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top news photography Les autres touristes: quelle plaie!

«Le drame, dans le tourisme, ce sont les autres touristes», sourit Yann Laville, codirecteur du Musée d’ethnographie de Neuchâtel (MEN). Et effectivement, on est toujours le touriste d’un autre, en témoigne la nouvelle exposition temporaire du musée. Intitulé Le mal du voyage, cet intrigant parcours surfe sur les ambiguïtés pour mieux prendre de la distance par rapport à nos rêves, itinéraires et pratiques touristiques. Un véritable voyage dans nos voyages. «Nous avons voulu réfléchir autour des imaginaires liés au tourisme et aux vacances, explique son collègue Grégoire Mayor. Comment on se confronte à ces imaginaires, comment on les reproduits et comment on souhaite, en même temps, s’en libérer.» Pour en savoir plus...
Articles 2014 - A la Deux
Jeudi, 20 Novembre 2014 00:00

Sports d'hiver

La neigne en conserve attire les skieurs

Les stations de ski font des folies pour avoir de l’or blanc en début de saison. A Davos, la neige de l’hiver précédent est conservée tout l’été sous un manteau de sciure. Le Haut-Valais s’en inspire. Mais c’est cher!

2014-47-18ALe ski à roulette, c’est sympa. Mais les fondeurs professionnels préfèrent la neige. Problème: entre la fin du Général de la Coupe du monde, en mars, et le début de la session suivante, en novembre, les athlètes suisses sont obligés d’avaler des kilomètres de bitume, rollers au pieds et bâtons aux mains, pour maintenir leur condition physique. Heureusement, depuis 2008, «Super Dario» et les cadres de l’équipe nationale de ski de fond, qui s’entraînent à Davos (GR), peuvent compter sur une piste enneigée dès la fin du mois d’octobre.
Si le profane s’imagine des canons à neige tournant à plein régime alors que l’automne s’achève à peine, le connaisseur, lui, sait que ces machines à produire de l’or blanc fonctionnent seulement en dessous de -2°C. Alors, quel est le secret? D’où vient cette neige qui permet au triple champion olympique et triple vainqueur de la Coupe du monde Dario Cologna de préparer, à domicile, la nouvelle saison de la Coupe du monde tandis que la plupart des autres nations attendent avec impatience les premiers flocons?
«Nous utilisons de la neige recyclée, révèle Norbert Grüber, ingénieur et responsable de l’entretien des pistes pour la commune de Davos. Cette technique nous vient de Scandinavie et se nomme snowfarming.»

Manteau d’été

Grâce à elle, les athlètes disposent très tôt dans la saison d’une piste de 1,4 kilomètre à 1630 mètres d’altitude. «Nous ne sommes plus tributaires de la météo: la neige est là quoiqu’il arrive puisque nous la conservons d’une année à l’autre. C’est un énorme avantage.» Comment la station grisonne évite-t-elle la fonte lorsque le soleil d’été monte haut dans le ciel? «Le principe est assez simple, explique Fabian Wolfsperger, collaborateur de l’Institut pour l’étude de la neige et des avalanches (SFL) à Davos. En fin de saison, un certain volume de neige est rassemblé et isolé sous un manteau de sciure de bois.» Une protection qui lui permet de passer l’été «au froid», protégé de la chaleur.
Mandaté il y a six ans par Davos, Fabian Wolfsperger et le SFL ont comparé deux méthodes de conservation. Avec des bâches (déjà utilisées, en Valais par exemple, pour limiter la fonte des glaciers) et avec de la sciure. «Le tas de neige sous les bâches a fondu presque entièrement durant l’été, souligne le spécialiste du snowfarming. Celui recouvert par le manteau de sciure a subi une perte de 25 à 30%.»
Un pourcentage suffisamment bas pour Norbert Grüber et son équipe qui appliquent la technique depuis 2008. «Nous produisons entre 7000 et 8000 mètres cubes de neige artificielle entre janvier et février, précise l’ingénieur. Ce sont les mois les plus froids, les conditions sont optimales pour les canons à neige.» Au printemps, la réserve d’or blanc est recouverte de 40 centimètres de sciure; à la mi-octobre, le manteau d’été est retiré à l’aide d’une pelle mécanique. «Des camions et des machines agricoles transportent finalement la neige jusqu’à la piste où les dameuses attendent pour se mettre au travail», précise Norbert Grüber.

Davos investit

Avant, les équipes nationales de ski de fond gagnaient la Norvège ou la Finlande dès l’automne. Grâce au snowfarming, les cadres de l’équipe suisse, dont la plupart vivent à Davos, peuvent s’entraîner à domicile durant une plus longue période. Une valeur ajoutée non négligeable pour la station grisonne qui ne compte pas s’arrêter en si bon chemin.
«Nous allons augmenter la production de neige à partir de janvier 2016, annonce Norbert Grüber. En octobre de cette année, la piste de neige recyclée mesurera non plus un kilomètre et demi de long, mais 5 kilomètres. Nous attendons les permis de construire (ndlr, pour les entrepôts à neige). Les premiers travaux devraient commencer au printemps 2015.» Le projet, dont le montant final n’est pas connu pour l’instant, sera financé par le canton des Grisons et l’Office fédéral du sport.
Les stations de basse altitude qui souffrent du manque de neige ne pourraient-elles pas aussi profiter du snowfarming? «C’est peu probable pour les grands domaines skiables qui ont besoin de grandes quantités de neige, estime Fabian Wolfsperger. Les volumes doivent rester petits pour que le procédé soit viable. L’expérience la plus large a eu lieu à Sotchi et le budget pour cet évènement n’était pas une priorité... De plus, le terrain doit être plutôt plat pour faciliter le déplacement et l’entreposage de la neige. Ce qui coûte cher, c’est avant tout la main-d’œuvre et les machines nécessaires au transport.»

