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top news photography Promettre la chasteté, et après?

«C’était facile au séminaire: on se lançait des vannes, on plaisantait sur le sujet. Mais on était portés par une ambiance de camaraderie. Ensuite, on se retrouve seul dans le ministère! La sexualité, c’est toute une vie. On ne peut pas dire à 22 ans: ‘Ça y est, je suis chaste’. Il faut un processus d’accompagnement», estime Maxime Morand, qui a quitté le sacerdoce après cinq ans pour se marier, en 1986. Il a travaillé par la suite dans les ressources humaines et regrette que l’Eglise n’ait pas, comme toute grande entreprise, une instance de régulation externe. Pour en savoir plus...
Articles 2014 - A la Deux
Jeudi, 30 Octobre 2014 00:00

 

 

Exposition

Des éclats de couleur à l'abstraction

Augusto Giacometti (1877-1947) était passionné par la couleur, une fascination qui l’amena à préfigurer l’art abstrait. C’est la thèse, pertinente, soutenue par le Kunstmuseum de Berne.

2014-44-28AIl n’est pas le plus célèbre des Giacometti, mais pas le moins talentueux. Quand on prononce ce nom de famille, on pense d’abord à Alberto; ses sculptures filiformes ont le rang d’icônes du 20e siècle. Ensuite, on parle de Giovanni, peintre estimé et père d’Alberto, mais aussi de Diego, sculpteur et designer, et de Bruno, architecte. Enfin, on évoque Augusto, cousin au deuxième degré de Giovanni.

Peintre précurseur

Bien plus connu de son vivant qu’aujourd’hui – après le décès de Hodler, il devint l’un des grands peintres suisses aux côtés de Cuno Amiet – si ce n’est pour les vitraux de l’église Grossmünster à Zurich. C’est regrettable, car son travail, conditionné par la recherche des couleurs, le fit défricher les terres vierges de l’abstraction.
Le Kunstmuseum de Berne ambitionne précisément de «mettre en évidence le fait qu’Augusto Giacometti n’a pas été simplement un peintre abstrait occasionnel, tel que l’histoire de l’art le représente bien souvent, mais au contraire une figure pionnière du début du 20e siècle», explique Matthias Frehner, directeur du musée, dans le catalogue. Ce point de vue se défend tout à fait. Et on espère que cette exposition permettra de lui donner du crédit. Encore faudrait-il que les peintures d’Augusto se voient plus souvent...
Il faut en effet savoir que La couleur et moi, riche de 130 œuvres réparties dans huit salles, en montre un nombre non négligeable provenant de collections privées, suisses surtout, qui les présentent souvent pour la première fois. Or, ce n’est jamais sain quand les toiles d’un artiste restent cantonnées à l’abri des frontières d’un pays, encore plus entre les murs de particuliers. Pour faire vivre l’art il faut l’oxygéner, le mettre en lumière dans une institution reconnue, sinon il est considéré comme provincial, jugement qui le relègue dans l’ombre. C’est idiot, mais c’est la triste réalité.
Un exemple helvétique? On se souvient de l’acquisition en 1999 par le Musée d’Orsay, à Paris, de Schneelandschaft de Cuno Amiet. Certes, le public international ne s’est pas entiché d’un coup pour le peintre bernois – son heure planétaire viendra, soyons patients. Mais, depuis, il est en tout cas mieux connu au-delà du Jura et les spécialistes étrangers le regardent différemment. Sa peinture d’un skieur solitaire sur un immense fond blanc est même disponible en carte postale à la boutique d’Orsay, c’est dire! Ainsi sont les beaux-arts, sujets à l’évolution des perceptions. Quand on pense que Le Caravage a été redécouvert il y a moins d’un siècle! Aberrant...

Cousins ennemis

Mais revenons dans le Val Bregaglia, vallée italophone des Grisons, dans le village de Stampa, lieu d’origine de la dynastie artistique des Giacometti. Les rapports entre Giovanni et Augusto étaient exécrables (on n’en sait pas la cause). Les lointains cousins se saluaient à peine. Matthias Frehner précise: «De façon tacite, ils s’étaient réparti les deux auberges et les motifs qu’offrait le village de sorte qu’ils ne se croisaient ni pendant qu’ils peignaient ni dans leur temps libre». Ambiance familiale!
Leur aversion humaine coïncidait aussi avec leur inimitié artistique. Augusto se moquait des peintres qui, comme Giovanni, «recopiaient la nature au lieu de chercher à atteindre les secrets de leur imagination», explique le directeur du Kunstmuseum bernois. Si Augusto raillait «les peintres d’images», Giovanni se moquait de son «art d’épigone», dominé à ses yeux par les décorations et l’enseignement d’Eugène Grasset, autre Suisse établi à Paris avec beaucoup de succès. Quant à la question naissante de l’abstraction, elle les divisait sans réconciliation possible.
Alors que Giovanni peinait à se dégager de l’influence de Segantini et que les avant-gardes avaient le vent en poupe, Augusto Giacometti a fait son propre chemin. A l’écart, mais à l’écoute de ce qui se créait, soucieux d’indépendance, faisant des allers-retours entre le réalisme et la tentation de plus en plus importante de l’abstraction (ce qui lui valut pas mal d’incompréhensions de la part de la critique), il s’est forgé son propre style. En étudiant à Zurich et à Paris, puis en travaillant longtemps à Florence (1902-1915). Avant de se fixer sur les bords de la Limmat sans jamais oublier Stampa, où il passa la plupart de ses étés.

