet ancien grenadier d’Isone qui a gradé volontairement se réjouit de retrouver la vie militaire. Une tête brûlée? «Ce qui m’a toujours frappé dans l’armée, c’est que les rapports y sont très vrais parce la compétition y est saine. On est tous sur le même pied, on est habillés de la même manière. Ce qui fait la différence, c’est la valeur personnelle des hommes, physique et humaine. Dans la banque, on nous mettait artificiellement en compétition avec les collègues pour le salaire, les bonus, les voyages, les clients,... Ce qui ne fait pas nécessairement ressortir le meilleur de chacun.»

Financiers et fromagers

Deux mois de formation en compagnie des autres officiers volontaires sélectionnés pour intégrer les Bérets bleus l’ont convaincu de la qualité humaine de ses futurs collègues. D’âges et d’horizons différents (un fromager, des enseignants, des militaires de carrière, un directeur financier), ils ont en commun le même désir, ou du moins la même insatisfaction: «En Suisse, le confort et la sécurité sont au sommet de l’échelle des valeurs alors qu’ils sont plutôt en bas de la nôtre. Ceux qui partent veulent autre chose que ce qu’ils ont toujours eu: le bureau, les promotions, le succès,... Quitte à prendre des risques, à interrompre leur carrière, à peiner à réintégrer la vie civile.
Je quitte un pays où tout fonctionne pour un autre très instable, mais où les gens ont développé une force intérieure et un rapport à la vie qui permet de relativiser ce qui nous semble important ici. Je vais à la recherche de cette profondeur-là».
Quant à l’après, Jean-Baptiste n’en sait trop rien, «ça fait partie de l’aventure». Simple break ou véritable tournant? Il pense tenter le concours diplomatique à son retour, quitte à s’orienter ensuite vers l’humanitaire ou même à revenir dans les matières premières, un domaine qui le passionne. Secrètement, il nourrit une ambition plus intime: «J’espère vivre des choses assez denses pour tirer un livre de mon expérience. Après, si je m’ennuie pendant une année, je lirai des livres au lieu d’en écrire un!».

Christine Mo Costabella

 

 

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