Réserve d’or blanc

La technique pourrait néanmoins convenir à certaines stations de basse et moyenne altitude qui ne peuvent pas utiliser de canons à neige durant une longue période en raison de températures trop élevées. «Il y a une myriade de facteurs à prendre en compte, tempère Fabian Wolfsperger. Chaque endroit est différent: il faut mesurer la température de l’air, la vitesse du vent, l’exposition au soleil, les chutes de pluie...» Mais, nuance le collaborateur de l’Institut pour l’étude de la neige de Davos, le snowfarming peut fonctionner comme système d’appoint: «Aujourd’hui, les stations doivent tout essayer pour survivre. La concurrence est rude. Celles qui ouvrent plus vite font parler d’elles. Et comme la neige ne tombe parfois pas avant décembre, le domaine qui a anticipé est gagnant. Dans ce sens, le snowfarming permet de se constituer une réserve d’or blanc, une sorte d’assurance en cas ‘d’accident’».
En début d’année, une enquête de l’Agence télégraphique suisse révélait que la méthode reste largement méconnue en Valais. Sauf dans la haute vallée de Conches, temple du ski de fond du canton.
«Nous sommes allés à Davos pour comprendre le fonctionnement du snowfarming, explique Mathias Fleischmann d’Obergoms Tourismus. Le grand avantage, c’est qu’on ne dépend pas des températures pour avoir de la neige en automne. Le désavantage, c’est que le mètre cube de neige recyclée coûte 30 francs contre 5 francs pour la neige artificielle.» Comment explique-t-il cette différence? «A Davos, une grosse partie de l’entretien des pistes est pris en charge par la commune. Ici, c’est notre entreprise qui se charge de tout. Le snowfarming demande beaucoup de travail au printemps pour regrouper la neige. Il faut amener la sciure de bois sur place. Et finalement, il faut transporter la neige sur la piste en début de saison...»
L’an prochain, la station de la haute vallée de Conches n’investira pas dans la neige recyclée, mais dans de nouveaux canons à neige: «A court terme, cela représente une grosse dépense, mais à long terme c’est moins cher que le snowfarming, conclut Mathias Fleischmann. Notre région est connue pour ses nuits extrêmement froides, ce qui permet d’utiliser les canons à neige assez tôt dans la saison.»

Et l’écologie?

Si le fait de recycler la neige ramène au concept de développement durable, il n’en demeure pas moins lié à la production de neige artificielle qui, elle, n’a rien d’écolo. Alors que la surface recouverte de cette neige ne dépassait pas 5% en 2000, elle frise aujourd’hui les 40% du total des pistes en Suisse. Selon Pro Natura, ce boom des canons à neige nuit fortement à l’environnement. Très gourmand en électricité et en eau qu’il faut aller pomper dans les rivières en hiver, le procédé donne une neige plus résistante qui fond moins bien en fin de saison, augmentant le risque d’érosion et retardant la floraison.
Le snowfarming pratiqué à Davos est toujours plus écolo que la «Ski-sport halle» de Oberhof (900 mètres d’altitude) en Allemagne. Situé à 200 kilomètres de Francfort, ce circuit géant réfrigéré à -4°C accueille les meilleurs fondeurs européens durant tout l’été!

Cédric Reichenbach

 

Le seul Romand de l’équipe

Jovian Hediger, 24 ans, vient de Bex. Et il est le seul Romand du groupe «Coupe du monde» de l’équipe suisse de ski de fond – huit garçons dont le champion Dario Cologna. Toujours entre Bex et Davos, où il dispose d’un petit appartement, Jovian Hediger est passé pro il y a trois ans.
«Durant la deuxième moitié du mois d’octobre, nous nous entraînons sur glacier: à Ramsau en Autriche, à Schnalstal en Italie... Avant, il y avait toujours un moment de battement au mois de novembre avant la reprise sur neige, explique le Vaudois dont le père, consultant à la RTS, est un ancien coureur international. Depuis 2008, nous pouvons directement enchaîner sur la piste de neige recyclée, à Davos. Il n’y a plus de coupure. C’est une grande chance, car nous gagnons 2 à 3 semaines d’entraînement sur neige.»
Mais 1,4 kilomètre, n’est-ce pas un peu court? «C’est le seul désavantage, avoue le jeune homme. Le tour dure entre 5 et 7 minutes, alors après des heures d’entraînement, vous avez l’impression de tourner en rond. Enfin, c’est même plus qu’une impression!», lance-t-il en riant. Et la qualité de la neige? «Elle est bonne même si cette année elle semble un peu en dessous. Mais, répète le spécialiste du sprint, disposer de ce circuit, c’est merveilleux: ici, on peut faire de la vitesse; à 3000 mètres, sur les glaciers, c’est impossible, on risquerait de se griller.» Et pour ce qui est de tourner en rond, Jovian Hediger n’aura bientôt plus de souci à se faire puisque la piste de Davos passera, en 2016, à 5 kilomètres.
Pour le moment, le sportif se concentre sur la Coupe du monde en Finlande – il s’y trouve depuis le 14 novembre. La compétition commence dans une semaine. Elle se terminera en mars en Norvège.

CeR

 

 

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