Travail chromatique

L’exposition nous plonge dans le vif du sujet. Le parcours par étapes, chronologique, est conventionnel, mais pas ennuyeux. Dès les débuts d’Augusto Giacometti, l’étude des papillons inspire son travail sur la couleur. Etonnant? Epatant! Ses premières compositions jouent sur des motifs colorés redevables à la beauté des chrysalides, à leurs ailes gracieuses, à leur légèreté aérienne. Déjà, ses nuances pastel ne s’interdisent pas les éclats pétants; ce sera encore plus le cas avec le temps.
Dans la salle consacrée au symbolisme et à l’Art nouveau, Augusto Giacometti se cherche sans plagier des formes trop élaborées. La couleur n’explose pas, elle guide son pinceau. Ici on aurait aimé revoir l’exceptionnel Adam et Eve, préalablement admiré à l’occasion de Mythes et mystères. Le symbolisme et les artistes suisses (voir EM 23, 2013). Mais on se contente de son jaune singulier (La sensualité) et de l’allégorie de La nuit, drapée de vert, tenant des arceaux invisibles sur fond d’obscurité bleutée.
Ses aquarelles témoignent de son goût constant pour les couleurs. Son travail s’effectue en partie à Stampa, son village natal, pour lequel il éprouve une nostalgie jamais stérile, un émerveillement remontant à l’enfance. Sans imiter le divisionnisme et la précision de sa technique pointilliste, sans s’abreuver aux leçons de l’école de Pont-Aven (comme Cuno Amiet) et du fauvisme, Augusto Giacometti se met peu à peu à composer des toiles en juxtaposant les couleurs.
Ses mauves et ses jaunes, mais pas qu’eux, ont un caractère reconnaissable. Ses paysages, ses campanules et ses fleurs des Alpes expriment ravissement et fraîcheur. Ses toiles acquièrent des propriétés distinctes en s’éloignant progressivement, mais sûrement, du naturalisme; elles ressemblent à des tapis chatoyants de mosaïques craquelées, des massifs de fleurs piétinées – ses remarquables portraits reflètent des êtres humains composites de couleurs.
Au long de ce cheminement, Augus-to Giacometti hasarde, s’entête, ose. Sa dynamique l’amène à tutoyer les élans de l’art abstrait dans d’originales «fantaisies chromatiques». La décennie 1910 est celle où il fait le plus de bonds en avant. Entre Matin de mai (1910) et Nuit d’été (1917), on mesure le saut cosmique. Les atmosphères de ses peintures deviennent énigmatiques, voire mystiques, ses nuées sont stellaires et ses fonds noirs font désormais ressortir bleu, rouge et orange avec incandescence – aussi belle que la photo d’un coin reculé de l’espace, Devenir (1919) synthétise ces trois qualités. La couleur n’est plus alors un élément primordial de son œuvre. Mais sa substance même.

Epitaphe sensée

Arrivée à ce stade, l’exposition, dont le titre éloquent est celui d’une conférence d’Augusto Giacometti prononcée à la radio en 1933, resitue le peintre dans le cadre plus vaste des recherches chromatiques, entre un Cézanne un peu falot, une décollation de saint Jean-Baptiste par Delacroix, Paul Klee et le bordeaux absorbant de Celtic II de Raimer Jochims (2010). Ce souci de contextualisation est un argument de plus au propos d’un accrochage qui n’en manque pas. La dernière salle termine le parcours en faisant le lien entre les toiles et les vitraux d’Augusto Giacometti. Si on ne l’avait pas encore compris, on saisit alors le sens de l’épitaphe figurant sur sa tombe à Stampa: Qui riposa il maestro dei colori. «Ici repose le maître des couleurs.» Peut-être pas «le» maître, mais l’un de ses maîtres.

Thibaut Kaeser

 

 

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