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top news photography Les autres touristes: quelle plaie!

«Le drame, dans le tourisme, ce sont les autres touristes», sourit Yann Laville, codirecteur du Musée d’ethnographie de Neuchâtel (MEN). Et effectivement, on est toujours le touriste d’un autre, en témoigne la nouvelle exposition temporaire du musée. Intitulé Le mal du voyage, cet intrigant parcours surfe sur les ambiguïtés pour mieux prendre de la distance par rapport à nos rêves, itinéraires et pratiques touristiques. Un véritable voyage dans nos voyages. «Nous avons voulu réfléchir autour des imaginaires liés au tourisme et aux vacances, explique son collègue Grégoire Mayor. Comment on se confronte à ces imaginaires, comment on les reproduits et comment on souhaite, en même temps, s’en libérer.» Pour en savoir plus...
Articles 2014 - A la Deux
Mercredi, 08 Octobre 2014 00:00

 

 

Démographie

En 2050, un humain sur quatre sera africain

La population mondiale va se stabiliser, croyait-on. C’était sans compter avec l’Afrique, qui aura deux milliards de bébés ces prochains trente ans. Le défi est important, mais il peut être relevé.

2014-41-11AEn 2050, un humain sur quatre sera africainIl y a Ebola, qui tue une personne contaminée sur deux. Il y a les victimes innombrables des conflits ethniques et des famines régionales. Pourtant, la population africaine continue à croître à une vitesse exponentielle. Selon un rapport de l’Unicef publié à la mi-août, intitulé Génération 2030/ Afrique, «deux milliards de bébés vont naître sur le continent africain au cours des 35 prochaines années». En 2050, il y aura 2,4 milliards d’habitants en Afrique (soit deux fois plus qu’aujourd’hui) et un habitant de la planète sur quatre sera africain. A la fin du siècle, en 2100, ils seraient plus nombreux encore: 4,2 milliards, soit 40% de la population mondiale.
Prévisions délirantes et jamais confirmées, comme la plupart des prophéties démographiques? Possible. Mais la projection de l’Unicef est appuyée par d’autres experts. Le 18 septembre, la revue américaine Science publiait un article signé par un démographe des Nations-Unies, Patrick Gerland, et un statisticien et sociologue de l’Université de Washington, Adrian Raftery. Ils se sont aussi penchés sur le phénomène africain. Et ils remettent en question le modèle traditionnel, considéré comme sûr par la plupart des décideurs politiques: non, la population mondiale ne va pas se stabiliser autour de 9 à 10 milliards d’habitants avant de commencer à décroître. Il est beaucoup plus probable que la croissance se poursuive à un rythme soutenu jusqu’en 2100 au moins, et cela sous la pression du continent africain.

 

L’Africain voit grand

 

C’est une grosse remise en question. Le précédent modèle avait pourtant la caution de la prestigieuse revue scientifique Nature. Le 2 août 2001, elle avait fait sa couverture avec ce titre: «La fin de la croissance de la population mondiale». Les démographes imaginaient alors une courbe en forme d’arc avec un atterrissage en douceur. Ils croyaient que le taux de fécondité allait baisser très fortement dans tous les pays en développement, à l’image de ce qu’a connu le continent asiatique au cours du 20e siècle.
Un scénario remis en question par Gerland et Raftery. Ils constatent que la fécondité tend effectivement à baisser dans les pays subsahariens, mais à un rythme quatre fois moins élevé qu’en Asie ou en Amérique du Sud au siècle dernier. La formidable vitalité africaine aurait trois raisons. La première est culturelle: interrogé sur la taille idéale d’une famille, l’Africain répond «4 à 5 enfants». Sur le terrain, le nombre moyen d’enfants dans les familles de Madagascar est de 6, par exemple. On est très loin du modèle type de la famille occidentale – un garçon, une fille – ou de l’enfant unique imposé aux Chinois.
L’autre spécificité africaine est le manque chronique de moyens contraceptifs alors que le nombre de femmes en âge de procréer ne cesse d’augmenter. Enfin, les progrès accomplis dans la lutte contre le sida ont permis de corriger les projections catastrophiques sur l’impact démographique de cette maladie. Donc la stabilisation attendue par les démographes n’aura pas lieu au cours de ce siècle.
Faut-il croire à ces chiffres? Dans Le Figaro du 22 septembre, un spécialiste du continent africain, Yves Charbit, professeur émérite de démographie à l’Université Paris-Descartes, répond que «les projections démographiques résultent de modèles qui tentent de décrire la réalité sans prendre en compte la complexité des comportements humains. Nous ne sommes pas du tout à l’abri de surprises». Bien au contraire. La «bombe D» (pour démographie), souvent évoquée depuis les années 60, n’a jamais explosé. Et La Terre peut nourrir ces nouveaux habitants (voir ci-dessous).

L’Inde en tête

L’utilité des projections démographiques est surtout politique: les chiffres annoncés permettent de faire pression sur les décideurs pour obtenir davantage de moyens pour la santé et l’éducation (c’est le cas de l’Unicef), pour la contraception, pour la fermeture des frontières. Comme en Suisse, avec l’initiative Ecopop qui sera votée le 30 novembre.
Peu fiables, les prévisions n’en sont pas moins intéressantes dans leur capacité de redessiner la carte du monde. Sauf catastrophe majeure, l’Inde devrait devenir avant 2030 le pays le plus peuplé, avec 1,5 milliard d’habitants environ. Elle passerait devant la Chine. La France pourrait aussi devenir le pays le plus peuplé en Europe – ce qu’elle était au siècle de Louis XIV – avec 80 millions d’habitants en 2100. Elle serait talonnée par le Royaume-Uni (environ 77 millions) tandis que l’Allemagne devrait poursuivre sa baisse démographique, déjà amorcée, passant de 80 millions à 56 millions d’habitants. Un chiffre tellement énorme qu’il en devient invraisemblable, à moins de bouleversements politiques et sociaux extrêmes. Car tous ces pays doivent encore affronter l’épreuve d’un vieillissement très coûteux, un défi qu’aucune civilisation n’a dû relever jusqu’ici. Il y aura des surprises.

Patrice Favre

 

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